CHAPITRE PREMIER
i. De la Fouine (M. Foina ).
Un assez grand nombre d’auteurs ont donné la description plus ou moins complète du squelette de la Fouine , et entre autres Daubenton (Buffon, VII, p. 178), qui y a joint la figure du squelette, malheureusement assez mauvaise, outre quelle est considérablement réduite.
J’ai eu à ma disposition trois ou quatre squelettes de Fouines et un plus grand nombre de têtes osseuses.
Le squelette de la Fouine, dans sa nature anatomique, a quelque chose de plus cassant, de plus sec, de plus dur, en un mot de plus approchant de celle des Felis, que celui des Petits-ours; aussi est-il moins imprégné de graisse , plus blanc , et plus facile ou moins long à blanchir parla macération.
Le mode d’assemblage ou de connexion des os qui le constituent est aussi un peu plus serré , les saillies et les cavités d’articulations étant plus prononcées, plus accusées, du moins en général.
Le nombre total de ces os est cependant à fort peu de chose près le même que dans les Carnassiers dont nous avons parlé dans les mémoires précédents , et que chez ceux dont nous parlerons dans les suivants ; et la variation, s’il y en a, ne porte guère que sur celui des os de la queue.
La colonne vertébrale est en effet composée de cinquante-deux vertèbres: quatre céphaliques, sept cervicales , quatorze dorsales, six lom-
En généra!
Danssa nature.
Dans son mode d'assemblage.
Dans le nombre des os.
Vertèbres
CARNASSIERS; MUSTELA ( Foina ).
céphaliques :
Sphéno-
pariètale.
Sphéno-
frontale.
Vomèro-
nasale.
Des
Appendices maxillaires:
supérieur :
Ptérygoïde.
Lacrymal.
Palatin.
baires , trois sacrées et dix-huit coccygiennes , se disposant de manière à produire une arqure très-prononcée, en dessus , au cou , en dessous , au dos et surtout aux lombes.
Les vertèbres céphaliques commencent par une occipitale dont le corps ou basilaire est large , plat, assez allongé cependant, avec une carène médiane assez prononcée. Les occipitaux latéraux sont pourvus de condyles très-écartés , séparés par un trou ovale bordé par un occipital supérieur et presque complètement vertical et assez resserré.
La vertèbre sphéno-pariétale , en général assez déprimée dans son arc pariétal subparallélogrammique, est encore assez large dans son corps, creusé un peu en gouttière, en dessous, par la disposition et l'étendue des apophyses ptérygoïdes.
La vertèbre sphéno-frontale est encore plus longue , d’abord dans son corps , qui est même assez large , aussi bien que dans ses ailes , qui sont cependant assez surbaissées, mais surtout dans le frontal un peu plus étendu en arrière de l'apophyse orbitaire qu’en avant , où le bord de l’orbite est excavé.
Quant à la vertèbre nasale , elle est assez courte , même dans son corps forL peu considérable, et surtout dans les os du nez de forme parallélogrammique, un peu rétrécis dans le milieu de leur longueur etsubcanaliculés vers la ligne médiane.
Les appendices maxillaires qui se joignent à ces vertèbres sont en général courts et dans une direction tout à fait longitudinale.
Le supérieur, dont les parties se soudent de bonne heure, commence en dessous et en arrière par un ptérygoïdien extrêmement petit, peu distinct , si ce n’est dans son crochet continu avec l’apophyse ptérygoïde interne; en dessus, par un lacrymal également fort petit, intra-orbitaire et cependant entrant un peu dans la face, quoique le trou lacrymal de forme ovalaire soit tout à fait interne.
L’os palatin, assez étendu en avant où il est arrondi, se prolonge davantage en arrière, en se rétrécissant un peu jusqu’au bord de 1 ouverture palatine en fer à cheval un peu serré.
Le maxillaire qui les précède est médiocre , peu élevé dans sa branche verticale de forme arrondie , et assez élargie à son extrémité postérieure.
Enfin le prémaxillaire est encore fort petit , arrondi à son bord alvéolaire, et assez éloigné, par sa branche verticale en stylet, d’atteindre le frontal.
L’appendice maxillaire inférieur, plus étendu que le supérieur, commence par un squammeux remarquable par la petitesse et le peu d’élévation de la partie cérébrale; quant à son apophyse jugale, elle est assez fortement arquée en dehors et en haut , s’élargissant et se canaliculant transversalement en dessous pour former une gouttière glénoïdale assez profonde.
En dedans de ce squammeux, qui se termine en arrière par un mastoïdien triangulaire assez marqué, se voit le rocher qui s’y soude de bonne heure et dont la forme est ovale triquètre; mais il ne montre à l’intérieur que sa face postérieure creusée de deux trous profonds dont le supérieur, cérébelleux , est plus large et plus arrondi que l’inférieur auditif.
