OTITE MOYENNE AIGUE SUPPURÉE
Une étude complète de l’otite aiguë n’entre évidemment pasdans le plan de cet ouvrage. Nous voulons seulement rappeler les indications thérapeutiques aux médecins non spécialisés.
Or, une indication prime toutes les autres, celle de la paracentèse précoce. Une otite qu’on a laissé s ouvrir spontanément risque beaucoup de nejamais guérir et de se transformer en otorrhée (1), et nous devons éviter à tout prix ce passage à. la chronicité.
(1) Y. Progrès médical, 1917, n» 11. — Pourquoi une otite moye aiguë devient-elle chronique? par II. Bourgeois.-
10 OTITES NON TRAUMATIQUES
Donc, tout militaire suspect d’otite aiguë sera adressé au spécialiste voisin sans attendre l’apparition de l'écoulement ; Vest le meilleur moyen de conserver les effectifs : il sera immédiatement renvoyé à son régiment s’il s’agit d’une simple otalgie, judicieusement traité, rapidement et complètement guéri si l’otite est réelle.
Le médecin soupçonnera l’otite moyenne aiguë quand il trouvera réunis les trois symptômes suivants : otalgie, fièvre, , surdité.
La douleur de l’otite est très pénible, progressivement croissante, pulsatile; elle est exagérée par la pression sur le tragus, pression qui se transmet au tympan, et par la pression sur l’antre (1) et la pointe mastoïdienne; l’otalgie furonculeuse est exagérée par la mobilisation du conduit; les otalgies réflexes ne sont influencées par aucune de ces manœuvres; la douleur de l’arthrite temporo-maxillaire est réveillée par la palpation de l’articulation et les mouvements de latéralité de la mâchoire. La fièvre ne manque jamais quand la suppuration s’annonce.
La surdité précise la cause auriculaire profonde de l’otalgie,
11 n’y a pas d’otite moyenne sans une surdité marquée.
Il n’est donc point besoin de miroir ou de spéculum pour prévoir l’otite et envoyer le malade au spécialiste.
Celui-ci appréciera les indications de la paracentèse, nous n’avons pas à les rappeler, non plus que la technique.
Nous nous permettrons cependant de marquer nos préférences pour l’anesthésie générale au chlorure d’éthyle sur l’insensibilisation locale avec le liquide de Bonain; cette ' méthode est plus rapide, plus commode, plus sûre, épargne fout traumatisme inutile au tympan.
Après la paracentèse, nous préférons le pansement aseptique sec, selon la technique connue; toute otite est d’abord
(1) La participation de la muqueuse de l’antre au processus inflammatoire est un phénomène presque constant dans l’otite aiguë. Il n’y a mastoïdite que quand il y a ostéite mastoïdienne. Quant à la douleur de pointe du début, elle doit être due à une périostite légère consécutive à l’antrite.
rhohomicrobienne; Lermoyez a montré, chiffres en mains, qu’en évitant l’infection secondaire on guérissait les malades dans le temps minimum.
Nous réservons les irrigations antiseptiques pour les écoulements purulents très abondants, lesquels ne se manifestent qu’après plusieurs jours, et pour les cas où l’on ne peut matériellement pas employer le pansement aseptique sec.
Il faut insister sur les avantages de cette paracentèse précoce : l’infection n’a pas le temps de se propager, la membrane «st incisée en un point favorable'à l’évacuation du pus, la plaie est linéaire, elle se cicatrisera facilement sans altération dans la contexture de la membrane. Attend-on l’ouverture spontanée? Les complications mastoïdiennes et endocraniennes sont plus à craindre; l’orifice n’est pas toujours situé au point le plus déclive, d’où stagnation, rétention, chronicité; il est trop exigu, et la caisse se vide mal; il est trop grand, et la réparation sera impossible ou défectueuse, car 1 orifice spontanément effectué n’est pas linéaire; il est dû à une perte de substance par nécrose des tissus, il ne se refermera pas ou, s’il se referme, ce sera par une zone cicatricielle, atrophique, dépourvue de l’élasticité normale de la membrane tympanique.
Une otite bien traitée guérit généralement en deux ou trois semaines. Un écoulement purulent, qui n’a pas tendance à disparaître au bout d’un mois, doit attirer l’attention sur le nasopharynx et la mastoïde. Dans le nasopharynx on recherchera et traitera les végétations adénoïdes, une infection persistante; au niveau de l’apophyse, il faudra penser à une ostéite latente que dénotent seulement une légère élévation vespérale de la température et une minime sensibilité à la pression; la trépanation est alors de rigueur.
Le médecin voit-il l’otite alors que la suppuration est déjà établie? Il doit quand même l’adresser au spécialiste pour que celui-ci effectue des pansements propres, surveille le drainage, prévoie les complications et assure la guérison dans le temps le plus juste.
OTITES NON TRAUMATIQUES