‹ Osteographie, ou, Description iconographique comparee du squelette et du systeme dentaire des mammiferes recents et fossiles pour servir de base a la zoologie et a la geologieChapitre 20 sur 171 · HISTOIRE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE

de Toulouse, en i832, par M. Jules Soulage, cite un chien de mer avec un dauphin ( i ).

Je ne sache pas non plus que les médailles des villes de la Phocide ou de toute autre aient jamais représenté une espèce de Phoque.

On ne voit pas davantage que les Égyptiens aient employé la représentation de cet animal comme hiéroglyphe ; et , en effet , il y a longtemps que l’observation a été faite que ce peuple n’a jamais fait entrer dans cette sorte d’écriture la figure d’un animal marin , mais exclusivement celles d’animaux de l’Égypte supérieure.

On peut faire la même observation pour les momies. Aucun auteur n’a en effet signalé ce genre d’animaux au nombre de ceux qui étaient , à différents titres, considérés comme sacrés chez les Égyptiens.

Mais si la main de l’homme ne nous a pas conservé de preuves immédiates de l’existence des Phoques à cette époque reculée , il n’en a pas été de même de l’ensemble de ces circonstances fortuites, d’où résulte ce que l’on nomme des fossiles. En effet , nous allons voir qu’il existe réellement des ossements fossiles de Phoque , et même dans des terrains assez anciens.

11 y a déjà assez longtemps que les oryctographes , et même quelques paléontologistes, ont annoncé des os fossiles de Phoque, mais sans y attacher d’autre importance que de signaler des animaux marins , comme on le voit dans la célèbre Protogée de Leibnitz ( Protogœa , cap. 33-34), où ce philosophe si justement célèbre attribuait au Morse des ossements de l’Éléphant de Sibérie.

Mais depuis même que des collections ostéologiques plus complètes ont pu rendre la comparaison plus facile , et par suite moins erronée , on trouve encore des os de Phoques signalés parmi des animaux évidemment terrestres. Ainsi, Esper lui-même, dans son histoire des zoolithes des cavernes de Gaylenreuth, a fait graver comme tels des os

Médailles.

Hiéroglyphes.

A l’État de momie.

A l’État fossile.

Supposés.

Par

Leibnitz.

Esper.

Gaylenreuth.

(1) Traditions tératologiques , de Mons tri s et Belluis, liber, p. 179.

provenant de cette caverne, et qui certainement n’ont pas appartenu à un animal de ce genre.

Le même ostéographe dit également avoir trouvé des mâchoires d’espèces de Phoques dans un amas d’os d’Éléphants, d’Hyènes et d’auà Kahiendurf. très animaux à Kahlendorf, dans le pays d’Aischtedt, et qui n’étaient sans doute aussi que des pièces de squelette d’Ours , si communes dans ces cavernes.

Targioni Targioni Tozetti, en parlant des ossements des brèches osseuses de Tozetti. pjS6i dans son J^oyage dans la Toscane , X, p. 5g^ , et XII, p. 200,

a lise pense aussi que ces os provenaient de Phoques qui auraient vécu

dans les cavernes de ces rochers sur le bord de la mer ; ce qui pouvait se concevoir sans doute ; mais il ne donne aucune preuve que ces os étaient bien des os de Phoque.

BuHon. Buffon lui-même, en 1778, dans ses Époques de la nature ( Supplém., d A'x Y, in-4°, p. 49 0 > regardait comme ayant probablement appartenu à des animaux du genre des Phoques ou à des Loutres marines, et à de grands Lions ou Ours marins, les ossements fossiles des environs d’Aix, ce qui était nécessairement une erreur, vu la nature même de ce terrain.

Montî Quant à la prétendue tête de Phoca dentibus exsertis , Rosmari <1 Bologne. s-^e Q^obeni , dont Monti , dans une brochure expresse , publia la découverte au commencement du siècle dernier (1719), et comme ayant été trouvée aux environs de Bologne, M. G. Cuvier a reconnu aisément que ce n’était autre chose qu’une mâchoire inférieure de Rhinocéros.

