TRAITEMENT DES DIFFÉRENTES CLASSES D'OSTÉOMYÉLITES
Ostéomyélite à staphylocoques et à streptocoques. — L’incision sous-périostique est insuffisante. — Trépanation de l’os, indiquée surtout par M. Lannelongue. — Traitement des arthrites suppurées. — Rareté de la nécessité des amputations et des désarticulations que recommandait Chassaignac avant l’antisepsie. — Manuel opératoire de la trépanation. — De l’évidement médullaire préventif des séquestres et des abcès tardifs. — De la résection hâtive, précoce, tardive. — Ostéomyélite prolongée. — Séquestrotomie. — Évidement. — Tunnellisation. — Pour combler les cavités osseuses : greffes d’os vivant, de moelle osseuse (Mac Even, Poncet), d’os morts (Senn Kummel, Le Dentu, Buscarlet), de gaze iodôformée, de catgut (Duplay, Cazin). — Plombage des os après désinfection complète (Dreesmann). — Ostéomyélite chronique d’emblée : séquestrotomie, amputation, désarticulation. — Ostéomyélite à pneumocoques : incision sous-périostée souvent suffisante. — Ostéomyélite éberthienne : tantôt incision sous-périostée, tantôt trépanation.
A. Traitement de T ostéomyélite aiguë à staphylocoques et à streptocoques.
Lorsque la maladie est bien confirmée, il ne faut fonder aucune espérance sur le succès de la méthode antiphlo-
gistique. Dès que la période initiale du gonflement se déclare, c’est à l’incision précoce qu’on doit recourir. Souvent elle sera insuffisante et ce n’est que dans des cas exceptionnels que la guérison surviendra, avec élimination d’esquilles le plus souvent.
Déjà J.-L. Petit faisait la trépanation des os dans l’ostéomyélite ; cette méthode de traitement fut recommandée par Van Swieten, Smith, Ollier et surtout par le professeur Lannelongue, qui montra que souvent on prévient ainsi une amputation ou une désarticulation consécutivement nécessaire.
Il faut donc trépaner l’os pour donner une issue au pus médullaire. En cela, d’ailleurs, on ne fait qu’imiter la nature, qui prépare l’issue du pus par l’agrandissement des canaux de l’os. Il faut trépaner même avant la formation de l’abcès sous-périostique, surtout dans certaines formes graves à marche suraiguë, alors qu’il n’existe qu’un gonflement diffus et que la douleur osseuse aura révélé le siège de la lésion.
La trépanation est indiquée, que le décollement soit limité ou étendu. Dans ce dernier cas, il faut trépaner la diaphyse en plusieurs points pour la drainer comme un abcès à parois rigides.
S’il y a une arthrite suppurée, il ne faut plus, comme Chassaignac faisait autrefois, proposer et pratiquer l’amputation. Comme M. Lannelongue l’a indiqué, la trépanation et l’arthrotomie permettent la conservation du membre.
Ainsi, les incisions des abcès sous-périostiques doivent être combinées de manière à faciliter la trépanation, et comme ce sont les extrémités des diaphyses qui sont atteintes, elles devront être placées en regard de ces extrémités.
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L'incision do l’abcès sous-périostique a été jugée insuffisante par beaucoup de chirurgiens. Boeckel, entre autres, fait remarquer que l’élévation de la température persiste souvent après de larges débridements périostiques, d’où la nécessité de la trépanation. Celle-ci n’est pas cependant pratiquée par tous les chirurgiens. C’est à tort, croyons-nous, car l’incision sous-périostique ne peut pas suffire pour désinfecter le canal médullaire qui, le plus souvent, est envahi par la suppuration. Souvent même la simple trépanation est insuffisante et il faut, pour compléter la désinfection, faire l’évidement médullaire dont nous reparlerons plus loin.
Même si le périoste est sain, il faut trépaner Los quand on a noté un gonflement de la région, car la propagation du canal médullaire au périoste n’a peut-être pas encore eu lieu.
Pour les os courts, afin d’éviter les arthrites suppurées, pour les os plats, pour éviter les complications méningitiques, pleurales, péritonéales, la trépanation est indiquée. Si les lésions sont très étendues, au niveau des côtes par exemple, on fera la résection de l’os.
