OSTÉOMYÉLITES CONSÉCUTIVES AUX FIÈVRES ÉRUPTIVES
pense qu’il y a une propagation directe aux os et aux articulations du travail inflammatoire qui se passe du côté de la peau. Ce qui confirmerait cette hypothèse, c’est que dans la variole il n’y a guère que les articulations superficielles qui soient prises. De même M. Barié a relevé la fréquence de la périostite au niveau de la face interne du tibia, c’est-à-dire dans une région du squelette qui se trouve immédiatement sous la peau.
Une dernière hypothèse à faire, ce serait de voir, dans l’élément infectieux qui préside à toutes les manifestations cliniques de la variole, la cause déterminante aussi bien des arthrites que des périostites post-varioliques, mais cette notion bactériologique ne peut pas être formée encore dans l’état actuel de la science. Pour Gangolphe, ces complications osseuses tiennent sans doute à des infections surajoutées.
A la suite de ces fièvres éruptives, il se produit parfois, au lieu d’une congestion de la moelle osseuse et une irritation productive du cartilage épiphysaire, un résultat absolument contraire sans phénomènes inflammatoires, et il en résulte une atrophie du cartilage dia-épiphysaire, d’où arrêt de croissance et nanisme.
Chiari a étudié récemment les lésions osseuses dans la variole ; il a noté des foyers de nécrose dans la moelle à tous les stades de la maladie ; ces foyers de médullite varioleuse n’aboutissent pas à la suppuration et expliquent les douleurs osseuses qui sont fréquentes pendant la maladie ; au point de vue bactériologique, il n’a pas trouvé de streptocoque dans ces foyers, comme on pourrait le croire de prime abord1. 11 compare ces sortes
1. Chiari. Veber Osteomyelitis vciriolosa ( Zeigler's Beitràge zur path. Anat., XII, p. 13).
d’éruptions de la moelle osseuse à l’éruption varioleuse cutanée.
A la suite de la varicelle, Kummer a signalé la production d’abcès à streptocoques au niveau d’un cal d’ostéotomie datant d’un an. Il s’agissait ici d’une infection secondaire, le streptocoque se trouvant normalement sur la peau ; les vésicules suppurantes ont été la porte d’entrée de l’infection.
Après la rougeole, nombreuses sont les ostéomyélites du maxillaire inférieur. Il s’agit ici probablement d’une infection surajoutée d’origine buccale, comme aussi dans les ostéomyélites signalées dans le cours de la scarlatine. Il est à noter que c’est surtout dans le cours des diverses fièvres éruptives que ces ostéomyélites secondaires ont été signalées. Il y a lieu de se demander pourquoi celles-ci n’existent pas, ou n’ont pas encore été signalées après la diphtérie, par exemple, qui expose aussi à des infections secondaires. Le professeur Lannelongue, il est vrai, a rapporté l’observation d’un enfant diphtéritique trachéotomisé chez lequel une ostéomyélite se déclara. De même dans le cours de l’influenza, Nitzel, cité par Gangolphe, a observé un cas bénin d’ostéomyélite à streptocoques.
Quant aux périostites blennorrhagiques suppurées, nous n’en connaissons pas d’observations. Nous pensons que beaucoup de ces ostéites consécutives relevant des fièvres éruptives sont des ostéomyélites à staphylocoques et à streptocoques par infection secondaire. Dans la rougeole, étant donné la fréquence de la tuberculose consécutive, quelques-unes des ostéomyélites signalées sont peut-être tuberculeuses, l’agent pathogène de la rougeole, ayant en quelque sorte imprégné les tissus d’une substance favorisant l’éclosion de la tuberculose (Gandolphe).