Les osselets de l’ouïe ne diffèrent que fort peu de ceux des Subursus.
L’étrier, de forme ordinaire, a ses deux branches différentes de largeur.
L’enclume est petite dans son corps, mais surtout dans ses deux bras très-courts et peu inégaux.
Le marteau est également court , même dans son manche et dans son apophyse de Raw.
La caisse, qui les cache complètement, assez étendue, ovalaire d’arrière en avant et de dehors en dedans , se prolonge en dehors en un canal auditif large , dirigé en avant, et presque complet.
La mandibule qui suit est assez étendue comparativement au maxillaire supérieur; les trois apophyses de sa branche montante sont bien marquées : le condyle transverse , en portion de cylindre ; la coronoide fort élevée, verticale et assez large; l’angulaire peu saillante, obtuse. Quant à la branche horizontale, elle est médiocrement large, assez
Maxillaire.
Prèmaxillaire.
Inférieur :
Squammeux.
Mastoïdien.
Rocher.
Os de l'Ouïe :
Étrier.
Enclume.
Marteau.
Mandibule.
Apophyse
condyloï-
dicnne.
coronoïde.
angulaire.
De la Tèle.
En général.
Angle facial.
Orifices :
antérieur, médian, postérieur.
Ses Cavités.
Cérébrales.
Ses Loges.
Sensoriales.
auditive.
oculaire.
olfactive.
Ses Cornets.
supérieurs.
6 CARNASSIER; MUSTELA (Foina).
épaisse, peu courbée, réunie à celle du côté opposé par une symphyse
ovale assez grande.
De la réunion des vertèbres céphaliques et de leurs appendices sous un angle d’environ 20°, il résulte une tète ovale presque droite en dessous et assez doucement et régulièrement arquée en dessus , le point culminant ou le plus bombé étant dans l’espace interorbitaire, un peu en gouttière en avant de ce point, et au contraire pourvue d’une crête sagittale peu élevée en arrière ; ayant ses orifices terminaux assez grands ; l’antérieur ou nasal un peu oblique et bordé seulement par les prémaxillaires et les nasaux ; le médian ou palatin assez petit et à peu près au milieu du diamètre longitudinal; le postérieur plus grand, ovale, subtransverse et échancrant un peu le basilaire.
La cavité cérébrale est assez considérable, de forme ovale, subcirculaire , partagée en deux par une lame osseuse occipitale complète, mais étroite. Les fosses médianes qui s’y remarquent sont assez peu distinctes , par absence complète des apophyses clinoïdes et des latérales , la fosse temporale est poussée en dehors , et la fosse pituitaire, qui est fort grande, fort profonde, semi- circulaire , est séparée en deux par une barre oblique , et de celle du côté opposé par une apophyse crisla-galli peu prononcée.
Les cavités ou loges sensoriales sont médiocres. Celle de l’ouïe est peut-être la plus grande, en y comprenant, comme cela doit être , le labyrinthe, la caisse, et le canal auditif externe. Le premier est en effet au moins médiocre, la seconde est grande et le troisième est aussi long , cylindrique et dirigé en avant.
La loge orbitaire est encore assez grande proportionnellement, dirigée obliquement en dehors et très-incomplète dans son cadre et dans ses parois, entièrement ouverte dans son tiers externe.
La loge olfactive, fort petite dans sa partie antérieure ou maxillaire, est au contraire assez étendue en arrière par un long canal palatin.
Les cornets quelle contient sont fort nombreux, fort multipliés et très-serrés.
Les supérieurs ethmoïdaux sont au nombre de trois , le supérieur plus
grand que le moyen et se prolongeant sous le front , mais moins que l’inférieur ou palatin , partagé en trois ou quatre lobes subverticaux.
Les inférieurs maxillaires sont extrêmement multipliés , mais de la forme ordinaire chez les Carnassiers.
Enfin la cavité gustative ou linguale, assez large, courte et subtriangulaire en avant , prolongée en arrière au palais, est triangulaire , serrée et étroite entre les mandibules convergentes, et se touchant dans une symphyse de médiocre étendue.
Les fosses ou cavités superficielles sont en général peu marquées chez la Fouine; les occipitales cependant sont assez profondes, plus que les temporales qui le sont fort peu , à cause de la grande saillie des circonvolutions cérébrales qui se lisent quelquefois à la surface du pariétal fort mince dans ces fosses. Les ptérygoïdiennes sont à peine indiquées, encore moins celles de la face ; mais il n’en est pas de même des fosses massétériennes de la branche montante de la mandibule; elles sont en effet profondes, obliques et anguleuses en avant.
Quant aux trous nerveux ou vasculaires :
Le trou vertébral est assez grand; sou diamètre transverse étant à celui de la cavité cérébrale dans Je rapport de un à trois.