La marche parfois foudroyante de l’ostéomyélite donne un caractère d’urgence à l’opération; aussi, dans la plupart des hôpitaux d’enfants, le malade est-il opéré de suite par l’interne de garde.
Le manuel opératoire de la trépanation ne présente pas de grandes difficultés. Tout d'abord il faudra inciser les téguments lentement, couche par couche, en liant les artères et les artérioles au fur et à mesure. Cette incision portera sur le siège précis de la douleur et du gonflement sans attendre la fluctuation et, le plus souvent, dans la région juxta-épiphysaire, en évitant évidemment les gros vaisseaux et les nerfs.
Nous pensons que c’est avec raison que M. Gangolphe ne conseille pas d’employer la bande d’Esmarck; en effet, en pressant sur les veines, on pourrait déterminer des accidents emboliques ou disséminer l’infection.
Arrivé sur l’os, le chirurgien muni d’un trépan à os, c’est-à-dire ayant un demi-centimètre environ de largeur pour un enfant, ou plus pour un adulte, perfore l’os jusqu’au canal médullaire. Plus bas ou plus haut, suivant les cas, on pratiquera une deuxième trépanation et une troisième si le décollement était très étendu. Puis on réunit ces deux perforations avec le gouge et le maillet si dans le canal médullaire . la suppuration était très abondante. Les surfaces osseuses sont régularisées et le canal médullaire est désinfecté par un lavage antiseptique.
Ce curage de la cavité médullaire a été très recommandé par Tscherning, Thelen. Nous l’avons vu souvent pratiquer par MM. Lannelongue et Jalaguier à l’hôpital Trousseau, et donner de très bons résultats. Gangolphe également le recommande à la suite de son maître, le professeur Ollier. Ges trépanations et ces évidements, faits antiseptiquement, n’amènent pas la nécrose; ces opérations sont, au contraire, le meilleur moyen de la prévenir (Ollier). « La ligne de conduite du chirurgien est certainement parfois fort difficile à préciser : l’ablation d’un segment osseux infiltré et baigné de pus assure davantage la désinfection; mais on ne doit pas se hâter, même chez les enfants, d’enlever un os au début d’une inflammation aiguë, quelque grave que soit cette inflammation et quelque fatale que paraisse la mortification consécutive de l’os enflammé. En opérant trop tôt, on s’expose à ne pas avoir de régénération
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osseuse ou du moins à n’avoir qu’une régénération incomplète. Il vaut donc mieux essayer tout d’abord d'arrêter les accidents septiques par l’ouverture des foyers purulents, par les trépanations multiples, c’est-àdire par des opérations qui paraissent conserver l’os ou du moins assurer sa reproduction dans l’avenir. » (Ollier.) Ce sont bien là les principes conservateurs que nous avons vu .employer à l’hôpital Trousseau par MM. Lannelongue et Jalaguier et par ceux qui ont une certaine pratique de la chirurgie infantile.
Après la trépanation et une désinfection complète du foyer médullaire suppuré, la température élevée ne tombe pas toujours immédiatement; ou bien le lendemain, s’il y a eu un abaissement, on voit parfois la température s’élever de nouveau. Dans ce cas, l’aspect de la figure du malade est important : tantôt l’état typhique persiste et il faut se méfier d’une rétention de pus, ou de la formation d’un deuxième foyer de suppuration. Tantôt, au contraire, la mine est excellente, et en défaisant le pansement, rien n’explique cette persistance de la température. Peut-être faut-il attribuer au traumatisme opératoire la pénétration de quelques microbes dans la circulation générale, fait qui expliquerait en partie cette persistance bizarre de la température observée parfois pendant les deux jours qui suivent l’opération.
Cette trépanation suffira le plus souvent pour désinfecter le canal médullaire. Peut-être, pour éviter complètement les complications tardives de l’ostéomyélite prolongée, faudrait-il évider tout le tissu médullaire infecté par les microbes? Cet évidement préventif préviendrait la formation de ces séquestres septiques qui
sont si longs à s’éliminer et qui, par leur durée, nécessitent parfois de graves interventions.