Ainsi, jusqu’en 1806, époque de la première publication de son g. cuvier. Mémoire sur les ossements fossiles de Phoques , M. G. Cuvier a pu dire à Angers, qu’il n’avait pu obtenir d’ossements fossiles de Phoques bien constatés Et consistant que des seuls environs d’Angers, d’où ils lui avaient été envoyés par c" M. Renou, alors professeur d’histoire naturelle à l’école centrale de cette ville. Us consistaient en deux fragments plus ou moins roulés, définis ainsi par M, Cuvier :

1° Une partie supérieure d’humérus provenant d’un Phoque à peu

près deux fois et demie aussi grand que le Phoque commun des côtes de France, et qui, malgré que la tête articulaire soit cassée, montre, dans les deux tubérosités et la crête deltoïdale qui sont entières , cette saillie extraordinaire qui fait un des caractères distinctifs de l’humérus du Phoque.

2° Une partie inférieure d’un humérus provenant d’un Phoque un peu plus petit que le premier, et dans laquelle la forme de la poulie, son obliquité , le trou du condyle interne , sont les mêmes que dans les Phoques.

Mais , au fait , si tous les prétendus ossements fossiles de Phoques , donnés comme tels, sans discussion , sans comparaison, et le plus souvent seulement par induction géologique, par les auteurs du dernier siècle , ont été reconnus avec la plus grande facilité comme n’ayant jamais appartenu à des animaux de ce genre, par M. Cuvier, lors de la seconde édition de ses Recherches sur les ossements fossiles en 182 5, il est réellement difficile de s’expliquer comment , avec tous les moyens de comparaison qu’il avait à sa disposition, M. Cuvier a pu tomber dans la même erreur au sujet des deux fragments d’humérus dont il vient d’être question. En effet, ce ne sont certainement pas des os de Phoques, mais bien de Lamantins, ou mieux encore de Dugongs.

Ce fait m’était déjà démontré par le premier morceau, le plus important , lorsque M. de Christol me fit savoir par M. Coste qu’il était fort porté à croire que les deux pièces , regardées par M. Cuvier comme provenant de deux Phoques différents de taille, pouvaient bien avoir appartenu , non-seulement à un même individu , mais bien plus au même os, et provenir d’un Lamantin. Au premier aspect, cette idée, qui n’avait cependant été établie que sur l’examen des figures données par M. Cuvier, me parut plausible, et pour la démontrer, il me suffit de faire rapprocher ces deux pièces , en suppléant ce qui pouvait manquer entre elles; c’est ce que fit, avec beaucoup d’habileté, M. Merlieux , sculpteur du Muséum. Dès lors il a été possible de mouler l’os entier ,

Deux

Fragments

d’Humérus.

Appartenant au même Os.

Comparés.

Le Fragment supérieur.

Avec les Phoques et avec les Lamantins et Dugongs.

Le Fragment inférieur.

Avec

les Phoques.

et par suite d’établir par comparaison que ce n était pas un humérus de Phoque , comme nous allons le montrer aisément.

Sur la partie supérieure du premier fragment , dont la tête articulaire est malheureusement cassée , M. Cuvier se borne à dire que les tubérosités et la crête deltoïdale sont entières , et quelles forment une saillie caractéristique de l’humérus des Phoques; mais poussant la comparaison plus loin , il aurait vu d’abord que cette saillie existe aussi chez les Lamantins et les Dugongs, et de plus, que la tête de l’os, dans les Phoques, est au niveau et même moins élevée que celle des tubérosités , surtout que l’interne , tandis que , dans le Dugong comme dans le fossile, elle en est notablement dépassée, surtout par la tubérosité externe. La forme même de ces tubérosités est sensiblement différente. Dans l’un comme dans l’autre genre, cependant, la grosse tubérosité se joint ou se continue en une crête deltoïdienne très-prononcée; mais la forme en est tout autre. Dans le fossile comme dans le Dugong, la niasse soulevée est d’abord large, aplatie, dilatée; après quoi elle se prolonge inférieurement en forme de coin ou d’angle oblique, qui se recourbe fortement pour se joindre au corps de l’os, moins bas que dans le Phoque commun et surtout que dans le P. monachus, tandis que dans ceux-ci la tubérosité s’élargit d’abord , puis se rétrécit pour finir en ligne droite. La tubérosité interne est large , épaisse , ovoïde , dans le fossile comme dans le Dugong, au lieu d’être soulevée et plus ou moins en tête , comme dans le P. vitulina et même dans le P. monachus.