Les trous condyloïdiens sont ovales, très-grands , et remplacent les trous déchirés devenus presque nuis , par la manière extrêmement serrée avec laquelle la caisse est intercalée aux os environnants.
Les trous auditifs internes sont ronds et médiocres.
Les trous rond et ovale sont assez petits , mais bien séparés , subégaux et de forme ronde oblique.
Les trous optiques sont ovales, transverses , médiocres et bien séparés de la fente sphénoïdale , convertie en trou presque rond.
Le canal sous-orbitaire est extrêmement court, et s’ouvre à l’intérieur par un orifice unique, assez grand, rond, presque margino-orbitaire.
Le trou incisif est ovale, assez grand , séparé de celui du côté opposé par une cloison percée d’un très-petit trou rond.
Le canal dentaire delà mandibule commence en arrière par un orifice
inférieurs.
Gustative.
Scs Fosses, occipitales, temporales.
ptéry¬
goïdiennes.
massé-
têriennes.
Ses Trous, vertébral .
condyloïdien.
auditif
interne.
rond et ovale.
optique.
sous orbitaire.
incisif.
dentaire.
CARNASSIERS; MUS TE LA ( Foina ).
ni terne. très-oblique , reculé et presque au niveau du condyle , et se termine en
externe avant par deux trous mentonniers subégaux , distants , arrondis -, le oumentonmer. pOStt;rieur ^ ]’apl0mb du sommet de la seconde dent avant-molaire et l’antérieur delà troisième.
Des autres Le reste de la colonne vertébrale est fort semblable à ce qu’il est dans vertèbres. jes autres Carnassiers, seulement avec des courbures plus douces et plus étendues.
cervicales , 7. Les sept vertèbres cervicales forment un cou assez allongé. L’axis a son seconde apophyse épineuse large, s’avançant presque autant en avant qu’en arou Axi». rj£re t un peu concave à son bord supérieur , et du reste assez peu sixième, élevé; et la lame inférieure de la sixième a son apophyse transverse assez large , mais seulement un peu plus que les deux précédentes.
Dorsales, 14. Les quatorze vertèbres dorsales ont en général le corps large, cylindrique, non caréné et presque de même diamètre, et leur apophyse épineuse médiocre , avec une sorte d’arrêt à leur bord postérieur, inclinée en avant aux dix premières et en arrière aux quatre autres.
Lombaires, 6. Les six lombaires sont en général peu allongées, épaisses et assez fortement hérissées par leurs apophyses.
sacrées, 3. Les trois sacrées , dont la première seule et la moitié de la seconde donnent articulation au bassin, sont petites et distinctes, au moins dans leur apophyse épineuse.
Coccygiennes, Enfin les vertèbres coccygiennes , surtout les dix ou douze dernières , 18' sont grêles, assez longues, et décroissent assez rapidement.
Des La série sternale n’offre pas non plus de grandes différences avec ce
stemebres. ^u»e|j e est dans les autres Carnassiers.
Hyoïde Aussi l'hyoïde a son corps assez court et aplati, à peine arqué, ses
et ses cornes. granc|es cornes Je trois articles croissant du premier au dernier : celui-ci
un peu dilaté et aminci à son extrémité; les petites d’un seul article
aplati , coudé dans son milieu et articulé aussi bien avec la base de la
grande corne qu’avec le corps de l’os.
sternum ,10. Le sternum est formé de dix sternèbres , toutes en général très-étroites,
comprimées latéralement et élargies également à leurs extrémités arti-
culaires, la première ou manubrium plus large, prolongée en avant en une apophyse obtuse assez courte , et la dernière xiphoïde entièrement cartilagineuse.
Les côtes sont au nombre de quatorze , dont dix sternales et quatre côtes, 104-4. asternales. Elles sont en général grêles , très -comprimées et croissant régulièrement de la première à la dixième , et les quatre autres décroissant fort peu. Leurs cartilages sont également grêles et presque aussi longs qu’elles.
11 en résulte un thorax de médiocre longueur, mais un peu en ba- Thorax, ril , dont les éléments sont fort écartés , et par conséquent très-compressibles.