Mais si la trépanation elle-même n’a pas toujours été adoptée par les chirurgiens, l’évidement médullaire préventif, recommandé par Blekwerns et Ketley, trouvera encore plus d’adversaires. Et cependant la trépanation ne doit pas toujours suffire à désinfecter la moelle. Cette désinfection incomplète doit être cause en partie de la formation de séquestres immédiats ou tardifs et éloignés. Cet évidement médullaire ne détermine pas de nécrose par défaut de nutrition de l’os; Troja depuis longtemps a montré que l’os peut continuer à vivre après avoir été privé de sa moelle et même de son périoste en même temps (Gangolphe). C’est donc une méthode de traitement qui devrait être prisé en considération. Car Karewski affirme que les enfants guérissent sans nécrose, ni troubles moteurs, ni déformation, ni arrêt de développement des membres.
L’arthrotomie n’est pas indiquée dans les cas d’arthrite séreuse, mais, dans le cas de pyarthrose, il faut drainer l’article sans tarder. En effet, M. Jalaguier, dans sa thèse, signale, sur 15 arthrotomies dans ces conditions, 2 morts, 13 guérisons; parmi ces dernières, 2 ankylosés complètes, 4 ankylosés partielles et 7 guérisons à peu près parfaites.
Suivant la période de la maladie à laquelle on l’applique, la résection peut être hâtive, précoce ou tardive. Tardive, ses avantages ne peuvent être contestés; hâtive ou précoce, elle reste au contraire discutable et. discutée. Elle fut pratiquée par Holmes, Larghi, Ollier, Francon, Letenneur, Giraldès, au début de certaines formes graves d’ostéomyélite. MM. Duplay, Lef'ort, Mar
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jolin, Trélat, Verneuil, rapportèrent à la Société de chirurgie leurs observations et conclurent que la résection précoce ne devait convenir qu’aux cas graves. M. Ollier publia plusieurs cas heureux de résection précoce avec régénération parfaite. MM. Duplay et Poucet présentèrent des cas analogues avec très bons résultats. Pour M. Lannelongue, si la résection est applicable dans presque tous les cas à l’ostéomyélite des os courts, il n’en est plus de même pour les os longs, où cette opération ne peut répondre qu’à quelques cas spéciaux.
Dans ces résections précoces, on espère enlever tout le mal et éviter les accidents immédiats et futurs, mais il est impossible de juger d’avance de l’étendue de la partie qui se nécrosera (Lannelongue). D’autre part, la reproduction de l’os après la résection n’est pas constante.
La pseudarthrose est assez fréquente après ces résections précoces, et contre elle l’implantation de chevilles est souvent inefficace; l’avivement et la suture osseuse sont souvent nécessaires. Cependant au crâne cette résection précoce est une règle absolue, car elle seule permet d’espérer prévenir des complications méningées (Lannelongue, G. Marchant).
Dans certaines formes malignes, la résection hâtive est indiquée. Elle sera diaphysaire dans les pandiapbysites avec décollement périostique total ou presque total. Elle sera épiphysaire dans les ostéomyélites compliquées d'arthrite purulente, où celle-ci est la conséquence de lésions primitives ou secondaires de l’épiphyse. La résection précoce doit être une opération rare, elle convient aux seuls cas que la trépanation ou l’évidement n’ont pu modifier heureusement et dont la ravité persistante con-
duirait à l’amputation. Telles sont les conclusions du travail récent de MM. G. Marchant et Legueu.
Les mêmes reproches ne peuvent s’adresser à la résection tardive, à celle qui n’intervient qu’à la période de nécrose et pour hâter seulement l’évolution du séquestre ; le périoste est dans les meilleures conditions pour continuer une ossification déjà commencée; l’opération dès lors n’expose plus aux mêmes dangers et a été toujours recommandée par tous les chirurgiens.
En effet, Ollier, E. Bœckel, Yolkmann, Th. Anger, Poucet, Vincent, Gangolphe pensent que la résection s’impose toutes les fois qu’il y a une lésion de l’épiphyse ou du moins ont agi d’après ce précepte dans leurs observations rapportées. M. Lannelongue ne pratique pas volontiers cette résection à la hanche et au genou. Actuellement, en effet, on désinfecte mieux une articulation, et la lésion épiphysaire doit, à notre avis, guérir assez facilement sans que l’on ait recours à la résection.
