‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 108 sur 239 · IV. IRANIENS ET PERSES · texte numérisé non relu

IV. IRANIENS ET PERSES

les ruines de Troie. Ailleurs, dit-il, les mages sacrifient des chevaux blancs ; il croit même savoir que dans les •cas graves leur coutume est d'ensevelir les gens vivants.

Le sacerdoce, d'après les sources grecques, ne semble pas, à cette époque, avoir beaucoup différé d'avec les autres sacerdoces de l'ancien paganisme. Les «mages» qui constituent une caste spéciale offrent les sacrifices sanglants ou non, s'emploient au culte du feu, exorcisent les vents et les tempêtes. Ils tirent des horoscopes, interprètent les songes, et devinent l'avenir au moyen de bâtons de myrte. La réputation de sorciers qui s'attache à leur nom peut avoir été exagérée, mais non forgée de toutes pièces.

3° Période parthique. — Nous avons déjà noté que les Persans opposèrent à l'hellénisation une résistance des plus efficaces. On n'en conclura pas que l'Iran demeura fermé aux spéculations philosophiques de la Grèce, en particulier au néoplatonisme. Il faut nous représenter l'empire séleucide, et même l'empire arsacide, comme un gigantesque creuset où les doctrines de la Ghaldée, de la Judée, de la Grèce, de l'Inde bouddhique s'amalgamaient sans se confondre avec les anciennes religions iraniennes. Le zoroastrisme est un syncrétisme où prédominent les éléments iraniens. « Aussitôt qu'une partie notable du territoire de l'ancienne Perse, écrit le P. Lagrange, se fut détachée du royaume des Séleucides, la réaction nationale dut être accompagnée d'une réaction religieuse. C'est à ce moment, mais non avant, qu'a pu se produire le mouvement d'idées qui aboutit au manifeste des Gâthas. Il sortit évidemment de la caste des mages : il ne nous déplaît pas de mettre à sa tête un grand esprit créateur, mais il a préféré cacher son nom et se couvrir de l'autorité vénérée de Zoroastre. C'était la coutume du temps, le temps du livre d'Hénoch et des Sibylles (1).)) On ne peut déterminer avec précision la date de cette réforme. Ce doit être entre 150 av. J.-C, époque vers laquelle Mithridate le Grand élimine la puissance grecque du domaine iranien, et la fin du Ier siècle avant notre ère. Strabon et Pausanias sont, pour cette période, nos meilleures autorités, ainsi que Plutarque,

(1) Lagrange, op. cit., p. 31.

Hist. Rel. —1 — 15

pour une période un peu plus tardive (11e siècle de notre ère). Ils nous montrent les mages exerçant une grande influence à la cour des Parthes et y composant l'un des deux conseils du roi à côté des « sages ». Ils ne sont plus seulement des prêtres mais bien « les zélateurs d'une vie parfaite » : nous voici parvenus à la conception avestique. Toute trace d'idolâtrie n'a pas disparu. On honore Anaïtis, Omanos (le dieu élamite Human ? Vohu Mano ?), Anadatos, que Strabon qualifie de « démons persans ». Mais le culte spirituel du feu prend une place de plus en plus prépondérante : « la description de Strabon pourrait encore s'appliquer trait pour trait aux pyrées modernes, avec la mention du voile placé devant la bouche, et du petit bouquet de tiges, le baresman, qui a remplacé la jonchée de verdure (1). »

4° Période sassanide. — Ces principes et ces pratiques triomphent avec les Sassanides. Le culte zoroastrien devient la religion nationale, l'Avesta devient le code unique de l'Iran reconstitué. Nous rejoignons ici la tradition. Mais beaucoup de problèmes importants resteraient à résoudre. Pourquoi l'élimination presque complète de Mithra et son exode vers l'Occident ? pourquoi ce syncrétisme mazdéo-chrétien et plus mazdéen que chrétien que fut le dualisme manichéen ? questions pour le moment insolubles. A dater du me siècle, la doctrine et le culte de Zoroastre apparaissent définitivement constitués, par opposition spécialement au christianisme violemment combattu. Toutefois les polémiques avec les docteurs chrétiens ne doivent pas être étrangères à l'évolution incessante du zoroastrisme vers un monothéisme de plus en plus rigoureux, vers un spiritualisme de plus en plus épuré.

Il faut en dire autant, pour la période postsassanide, des polémiques avec les docteurs de l'Islam. Mais les variations de la dogmatique parsie ne présentent plus d'intérêt général. C'est avec la formation du canon avestique qu'il convient de clôturer cette très sommaire enquête sur la religion de l'Iran ancien.

(1) Lagrange, op. cit., p. 20.

Page 1