‹ Ostéomyélite Aiguë: De la Colonne LombaireChapitre 24 sur 31 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(CH. MATHIEU, Revue de Chirurgie)

Ch. Lucien, 17 ans et demi. Enfant élevé par l’Assistance publique, travaillant chez des cultivateurs. Pas de passé pathologique. Le 12 mai, dans l’après-midi, en voulant soulever un sac très lourd, il ressent brusquement une douleur violente au niveau de la région lombaire. Il doit cesser son travail, rentrer en voiture à la ferme et s’aliter. Le lendemain, il

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essaie de reprendre ses occupations journalières, mais il est obligé de se remettre au lit, car les douleurs lombaires se sont accrues. | |

Du 13 au 19 mai, le malade reste couché, complètement immobilisé, il dit avoir eu de la fièvre durant ces jours, car il était très altéré et avait toujours trop chaud. Le 19 mai, le médecin est appelé ; il fait appliquer des ventouses sur la colonne lombaire ; rappelé le lendemain auprès du malade, il constate que son état nécessite son admission d'urgence à l'hôpital, où il entre le 20 mai, à 14 heures.

A l’examen : sujet de constitution robuste, pommettes violacées, mais teint plombé, température 39°2, sueurs profuses. La région lombaire gauche est tuméfiée en fuseau, depuis la base du thorax jusqu’à l’épine iliaque postérieure ; la peau, au niveau de la tuméfaction, est rouge, œdématiée, on y perçoit de plus une fluctuation profonde. Le malade se plaint de son côté et aussi d’arthralgies scapulo-humérales.

Pas de point douloureux à la percussion de la colonne vertébrale. La situation et l'aspect fusiforme de la collection purulente, les phénomènes généraux marqués, l’état typhique même du sujet font porter le diagnostic d’ostéomyélite vertébrale lombaire aiguë. On écarte successivement les hypothèses d’hématome lombaire suppuré et de phlegmon périnéphrétique.

20 mai. Sous anesthésie locale large au chlorure d’éthyle, la collection est aussitôt incisée verticalement suivant son ‘grand axe, elle donne issue à 150 grammes environ d’un pus sanieux ; du tissu cellulaire sphacélé bourbillonneux forme les parois de la poche ; dans la profondeur, on ne perçoit pas ‘de point osseux dénudé, ni ne trouve d’orifice profond conduisant le stylet entre les apophyses transverses. La cavité est largement drainée.

Le soir de l'intervention, injection de 4 centimètres cubes de vaccin de Delbet.

Dans la nuit du 20 au 21, délire, Le malade se lève à deux reprises.

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Le 21 mai, très mauvais état général, teint plombé, température 39°5, 39°, pouls 134, dyspnée, râles crépitants aux deux bases ; bruits du cœur normaux.

Deuxième injection de vaccin de Delbet, enveloppements sinapisés du thorax, potion expectorante, stimulants, alcool.

Le 22 mai, aggravation des phénomènes pulmonaires, cyanose, dyspnée intense ; matin, température 39°1, pouls 136, signes de bronchopneumonie à forme capillaire bilatérale.

Abcès de fixation : stimulants, expectorants.

Le soir, température 39°, pouls à 145, assourdissement des bruits du cœur, rythme fœtal. Ballonnement du ventre, rétention d'urine.

Le 23 mai, situation inchangée ; matin, température 38°, pouls à 140 ; soir, température 38°5, pouls 156, rétention d'urine, délire.

Le 24 mai, aucune amélioration, saignée de 400 grammes hémoculture. La cyanose et la dyspnée augmentent ; mort dans le coma le 25 à 3 heures du matin.

L’hémoculture décèle un staphylocoque blanc.

Autopsie montre une lésion des corps, arcs et épineuses des onzième, douzième dorsales, première et deuxième lombaires. Le corps, où les lésions destructives sont au maximum, semble avoir été le siège primitif de l'infection ; pachyméningite diffuse ; moelle très congestionnée et comprimée. Un abcès est découvert dans la masse lombaire du côté opposé. Pleurésie hémorragique des deux côtés, nombreuses et épaisses néo-membranes à la surface des deux poumons, foyers disséminés de bronchopneumonie, péricardite hémorragique ; myocardite aiguë : cœur flasque, feuille morte.

Gros foie pâle, rate volumineuse très diffluente, gros reins blancs, pâles.

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