CHAPITRE II
ETIOLOGIE ET PATHOGENIE
L’ostéomyélite des vertèbres lombaires n’est pas aussi rare qu’on le croyait il y a une vingtaine d’années ; c’est grâce à des notions plus précises de la pathogénie et de la bactériologie qu’on peut aujourd’hui plus facilement diagnostiquer cette affection.
« La zone de prolifération physiologique est aussi la zone d'élection des processus pathologiques » (OLLIER). La vertèbre lombaire est richement pourvue de ces zones de prolifération, puisque comme chaque pièce du squelette, elle se développe grâce à ces points d’ossification, qui sont au nombre de dix : trois primitifs et sept complémentaires. Les points primitifs sont : un point médian, qui apparaît au milieu du corps vertébral, et deux points latéraux, qui répondent aux apophyses articulaires et contribuent à la formation du segment postérolatéral de la vertèbre. Les points complémentaires sont : deux points pour le corps vertébral, ayant la forme de lamelles très minces et appelés disques épiphysaires supérieur et inférieur ; un point pour le sommet de chaque apophyse transverse, un pour chaque tubercule mamillaire, et un pour le sommet de l’apophyse épineuse.
L'apparition des points primitifs se fait à la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine et les points com-
plémentaires ne se développent que bien plus tard : de 14 à 16 ans ; leur suture s’effectue entre 18 et 25 ans ; il faut donc trente ans pour que l’ossification de la vertèbre lombaire soit complète.
Comparant le nombre de points d’ossification complémentaires des différentes vertèbres, on constate que la vertèbre lombaire en a plus que les autres, puisque la vertèbre dorsale en possède cinq et la cervicale trois seulement. Et comme chaque point d’ossification constitue un point d'appel pour l’ostéomyélite, on comprend pourquoi la vertèbre lombaire est plus fréquemment atteinte que les autres.
Age. — Il joue un rôle important. C’est l’âge de croissance qui est le plus souvent frappé, puisque dans cette époque se fait l’ossification de la vertèbre ; d'autre part, la moelle en pleine activité crée un milieu favorable pour la localisation des microbes.
Voici deux statistiques : la première globale de GRI- SEL, modifiée par WELFELÉ, la deuxième de BORCHERS, concernant seulement les vertèbres lombaires.
GRISEL BORCHERS De 20:46 Lans mL 1.0 11 cas 3 cas Dest6ra Or ans DO, 19 cas 2 cas Dertii MS ans Are 25 cas 5 cas Dortoet20 ans men 12 cas 5 cas Der21fa25%ans #45 late 8 cas 3 cas De 26121801 anses Jean. 9 cas 2 Cas Der2317àa 40; ans. arte! » 2 cas De 415 50rans2%729 AL. S » 1 cas
La statistique de GRISEL démontre la fréquence maxima entre 5 et 15 ans, et celle de BORCHERS, entre 10 et 20 ans. Cet écart peut être expliqué par le fait que la seconde statistique considère seulement les vertèbres lombaires, alors que l’ossification de celles-ci est plus tardive que celle des autres vertèbres.
Sexe. — L’ostéomyélite de la colonne vertébrale frappe beaucoup plus souvent l’homme que la femme. GRISEL, sur 76 cas, trouve 53 garçons et 23 filles ; BoR- CHERS, sur 17 garçons trouve 7 filles. Pour expliquer cette différence, on a invoqué la raison que l’homme est plus exposé aux traumatismes ; mais, comme dans un grand nombre d'observations on ne trouve pas de précision à ce sujet, il est difficile d'admettre cette explica: tion.
Traumatisme. — Cependant, certains auteurs attribuent un rôle important à ce facteur, en le considérant comme l'agent adjuvant et localisateur de l'infection. Mais, dans la grande majorité des cas, on ne le retrouve pas. MATHIEU, de même que WOLKMANN, le mettent en cause dans un quart de cas, VOHLGEMUTE, dans un tiers, et BORCHERS : sur 24 cas d’ostéomyélite des vertèbres lombaires incrimine 7 fois le traumatisme.
On peut lui attribuer la formation d’un « locus minoris resistentiae », où la défense des tissus est compromise, ce qui facilite la localisation des agents infectieux.
De par sa localisation anatomique, la vertèbre lombaire supporte la moitié du poids du corps humain et se trouve exposée au traumatisme continuel.
* Les malades accusent le plus souvent une chute sur
RAS de
le dos ou sur le côté ; des coups ; quelquefois, un saut d’une certaine hauteur ; le port d’une lourde charge sur le dos, une hyperflexion du corps, un effort brusque pour soulever un pesant fardeau, une course à bicyclette sur une mauvaise route.
Il semble qu’on peut admettre le rôle étiologique du traumatisme seulement dans les cas où il a porté sur la vertèbre lombaire atteinte ultérieurement d’ostéomyélite (ROSENBOURG).
Bactériologie. — L'ostéomyélite de la vertèbre lombaire est due, comme toute ostéomyélite, à un agent infectieux, dans la plupart des cas le staphylocoque doré: sur 38 cas où l’examen bactériologique a été pratiqué, GRISEL l’a retrouvé 28 fois. Les autres microbes peuvent être : les staphylocoques blancs (HŒRNING), ie streptocoque (PENTSCHEW), le pneumocoque (LEWISON), bacillus perfringens (ROBINEAU), bacille typhique ou paratyphique (QUINKE, ZAMBONI). Ces microbes sont rarement trouvés en état de culture pure, mais plutôt associés au staphylocoque doré.
L’infection se propage le plus souvent par la voie sanguine ; dans un grand nombre de cas, on peut retrouver le point de départ de la métastase vertébrale. Il s’agit souvent de lésions d'apparence fort anodine : un furoncle, un anthrax, un panaris, un phlegmon. Parfois, on retrouve dans les antécédents du malade : une angine, un foyer d’ostéomyélite ancien ou récent ; on a même incriminé des caries dentaires et des stomatites comme portes d'entrée des germes.