Les membres peuvent être considérés comme assez petits par rapport Des Membres, à la longueur du tronc, et assez espacés; ils sont du reste subégaux. E" seneraK
Les antérieurs, un peu plus petits cependant que les postérieurs , sont antérieurs, pourvus d’une clavicule rudimentaire suspendue dans les chairs et à clavicule, o. peine osseuse; d’une omoplate assez étroite, subtriangulaire, avec le Omoplate, bord antérieur plus arrondi, le postérieur presque droit, et la crête un peu dilatée par une apophyse large et courte avant sa terminaison en acromion , sans traces de coracoïde ; d’un humérus de longueur médio- Humérus, cre en forme de clavicule humaine peu courbée, percé fort bas audessus du condyle interne , l’externe avec une crête longue et comme coupée en ligne droite à son bord libre; d’un radius grêle, asez arqué. Radius, assez peu polygonal, à tête supérieure transverse, avec le tubercule d’insertion du muscle biceps très-prononcé, élargi fortement et presque subitement à l’extrémité carpienne par la dilatation formée pour le sup- inférieurement port des sillons du tendon des muscles extenseurs ; d’un cubitus un peu cubiius. plus fort, comprimé, arqué en dedans, avec un olécrane court , élargi Su^"e“re un peu en cuiller, et une apophyse odontoïde large et forte; d’un carpe inférieurement, assez court formé de sept os sans les sésamoïdes ( i ) , comme dans tous les carpe , 7 os.
(1) C’est en effet en comptant comme os du carpe le sésamoïde du long abducteur du pouce, que Daubenton et plusieurs autres anatomistes ont admis huit os au carpe de la Martre
G. Mustela.
Métacarpien,
Phalanges.
Onguéales.
Des .Membres postérieurs.
Os innorninè «u la Hanche.
Tibia.
Tarse, 7.
Calcanéum.
Cuboïde.
(0 CARNASSIERS; MUSTELA ( Foina ).
Carnassiers, et dont le pisiforme assez grand forme au moins la moitié de l’articulation cubitale, le trapèze étant encore plus grand que le trapézoïde,et le grand os le plus petit de tous; d’un métacarpe formé d’os assez grêles, le premier sensiblement plus court que le cinquième, et le quatrième un peu plus que le troisième, ce qui a également lieu pour la première phalange du même doigt; de phalanges enfin également assez grêles, les premières un peu arquées en dessous, au contraire des secondes, qui, parfaitement symétriques, le sont un peu en dessus, et dont les dernières ou onguéales sont comprimées, aiguës, élevées en coutre de charrue et même un peu arquées.
Les membres postérieurs de la Fouine sont un peu plus longs que les antérieurs, surtout dans la jambe et le pied.
L’os innommé par lequel ils se joignent au sacrum est assez robuste, un peu courbé dans son bord supérieur ; la partie iliaque notablement plus longue que l’iskiatique ; celle-là , du reste, assez large, fortement excavée en dehors, subconvexe en dedans; l’iskion assez peu dilaté à sa tubérosité, et cependant formant avec le pubis un énorme trou souspubien et une symphyse assez large.
Le fémur assez long , un peu courbé en S, a sa tête subovale peu oblique , assez détachée du grand trochanter, moins élevé qu’elle, le petit étant peu prononcé et ses condyles subégaux , assez comprimés, et très-séparés par une fosse un peu en mortaise.
Le tibia , plus long que le fémur, est en effet assez grêle , droit , subtri quètre, si ce n’est inférieurement où il s’élargit un peu, offrant. en dedans une malléole interne assez saillante, et en dehors une large surface rugueuse pour son articulation avec un péroné très grêle, parfaitement droit , sans arêtes un peu prononcées.
Le pied, un peu plus long que la jambe , est composé d’un tarse proportionnellement assez court, dont l’astragale, élevé dans sa poulie, a sa tête portée sur un col assez long ; le calcanéum , de forme comprimée, est canaliculé à l’intérieur de sa tubérosité, et le cuboïde estéchancré à sa face externe par une gouttière profonde et serrée pour le pas-
OS JJU SQUELETTE. n
sage du tendon du Jong péronier; d’un métatarse fort long, assez Métatarsien, étroit , formé de cinq os grêles , serrés , celui du pouce un peu moins long que le cinquième, et le quatrième un peu plus que le troisième; de phalanges grêles, assez peu allongées, moins étroites cependant qu’aux Phalange», mains, et dont les onguéales sont un peu moins élevées qu’en avant. Onguéales.
La Martre proprement dite, M. Martes , dont nous n’avons cependant Différences pu examiner que deux squelettes assez incomplets et trois ou quatre têtes osseuses sans désignation de sexes assurés, ne diffère en rien de la Fouine sous le rapport ostéologique , ni dans le nombre , ni dans la proportion des os, comme Daubenton l’a reconnu depuis longtemps. Il donne cependant comme différences que l’apopbyse épineuse de l’axis est plus excavée à son bord supérieur, et que l’apophyse transverse de la sixième cervicale est comme fourchue; ce que je n’ai pas trop remarqué dans les squelettes que nous possédons.
Le crâne de la Zibeline que j’ai observé ne m’a non plus offert aucune La zibeline, différence exprimable avec celui de la Martre ordinaire , dont elle n’est sans doute qu’une variété , et par conséquent avec celui de la Fouine.
Il en est sans doute de même de la Martre de Pologne , M. Sarmatica , et des autres véritables espèces de cette division du Genre Mustela.