Au point de vue opératoire, ces résections comprennent plusieurs temps qui sont : 1° l’incision des parties molles; 2° le détachement du périoste; 3° la section de l’os. Cette section peut se faire par morcellement (Ollier). On peut encore détacher la diaphyse par bascule et faire l’extraction consécutive de l’extrémité articulaire en ménageant ainsi le plus possible les parties molles (A. Ricard) ; 4° le quatrième temps comprend la réunion du périoste et des autres parties molles que tous les chirurgiens ne pratiquent pas et remplacent par le tamponnement avec la gaze iodoformée.
Actuellement, il serait oiseux de parler de la désarticulation ou de l’amputation recommandée autrefois, avant l’antisepsie, par Chassaignac, à moins de fusées
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purulentes ayant envahi tout un membre et déterminant des symptômes graves de septicémie. Les observations de Lannelongue, Ollier, Holmes, Verneuil, Aubert, Letenneur, Giraldès, Perrier, Le Fort, Duplay, Th. Anger, Cerné, Poncet, ont de plus en plus reculé les limites de la conservation.
En résumé, au début, les grandes incisions périostiques et la trépanation peuvent suffire; plus tard, quand les désordres sont plus étendus, la simple arthrotomie ou l’arthrotomie avec résection d’une extrémité articulaire ou la large résection diaphysaire suffiront la plupart du temps à remplir les indications. Par là se trouve donc singulièrement restreint le domaine des amputations et des désarticulations que Chassaignac regardait avec raison à son époque comme constituant la seule méthode rationnelle de traitement de l’ostéomyélite aiguë suppurée. Aujourd’hui, grâce aux progrès de la chirurgie, ce ne sont plus que des procédés d’exception applicables seulement aux cas où l’état général est si mauvais que les malades ne peuvent faire les frais d’une réparation nécessairement longue et où il importe de substituer à une plaie infectée, qui continuera à fournir du pus en abondance, une plaie simple qui marchera rapidement vers 1r cicatrisation. La multiplicité des lésions pourra conduire aux mêmes conclusions (Lannelongue, Ollier, Kirmisson).
Traitement de l' ostéomyélite chronique ou prolongée ou retardée. — Ce traitement ici doit être : 1° préventif et 2° curatif (Lannelongue). Si l’on trépane l’os et si l’on désinfecte complètement le canal médullaire, les lésions tardives seront plus rares. Malheureusement, ce traitement est parfois insuffisant, soit qu’on ait affaire à un de ces
cas dont la malignité défie toute intervention, soit qu’on intervienne trop tard. La trépanation est alors impuissante à conjurer les accidents et l’on doit recourir à une opération plus sérieuse, la résection sous-périostée de l’os atteint ou profondément lésé.
En présence de l’ostéomyélite prolongée, il faut en combattre les symptômes. Les douleurs indiquant la présence d’un abcès vrai ou faux imposent la trépanation même à blanc. S’il existe des fistules, il faut les agrandir pour éviter les complications articulaires, pour désinfecter le foyer, pour enlever le séquestre qui entretient l’infection, et enfin, pour gratter, et enlever les fongosités infectées qui entourent celui-ci. E^our cela, il faudra trépaner, évider, réséquer. Ce n’est qu’à la dernière extrémité qu’il faudra amputer ou désarticuler un membre.
Pour faire la séquestrotomie, il faudra souvent contourner certaines surfaces osseuses, aller parfois plus loin qu’on ne croyait et déterminer souvent des dégâts considérables. Il faudra procéder alors en plusieurs temps et n’évider tout un os qu’en deux séances opératoires, si dans la première on n’a pas trouvé le séquestre. Après toute séquestrotomie étendue, le membre sera immobilisé dans une gouttière si une fracture est possible.
Dans un cas observé à l’hôpital Trousseau par notre excellent maître, M. Jalaguier, l’évidement de la diaphyse du fémur fut suivi d’une lymphorrhagie assez abondante provenant du canal médullaire, malgré un bon tamponnement de la cavité avec de la gaze iodoformée.
Si le séquestre invaginé est seulement mobile, pour l’extraire, il faudra pratiquer l’évidement (Sédillot) de préférence à la tunnellisation. Celle-ci donne souvent lieu à une fistule permanente; il vaut mieux ouvrir toute la
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diaphyse, cela évite la nécrose consécutive. On sait en quoi consiste cet évidement, qui permet d’enlever un séquestre d’une assez grande longueur et souvent placé au centre d’une diaphyse. C’est avec la gouge et le maillet que prudemment on enlève de nombreux copeaux de tissu osseux.
