IV.—-UNE OBJECTION A EXAMINER
Mais, dira ici quelqu'un, si M. Bourassa prèche ainsi ouvertement l'indépendance, en pleine période de guerre, au profit des allemands, comment donc se fait-il qu'il passe pour avoir l'appui du clergé, dont la loyauté traditionnelle envers l'Angleterre ne saurait être mise en doute ? Est-ce que l'on trouverait, à présent, des prêtres pour réclamer avec M. Bourassa, ‘l'indépendance, comme la seule solution vraie, logique et désirable, comme la seule destinée digne des aspirations et des efforts d’un peuple qui se respecte et qui veut mériter le respect des autres nations *” ? (1)
(1) “Hier, aujourd'hui, demain”, par Henri Bourassa—p. 138, à la pagt 140 de la même brochure on lit:—“Je vous livre toute ma pensée; si, à défaut de l'indépendance, je réclame la représentation impériale, c’est parce qu’elle affaiblirait l’armature de guerre dl'Angleterre, qu'elle précipiterait ia dissolution de son empire, qu’elle hâterait le jour de la délivrance, pour nous et pour le monde.’’
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Les prêtres qui se laissent passer, sans dégager leur responsabilité, pour les
suivants de M. Bourassa, sont-ils prêts à l'appuyer, et à le suivre dans ce mouvement, pour nous empêcher de ‘‘eroupir béatement dans l’abjection coloniale *” ?
Nous insistons sur cette objection, qui est faite couramment aux adversaires catholiques du nationalisme, et qui constitue, d'autre part, en faveur des thèses les plus osées et les plus fausses de M. Bourassa, un des arguments, sinon les plus forts, du moins les plus embarrassants. Les nationalistes se vantent d'avoir des prêtres instruits avec eux, et un grand nombre de journaux anglais, du Canada et de l'Angleterre, font crand état de cet argument, pour faire peser sur le clergé catholique et sur l'Eglise, une part des sentiments d'indignation et de colère que leur inspire naturellement le nationalisme. Quelle est sur ce point l'exacte vérité ?
Nous ailons tâcher de répondre à cette question, avec toute la loyale sincérité et aussi tout le respect que demande le sujet, car ce n'est pas là une objection à esquiver, pour la laisser mieux se répandre et s'envenimer.
Que les nationalistes & vantent d'avoir des prêtres avec eux, il n'y a là rien que de très naturet, quand on connait l'exploitation hardie et fréquemment tentée que M. Bourassa a faite des paroles du Pape, pour étayer ses thèses pacifistes et anti-britanniques.
Mais ce qu'il faut dire ici, c'est que les nationalistes et leur chef n'ont encore pu citer aucune adhésion à leur mouvement, aucune approbation de leur programme et de leur doctrine, venant d'un seul évêque, d'un seul prêtre autorisé. Cette abstention de la part des chefs du clergé »st tout de même bien significative.
Ce qui est non moins significatif, c'est que tous les évêques de notre province ont donné bien ouvertement, dans un document officiel, leur encouragement et leur approbation à la participation du Canada dans la guerre avec l'Angleterre, participation non moins ouvertement blâmée et combattue, encore aujourd'hui par M. Bourassa et par ses disciples
Sur ce point fondamental, autour duquel roule tout le système nationaliste, il n'y a donc pas harmonie de pensées et d'aspirations entre le clergé catholique et M. Bourassa ‘ AU contraire, il y a opposition ouverte de celuici contre celui-là.
Sur les autres thèses fondamentales du nationalisme : le droit à l'indépendance absolue, l'exemption de tout devoir envers l'Angleterre, la souveraineté du peuple, l'égoïisme national, M. Bourassa et ses disciples, qui n'ont pas coutume de cacher aucune des adhésions et des approbations qu'ils peuvent s'attirer, en sont encore à citer un témoignage un peu valable en leur faveur. C'est une Constatation, qui a aussi son importance fort significative.
Que le chef nationaliste, avant de mettre clairement au jour ses idées et ses sentiments révolutionnaires, qu'il enveloppait des réclamations patriotiques bien légitimes en faveur de la langue française, en faveur de l'égalité des droits, de tous les citoyens canadiens, français comme anglais, ait reçu les encouragements réels de prêtres et de Personnages ecclésiastiques, la chose est bien vraisemblable.
Que des sympathies lui soient encore venues du même côté, moins nombreuses et plus discrètes, même depuis qu'il a commencé sa campagne actuelle, la chose est plus douteuse, mais encore possible.
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