Le corps de l’os est aussi plus long et plus droit à son bord interne que dans ce genre d’animaux. La crête deltoïdienne descend moins bas et se porte, en se courbant beaucoup plus, dans une direction plus oblique, tombant vers l’extrémité interne de la trochlée.

Mais c’est surtout dans l’examen du fragment inférieur que l’on trouve la preuve immédiate que cet humérus provient d’un Lamantin et non d’un Phoque. S’il était vrai qu’il y eût un trou au condyle interne , comme le dit positivement M. G. Cuvier, la question serait résolue; car aucun Lamantin ou Dugong n’a ce trou à l’humérus , tandis que cer-

OSSEMENTS FOSSILES. 4i

taines espèces de Phoques, et entre autres le P. vitulina , le présentent; mais certainement le fossile n’en offre aucune trace , et il est étonnant que l’assertion du passage du texte ait passé dans la figure ; il faut donc croire que c’est l’erreur de la figure qui a déterminé celle du texte. Quant à la poulie , que M. G. Cuvier déclare être comme dans le Phoque , c’est encore une assertion erronée : elle est bien plus oblique , bien plus portée en dehors , et surtout bien moins profondément creusée que dans le Phoque , et absolument comme dans le Dugong. Bien plus, l’excavation située au-dessus d’elle, en avant comme en arrière , est dans le fossile , comme dans ce dernier animal , assez prononcée , tandis quelle n’existe chez aucune espèce de Phoque.

En sorte qu’en ajoutant que l’extrémité inférieure de cet os est bien plus large , plus obliquement coupée dans le fossile que dans le Phoque , et semblablement à ce qui existe dans le Dugong , et que la tubérosité interne est aussi , comme dans cet animal , bien plus prononcée ou saillante que l’externe, au contraire de ce qui a lieu chez le Phoque, on en peut conclure que , quoique différent par quelques particularités du Dugong des Indes , cet humérus peut encore bien moins être rapporté à un animal du genre des Phoques. Et comme M. Cuvier n’a indiqué de ce genre que ces deux fragments fossiles , on voit que , jusqu’en 1825, époque de la publication de la seconde édition des Ossements fossiles de M. Cuvier, on n’en connaissait pas encore un réellement appartenant à un animal de ce genre.

Mais depuis le temps où M. Cuvier a publié la seconde édition de ses Ossements fossiles, on en a recueilli qui ne peuvent être contestés comme de Phoques dans un bon nombre d’endroits plus ou moins éloignés en Europe, mais probablement toujours dans des terrains tertiaires et dans des versants en général assez peu éloignés des bords de la mer.

Ainsi, sur le versant dans la mer du Nord, nous indiquerons:

1 0 Des dents dont parle M. Boué ( 1 ) , comme trouvées avec des dents de

Avec les Lamantins et Dugongs.

Considérés comme provenant d'un Dugong.

Incontestables de Phoques.

(1) Journ. de Géologie , III , p. 31.

G. Phoca.

Squales dans des couches , probablement tertiaires , qui peuvent être comparées, dit cependant ce savant géologue, à la formation craveuse de Maestricht;

2° Des dents, une vertèbre et un crâne de Phoque (. See/umd ) trouvés en Westphalie, et que possède M. le comte de Munster dans sa riche collection , d’après M. Herman de Meyer, Palœolog ., p. 1 3 1 ;

3° Des dents , fort semblables à des dents de Phoques , et provenant , avec des dents de Squales, du Laxberg, près Aix-la-Chapelle, d’après M. Herman de Meyer, qui les a en sa possession , Palœolog ., p. i3i.

M. Taylor est également cité par le même paléontologiste comme ayant parlé dans le Magasin anglais d’histoire naturelle, mars i83o, pag. 262, d’ossements fossiles de Phoques. Mais il ne nous dit pas en quoi iis consistent , ni dans quels terrains ils se trouvent. Enfin , dernièrement M. le docteur Eugène Robert a signalé un fragment de bassin composé de l’iléon et de la cavité cotyloïde trouvé dans un tuf coquillier d’Islande , avec des Cyprina islandica et autres coquilles récentes : ce qui fait présumer qu’il provient aussi d’une espèce actuelle de Phoque , de la taille du P. barbata.