L’inconvénient des évidements osseux, c’est de laisser de grandes cavités qui mettent un temps infini à se consolider. Aussi a-t-on essayé défaire des greffes osseuses. Mais, même avec les plus grandes précautions antiseptiques, on obtient autant de succès que d’insuccès, surtout avec l’os vivant ou la moelle osseuse. Les greffes osseuses ne restent pas vivantes, et si elles ne sont pas éliminées, c’est qu’elles sont traversées par du tissu osseux néoformé (Barth).
Les greffes massives et les greffes fragmentaires (Mac Even) n’ont donné que de rares succès et n’agissent que comme soutien et par action de présence en réveillant dans les tissus voisins des propriétés ostéogéniques. Lister, Lesser, Neuber, Schede essayèrent de combler ces cavités par des caillots sanguins qui favorisent leur remplissage. Hamilton employa des éponges aseptiques, Gluck la gaze iodoformée, Holsted (cité par Gangolphe), la sous-muqueuse de l’intestin du porc préparée en longues fibrilles.
Aussi dans ces derniers temps a-t-on essayé avec succès les greffes d’os morts, puisque, d’après Ollier, l’os vivant ne sert que de soutien. Senn se servit d’os préparés d’avance, rendus aseptiques 'et décalcifiés; Kummel, Mackie, Middeldorpf obtinrent également de nombreux succès. Tout récemment le professeur Le Dentu publia dans la thèse de M. Buscarlet, un de ses élèves, plusieurs résultats heureux. D’après ses recherches histologiques,
Buscarlet pense qu’il y a d’abord soudure fibreuse, puis osseuse ; l’os décalcifié se résorbe et ne sert que de soutien provisoire.
Dans ces conditions, les seuls cas où la supériorité de la greffe osseuse soit reconnue, c’est quand un os entier a dû être enlevé avec son périoste ; ici, il faut une source d’ossification nouvelle et les greffes fragmentaires successives, comme dans les observations de Mac Ewen, de Poncet, peuvent reconstituer l’os entier à la suite d’interventions répétées, suivies souvent d’échecs partiels dus à l’élimination, à la résorption des greffes.
Tout récemment MM. Duplay et Cazin ont conseillé l’emploi de la gaze iodoformée, d’éponges ou de catgut pour combler ces grandes cavités osseuses consécutives à l’évidement pour ostéomyélite ou autre affection. M. Dieuzaide a rapporté un cas heureux où cette méthode amena une oblitération rapide d’une cavité osseuse post-ostéomyélitique.
Ces procédés d’oblitération sont préférables à certaines autoplasties par glissement, obtenues par décollements de téguments voisins sur une assez grande étendue (Wolff).
Le procédé d’Ollier donne également de bons résultats ; il consiste à détacher sur la face antérieure du tibia un lambeau ostéo-cutané qu’on déplacera de manière à l’introduire dans le fond de la cavité. C’est le même procédé que Bier a décrit plus récemment sous le nom de nécrotomie ostéoplastique.
Le procédé de Schulten1 est assez ingénieux. Il consiste d’une façon générale à mobiliser les parois osseuses
1 . Schulten. Congrès de l’Association des chirurgiens du Nord, in Tribune me'd., 31 août 1893.
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de la cavité elle-même et à la rapprocher ensuite. Dans une première séance on pratique la séquestrotomie ; une incision est faite au niveau de la partie moyenne du tibia, par exemple; la paroi antérieure de la cavité est complètement enlevée à l’aide du ciseau, depuis l’épiphyse supérieure jusqu’à l’épiphyse inférieure; on fait l’ablation du séquestre, puis on sculpte la cavité avec la curette tranchante et le ciseau, de manière à lui donner la forme d’une auge à angle droit qu’on bourre ensuite de gaze iodoformée.
Dans une deuxième séance, deux ou trois semaines plus tard, on pratique l’ostéoplastie; on enlève par nettoyage toutes les granulations et on mobilise les parois latérales de l’os en les sectionnant transversalement en haut et en bas et en sectionnant également le fond de la cavité osseuse sur toute sa longueur.
