COMMÉMORATIFS
Néanmoins, cet élément d’information ne sera pas négligé. La demande officielle d’enquête pourrait être libellée ainsi :
Le médecin-major chef du Centre d'O. R. L.
A Monsieur l'Officier commandant la gendarmerie de N.
« J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien faire procéder à une enquête discrète sur l’état de surdité du nomme X... antérieurement à la mobilisation.
« Il y aurait lieu de savoir quelle profession il exerçait, s il passait pour sourd ou dur d’oreilles.
« Il faudrait interroger d’abord ses voisins, camarades d atelier, etc..., en dernier lieu, ses alliés et parents. »
Les circonstances de la blessure seront relatées avec soin, la situation de l’homme par rapport au projectile qui a éclaté offre, croyons-nous, un certain intérêt, la surdité étant généralement beaucoup plus prononcée dans l’oreille tournée vers le projectile; les ensevelissements produisent un état émotionnel grave très favorable à l’éclosion des surdités fonctionnelles; y sont également prédisposés les malheureux qui ont vu le même obus tuer autour d’eux tous leurs camarades.
On recherchera, dans les suites immédiates, la perte de connaissance, l’amnésie, l’assourdissement total, l’otorrhagie. On ne prononcera jamais le mot de vertige, mais on demandera au blessé comment il s’est relevé, comment il est allé au poste de secours, s’il a pu marcher seul dans les premiers moments et dans les premiers jours, s’il a eu des nausées et des vomissements; on s’informera sur le moment ou a commencé l’écoulement d’oreille, sur sa nature, son abondance et le mode de traitement.
Les 7 fiches d’évacuation et les divers bulletins d hôpitaux seront collationnés pour y chercher les mentions de surdité, de rupture tympanique ou d’otite, et Ton exigera des précisions sur le début et l’évolution de la surdité.
Aucun de ces détails n’est superflu ; cet interrogatoire bien
EXPERTISE
conduit fournit déjà des éléments importants pour croire à la sincérité de l’intéressé, comme il peut aussi prouver sa mauvaise foi d’une manière évidente.
Prenons quelques exemples parmi les plus fréquents : un homme est blessé aux membres; il est évacué sur les ambulances avec une fiche mentionnant exclusivement cette blessure; il passe par plusieurs formations sanitaires sans qu’aucun bulletin d’hôpital mentionne une lésion de l'oreille ; il se décide enfin à déclarer une surdité qu’il attribue à une déflagration.; vous l’examinez, vous constatez des lésions anciennes et vous pouvez affirmer, presque à coup sûr, que son histoire est mensongère d’un bout à l’autre. Deuxième exemple : un blessé est évacué, soigné, pour une surdité traumatique gauche, il obtient une convalescence; il revient à son régiment complètement sourd des deux oreilles et incapable de servir; ce récit n’est-il pas d’emblée très suspect?
L’expert devra donc procéder à cet interrogatoire avec, la méthode rigoureuse d’un juge d’instruction, sans rien omettreet en exigeant toujours des réponses précises, contrôlées le dossier en mains, toutes réserves faites d’ailleurs sur lesimperfections possibles dudit dossier.