Dans le versant de la mer Noire, je dois parler d’un pied de derrière existant dans le muséum de Pesth en Hongrie , et qui a été trouvé à Holich , à dix heures de Vienne , dans la vallée du Danube.

Nous possédons dans la collection paléontologique du Muséum un modèle en plâtre de ce pied , et il est évident que par sa grandeur et ses proportions il a les plus grands rapports avec celui du Phoque commun. En effet, en étudiant la proportion des métatarsiens et des phalanges , on trouve par la comparaison avec celui-ci que le rapprochement se fait mieux avec lui qu’avec aucune autre espèce; mais assurer d’après un plâtre incomplet qu’il y a identité , serait trop hardi.

Dans le versant de l’Océan , M. Desnoyers cite, dans son Mémoire sur un terrain supérieur au terrain tertiaire des environs de Paris , quelques localitésoùl’on a trouvé des ossements fossiles de Phoques, mais sans autres détails.

Enfin dans le versant de la Méditerranée , nous devons noter que M. Lefèvre vient de rapporter dans les collections du Muséum plusieurs fragments d’os de mammifères, qui ont sans doute appartenu à une espèce de Phoque , et qu’il a trouvés en Egypte dans un terrain qu’il rapporte à celui de craie , ce qui nous semble toutefois pouvoir être contesté.

Ces ossements consistent en une vertèbre assez complète, en apophyses épineuses de plusieurs autres, et quelques fragments de côtes, dont un assez considérable.

La vertèbre est malheureusement fort incomplète , écrasée et brisée dans la pierre. Son corps, qui paraît assez court , peut-être à cause de l’ablation des épiphyses , me semble devoir être rapporté à un Phoque plus qu’à un autre genre, à cause de la grandeur du canal vertébral, de l’ouverture de l’arc, de l’étroitesse de son pédoncule; mais il est assez difficile d’aller plus loin.

Les fragments d’apophyses épineuses , dont une de vertèbre cervicale intermédiaire, une autre de première ou seconde dorsale, une troisième de dernière dorsale , et une quatrième de première lombaire , par leur épaisseur indiquant un animal marin d’une assez grande taille, ne sont peut-être pas encore assez caractéristiques pour décider la question d’espèce et même de genre.

Quant aux fragments de cèles, dont l’un est assez considérable, quoique indiquant des côtes assez épaisses , je suis encore porté à croire quelles proviennent d’une grande espèce de Phoques plutôt que d’un Lamantin , à cause de leur grande compression à leur extrémité supérieure.

La science possède aussi quelques renseignements, malheureusement incomplets , sur des fragments de Morse qui ont été trouvés également dans des terrains tertiaires comme les précédents.

Feu M. G. Cuvier paraît en avoir eu un fragment de côte et un corps de vertèbre trouvés avec les prétendus ossements de Phoques des environs d’Angers, et par conséquent dans le versant de l’Océan; et en effet, cette côte et cette vertèbre , qui existent dans la collection paléoritologique du Muséum, ont tous les caractères d’une côte et d’une ver-

En Égypte.

Vertèbres.

Côtes.

De Morse.

Côte des environs d’Angers.

Dent des environs de Dax.

De Russie.

De Virginie.

De Phoques supposés.

Far M. Agassis.

D’après des Dents do Malte.

Figurées par Scilla.

tèbre de Morse , et entre autres la taille et l’amincissement de la partie supérieure pour la côte.

Il en est de même du fragment de dent que le même zoologiste mentionne comme provenant de Dax dans les Landes.

Les fragments de cet animal , dont M. Jœger parle dans une lettre adressée en février 1 83o à M. Herman de Meyer, comme trouvés dans la molasse du Wurtemberg, étaient ainsi à un grand éloignement du versant dans la mer Noire.

M. Georges doit aussi , d’après M. Herman de Meyer, avoir fait mention, dans son Histoire naturelle de Russie en allemand, tom. III , pag. 5g i , de quelques ossements fossiles de Morse ; mais j’ignore dans quel terrain, dans quel versant, et en quoi ils consistent, ne connaissant pas l’ouvrage cité.

Enfin Mitchill , Annales du Lycée de New- York , II , pag. 271, parle aussi de fragments de crânes et de dents ayant appartenu au Morse , et qui ont été trouvés dans un terrain tertiaire en Virginie, dans le comté d’Accomac, mais sans autres détails qui permettent d’aller plus loin.