On les fixe ensuite l’une à l’autre à l’aide de sutures métalliques ou de sutures à la soie, puis on réunit la peau par-dessus les fragments. L’opération réussit d’autant mieux que les parties osseuses à diviser sont moins épaisses et qu’on a le soin de sectionner les parois latérales à leur partie supérieure et inférieure. Quelquefois on peut, à l’aide d’un ciseau, transformer la partie moyenne de la cavité en un canal peu profond au-dessus duquel la peau est réunie directement après mobilisation des parois latérales au niveau de leurs attaches épiphysaires. Parfois encore, il suffit de déplacer simplement l’une des parois. Dans cinq cas, cette méthode aurait donné des résultats très satisfaisants.
Enfin, récemment encore, Dreesmann a conseillé le plombage des os après désinfection complète de la cavité; l’auteur dit avoir obtenu de très bons résultats avec ce
procédé. Pour stériliser la cavité osseuse, il conseille de la remplir d’huile d’olive et de porter celle-ci à l’ébullition en y plongeant la pointe incandescente d’un thermocautère. Puis la cavité est essuyée ; on la remplit alors de la pâte plâtrée qui durcit pendant qu’on ferme, au moyen de sutures, la solution de continuité des parties molles au-dessus de l’os malade.
Mayer et Sonnenburg se sont également servis d’un amalgame de cuivre.
La difficulté que présente la méthode est de bien enlever tout d’abord tout l’os malade. Il ne faut pas l’appliquer lorsque la nécrose n’est pas bien délimitée, lorsque les parties molles voisines ne sont pas saines, ou lorsque ce qui reste d’os n’a plus une solidité suffisante.
Pour V ostéomyélite chronique d'emhlée , M. Demoulin conseille l’extraction du séquestre si celui-ci n’est pas étendu. Mais s’il est trop long, si la réparation est douteuse, c’est à l’amputation ou à la désarticulation susjacente qu’il faudra avoir recours, ce qui sera fréquent, car souvent le séquestre occupe toute la diaphyse.
S’il y a quelques complications de l’ostéomyélite telles que : luxations pathologiques, subluxations, ankylosés en mauvaise position ; il faudra avoir recours à un traitement orthopédique, mécanique ou opératoire, suivant les cas, et sur lequel nous ne pouvons insister ici.
Dans V ostéomyélite aiguë à pneumocoques , comme il 11’y a pas de tendance à la formation de séquestres, comme la tendance à la réparation est très grande, une incision pourrait suffire dans les cas observés jusqu'ici .
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La ponction, à la rigueur, pourrait donner quelques bons résultats.
Dans l' ostéomyélite aiguë et subaiguë à bacille d'Ebertli, nous avons insisté précédemment sur le fait que dans cette variété, il n’y avait souvent qu’un abcès sous-périostique. L’incision suffira donc dans ces cas bénins. Mais s’il y a suppuration intra-médullaire, fait rare, la trépanation sera indiquée.
Consulter les travaux suivants :
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Achard. — Les ostéomyélites et leurs microbes. Gazette hebdomadaire, 50 mai 1891.
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Audry. — Des ostéites de l’omoplate. Rev. chir. 1887, p. 865.
Barbacci. — Périostite costale post-typhoïdique, costale expérimentale, 15 septembre 1891.
Barbillas. — Fièvre de croissance. Revue des maladies de l'enfance, 1892.
1. Cet index bibliographique ne contient pas les indications qui sont dans le texte.
Consulter les mémoires fondamentaux de Gerdy ( Archives de médecine 1853), Chassaignac (Société de chirurgie, 1855), Gosselin (article Ostéite du dictionnaire Jaccoud), Lannelongue (Monographie sur l’ostéomyélite, 1879, Lannelongue et Comby (Ostéomyélite prolongée, Archives de médecine 1879), Ollier ( Encyclopédie internationale de chirurgie 1883).
Voir aussi les indications bibliographiques contenues dans les articles de M. Heydenreich et de M. Kirmisson dans le Dictionnaire de üechambre (1887), celles contenues dans les thèses de MM. Demoulin (1888), Mirovitch (thèse, Paris 1890), monographie de Condamin sur la Pathogénie des ostéites (Paris 1892) et le livre récent de M. Gangolplie sur les maladies infectieuses et parasitaires des os.
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