‹ Où allons-nous? [microforme]Chapitre 3 sur 32 · SON PRINCIPAL TORT · texte numérisé non relu

SON PRINCIPAL TORT

Beaucoup de gens estiment que le principal tort du nationalisme, qui tendrait à nous isoler dans notre propre pays et dans le monde, et à nous susciter de tous côtés des ennemis, vient surtout de la haine anti-anglaise dont souffre M. Bourassa et de cette misanthropie hargneuse qui fait que le chef nationaliste n'est véritablement lui-même et ne développe jamais mieux tous les artifices de sa rhétorique cavalière, que lorsqu'il a quelqu'un à poursuivre et À mordre.

Il y a du vraien celà. Les passions dont il s'inspire, font que M. Bourassa est plus apte à démolir qu'à construire, plus apte À inspirer la haine et le mépris que l'amour et l'estime, plus apte à diviser qu'à unir. Et tout son nationalisme est de même inspiration.

Mais là n'est pas cependant son plus grand danger, qui réside surtout Gans la fausseté de ses principes de morale sociale et de droit public. Avant d'être une tactique désastreuse, le nationalisme est une erreur dangereuse, d'autant plus dangereuse qu'elle a un côté très séduisant pour les passions les plus entraînantes et les plus irrésistibles : les passions d'orgueil et d'amour de la liberté sans frein.

Il faut bien, en effet, qu'on le sache, le nationalisme bien distinct en luimême du patriotisme chrétien, n'a jamais été inspiré ni encouragé en aucun pays par l'Eglise, qui a pourtant été l'émancipatrice véritable des individus et des peuples. C'est un système faux par sa base, si on le considère au point de vue de la morale sociale et du droit, surtout lorsqu'il tend à diviser et même à opposer les divers éléments cthniques d'un même pays, lorsqu'il tend, comme ici, à nier les droits de la souveraineté, à exiger une indépendance qui n'a pas été et qui ne doit pas être concédée.

Il ne faut pas en effet l'oublier, et on le v-rra avec textes à l'appui dans l'appendice de ce travail, ce que le chef nationaliste réclame, juste au moment où il importe le plus de nous unir et de ne pas faire le jeu des ennemis, ce à quoi il travaille, comme un nain voulant soulever une montagne, c'est le démembrement de l'empire britannique, c'est l'indépendance complète du Canada, devant devenir au plus tôt la république autonome canadienne.

Page 1