Je dois aussi mentionner comme ayant été rapporté à un Phoque, le fragment de mâchoire portant trois dents, figuré par Scilla en 1670, d’après un fossile provenant de l’île de Malte. Il y a bien longtemps que ce fragment avait fixé mon attention , sans qu’il me fût possible de dire positivement à quel genre , à quelle classe même d’animaux vertébrés il devait être rapporté , Scilla se bornant à le signaler comme tiifo di Malta , che contiene una parte di ganascia con tre denti incas sati e petrificati. Mais M. Agassis , qui a pu l’examiner en nature dans la collection de Cambridge, où il existe aujourd’hui, assure qu’il doit être regardé comme provenant d’une espèce de Phoque.

D’après la figure citée, les trois dents à peu près égales seraient formées d’une couronne triangulaire , comprimée , assez régulièrement dentelée sur les deux bords supérieurs, et pourvue au troisième, formant une base large, de deux racines écartées, longues, coniques, un peu courbées en dedans, subégales, et certainement entièrement et fortement

saisies dans l’os de la mâchoire, dont on distingue très -bien les restes Décrites

de la substance qui passe sur elles ; mais Woodward ayant eu en sa par

1 L J Woodward.

possession ce fragment, le décrit (i) un peu autrement queScilla ne le figure. Suivant lui, c’est une masse de pierre avec deux grandes dents, chacune s’élevant en une pointe obtuse d’une large base ( bottom ) ; elles sont dentelées sur les bords; mais les dentelures sont plus profondes et plus épaisses que dans les autres espèces de Squales. Ces deux dents sont placées de la même manière , dans le même pian , et il y a quelques restes d’une troisième à la même distance.

Après avoir cité l’inscription et la figure de Scilla , Woodward ajoute :

« Il y a une suture (seam) dans la pierre , que Scilla , à ce que je suppose , s’est imaginé être la mâchoire du poisson ; mais il n’y a rien qui paraisse être une mâchoire; et au fait, les dents des espèces de Squale ne sont jamais fixées dans les mâchoires , n’étant seulement retenues que par les muscles, de sorte quelles sont mobiles. »

Ainsi Woodward semble nier l’implantation des dents de ce frag- Différentes de

. i i i • ■ • celles des

ment; mais il ne peut pas mer, ce me semble, les racines qui sont évi- phoques acdentes, à moins qu’il ne les ait regardées comme une exagération de ce ,ue,s qui se voit dans quelques grandes espèces de Squales , ce qui serait assez difficile. Toutefois, on ne peut se dissimuler que si la forme et l’étendue des racines de ces dents, ainsi que celles de la couronne, rappellent un peu ce qui a lieu dans certaines espèces de Phoques, c’est avec des différences bien plus grandes que celles qui se trouvent entre les espèces de ce genre les plus éloignées. En effet, je ne connais aucun Phoque dont la dent soit aussi large, aussi plate, autant symétrique, c’est-à-dire dont le sommet soit aussi médian, aussi arrondi, et dont les côtés soient aussi égaux, et garnis d’autant de denticules aussi courts et aussi obtus. Je n’en connais non plus aucune dont les racines soient aussi écartées et aussi égales; l’antérieure étant toujours plus forte que la postérieure. Si donc ce fossile provient d’un Phoque, il était au moins, sous le rapport

(1) Catalogue of foreign fossils, etc., part. II, page 25.

De Morse , supposé à tort.

Par

M. Duvernoy.

D'après des Dents des environs d’Oran.

Comparées

Avec

les incisives des

Ruminants.

des dents, bien différent des espèces que nous connaissons aujourd’hui ; aussi mérite-t-il bien le nom de P. dubia melitensis, sous lequel nous l’inscrirons provisoirement.

Nous avons des doutes encore bien plus fondés sur des dents trouvées en Algérie, dans une roche blanche crétacée de la partie supérieure du second étage du terrain tertiaire que M. Rozet a reconnu dans toute la plaine au sud et à l’est d’Oran. M. Duvernoy , dans un premier aperçu communiqué en juillet à la Société d’Histoire naturelle de Strasbourg, avait annoncé que ces dents étaient celles d’un Mammifère marin, selon toute apparence delà famille des Morses; et depuis , revenant sur ce sujet dans une note lue à l’ Académie des sciences de Paris, en octobre 1837, il a présumé quelles devaient être plus rapprochées de celles des Phoques ou des Morses que d’aucun autre Mammifère récent ou fossile. M. le docteur Guyon , chirurgien en chef de l’armée d’Afrique, parmi beaucoup d’autres choses intéressantes qu’il a envoyées au Muséum , y a joint deux de ces singulières dents. Au premier aspect , elles ont quelque chose qui porte à les regarder comme des dents incisives de Ruminants , parce que leur couronne ou la partie émaillée est aplatie , convexe en dehors, concave en dedans ou en palette, un peu en biseau et à bord terminal droit , plutôt mousse que tranchant, et dont les angles, un peu relevés et plus épais, semblent légèrement entamés ou usés; mais on est bientôt obligé d’abandonner cette idée, non-seulement en étudiant plus attentivement cette couronne , dont la forme est , sous presque tous les points , fort différente de celle non usée des incisives des Ruminants, mais surtout en comparant la racine. E11 effet, cette racine, au lieu de diminuer de diamètre à partir du collet , qui même n’est réellement distinct que par la cessation de l’émail de la couronne , augmente surtout en épaisseur jusqu’au bord d’une cavité dentaire largement ouverte. Cette racine est , du reste , également un peu comprimée ou ovale transversalement, un peu striée dans sa longueur, de couleur blanc grisâtre , tranchante avec celle d’un bleu noirâtre de la couronne. En sorte que , malgré l’état incomplet de la racine qui a été cassée , on

peut assurer quelle ne devait en aucune manière avoir la forme comprimée en sens inverse de la couronne, et surtout très-appointie, que l’on remarque à la racine des incisives des Ruminants et même de tous les Mammifères.

En effet , chez les Phoques eux-mêmes , aussi bien que chez les Morses , Avec

où les dents incisives et molaires , pour porter maintenant la comparaison ^laires sur ce genre de dents, se déforment quelquefois d’une manière si sin- de Morses gulière, jamais on ne trouve rien de semblable; et la racine, quoique parfois d’un diamètre plus grand que la couronne , décroît toujours d’un point de sa longueur, un peu variable, jusqu’à son extrémité plus ou moins obtuse. Les dents les plus anomales du Morse n’échappent point à cette règle ; d’ailleurs , en établissant la comparaison avec ce genre de Phoques , cela ne peut avoir lieu que pour les dents molaires , puisqu’il n’a pas d’incisives. Or , il ne peut être mis en doute que les dents fossiles d’Oran sont des dents terminales ou incisives , probablement même inférieures. Ainsi il ne peut s’établir aucun rapprochement , de quelque sorte que ce soit, entre ces dents et celles du Morse, qui n’a pas d’incisives proprement dites , d’un Phoque quelconque qui les a tout autrement conformées , ni même d’aucun mammifère récent ou fossile. Si j’avais même à émettre une opinion sur ce que sont ces dents , j’aimerais mieux y voir quelque incisive de gros poisson , comme toutes celles qui se trouvent dans la même roche , que toute autre chose. Au reste , comme nous avons fait figurer une de ces dents sur notre planche des Phocœ antiquœ , il sera au moins aisé de se convaincre quelle ne ressemble ni de près ni de loin à aucune de celles d’aucune espèce de Phoques ni du Morse.

Ainsi , comme résultat de cet article sur l’ancienneté des Phoques à conclusions, la surface de la terre , il nous semble indubitable :

1° Que les animaux que nous connaissons sous ce nom ont été signalés

dans les écrits les plus anciens qui nous soient parvenus, quoique aucune œuvre artistique ne nous en ait transmis d’image ;

2° Que l’on en trouve des restes fossiles en différents endroits de l’Europe, dans des terrains encore assez peu éloignés des bords de la mer, terrains tertiaires, peut-être même secondaires , dans les parties supérieures de la craie ;

3° En sorte qu’en ne comptant pas le fossile problématique de Stonefield , il semblerait que les Phoques seraient les mammifères dont on connaîtrait des restes fossiles dans les terrains les plus anciens ;

4“ En acceptant comme prouvé, ce qui pour moi n’est pas douteux, que les deux fragments attribués par M. Cuvier à un Phoque ne doivent pas l’être, mais bien à un Dugong, on pourrait aussi tirer de cet article une preuve nouvelle qu’une facette , qu’un fragment d’os , qu’un os même tout entier, est bien loin de suffire pour reconnaître l’animal auquel il a appartenu, et à fortiori pour rétablir son squelette.

EXPLICATION DES PLANCHES

EXPLICATION DES PLANCHES

PL. I — Le Morse. Phocarosmarus. Trichechus rosmarus , L

Réduit au sixième d'après un squelette de l'ancienne collection dont j’ai seulement fait changer les dispositions pour cet ouvrage.

Envoyé au Muséum par M. Buckland, et qui, si je ne me trompe, n’avait jamais été représenté

. du moins en entier, car la tête l’a été souvent, entre autres par Daubenton.

Outre le squelette, j'ai fait représenter à part, dans une projection plus lisible, l’humérus et le fémur par devant, l’astragale et le calcanéum en dessus; au même degré de réduction que pour le squelette.

PI,. II. — Le Phoque commun ou Veau marin. P. vitulina , L.

Réduit au quart d’après le squelette d’un animal qui a vécu quelque temps à la ménagerie du Muséum , et que j’ai fait faire sous mes yeux , et en le mettant dans sa position la plus ordinaire

Le squelette de cette espèce est celui qui a été le plus souvent figuré en totalité ou partiellement, maU d’une manière peu satisfaisante.

PL. III. — Le P. Lion marin. P.jubata. Espèce d’Otiphoque ou d’Otarie.

Au sixième de la grandeur naturelle d’après un squelette envoyé en pièces par M côtes du Chili en 1831 , et que j’ai fait remonter et disposer pour cet ouvrage.

Je ne le connais figuré dans aucun ouvrage, du moins en totalité, car la quefois.

PL. IV. — Tète dü Morse. Trichechus rosmarus , Lin.

Réduite aux trois cinquièmes d’après un crâne d’un assez jeune individu qu’a bien voulu me donner mon parent et ami M. Nel de Bréauté, correspondant de l’Académie des Sciences.

De profil, en dessus, en dessous , en avant et en arriére.

La mâchoire inférieure, sans dents , a été représentée plus en arriére qu elle ne doit être pour que les canines n’en cachassent pas la partie antérieure.

J’ai, en outre, fait représenter la partie postérieure du crâne d'un individu fort adulte et dont toutes les sutures étaient entièrement effacées.

PL. V. — Tètes.

1. Du P. vitulina en dessous et en dessus, avec la branche montante de la mandibule, réduite de moitié. Les osselets de l'ouïe de grandeur naturelle.

2. Du P. groënlandica de profil, et en dessous , en travers le bord palatin ; réduite au tiers d après un crâne envoyé à notre collection par M. le professeur Reinhart, de Copenhague.

J. Du P. monachus de la Méditerranée ; de profil , d’après un individu de l'ancienne collection le même dont M. G. Cuvier , dans ses Ossements fossiles , a figuré le squelette tout entier , malheureusement fort mal disposé.

i. Du P. leptonyx. De profil et au tiers de la grandeur naturelle ; d’après un crâne de 1 ancienne col lection , que j’ai le premier décrit dans la collection de M. Hauville du Havre.

5. Du P. leonina, ou P. à trompe. De profil et en face ; réduite au tiers, d’après un crâne bien complet de l'ancienne collection , provenant des lies Malouines.

PL. VI. — Tète du Lion ou Ours marin. P.jubata.

Réduite au tiers. De profil , en dessus, en dessous et en avant , d après un beau crâne apporté nouvellement dans nos collections de la côte du Chili par M. Neboux , chirurgien-major de la Vénus , sous le commandement de M. du Petit-Thouars.

G. Phoca. 7

A. d'Orbigny des tête l'a été quel-

PL. VU. Parties caractéristiques dd tronc.

D'après des pièces préparées sous mes yeux pour cet ouvrage.

Vertèbres : aires.

I avant-dernière.

{ proéminente.

Sacrées. Réunies en sacrum , en dessus et en dessous. Coccygiennes.

1 Du P. Monachus. D'après le môme squelette figuré par G. Cuvier

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