‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 107 sur 239 · IV. IRANIENS ET PERSES · texte numérisé non relu

IV. IRANIENS ET PERSES

les dieux, mais « avec tous les dieux ». Mais Artaxerxès Mnémon nomme aussi Mithra et Anahita. Hérodote confirme ces données : « ils nomment Zeus (c'est-à-dire le dieu suprême) tout le cercle du ciel. Or ils sacrifient au soleil, à la lune, à la terre, au feu, à l'eau et aux vents. » Il rappelle ensuite que le culte de la déesse céleste (Anahita) a été emprunté par les Perses aux Assyriens qui, dit-il, la nomment Mylitta, et aux Arabes, qui la nomment Alitta. Ahriman existait très probablement dès cette époque comme dieu mauvais, antagoniste d'Auramazda. Mais il n'est pas prouvé que cet antagonisme ait été uniquement, ni même principalement, spirituel et moral. On peut concevoir l'opposition d'Auramazda et d' Ahriman comme celle de Tiamat et de Mardouk, c'est-à-dire comme une opposition éminemment sinon exclusivement cosmologique et religieuse. En fait, d'après Hérodote, les mages aident au triomphe de leur dieu en tuant les fourmis, les serpents, les autres reptiles et volatiles. C'est la réforme zoroastrienne qui, beaucoup plus tard, transforme cette lutte en une lutte spirituelle et morale. Quant aux Ameshas Spentas, ces hypostases si particulières à la religion de Zoroastre, on a déjà vu que, malgré leurs noms abstraits, plusieurs sont en relation étroite avec le monde physique. C'est ainsi que Spenta Armaiti représente avant tout la terre dans son union avec Ormazd, le ciel. Il est impossible de dénombrer ceux des Ameshas Spentas qui existaient déjà dans le panthéon iranien ; le nombre de sept (qu'on n'obtient d'ailleurs qu'en y ajoutant le Yazata Sraosha) est certainement artificiel et récent. Pour l'eschatologie de cette époque, elle n'est pas non plus facile à déterminer. Très probablement les Achéménides conçoivent à la fin des temps un bonheur parfait qui correspondra à celui du commencement; le mythe de Ymia, dans sa forme primitive, est probablement celui qui nous donne l'idée la plus juste de ces théories anciennes. On ne voit pas que la résurrection, qui fait partie de la théologie avestique postérieure, ait été envisagée comme une conséquence du système eschatologique des Achéménides ; l'idée même paraît avoir été absolument inconnue des contemporains de Darius. Des critiques de l'école semi-traditionnelle,

tels que Sôderblom, sont obligés d'avouer qu'elle n'est même pas exprimée dans les Gâthas. A plus forte raison n'en était-il pas question, quatre ou cinq siècles auparavant.

Nous avons noté que l'idée de pureté et d'impureté fait partie du fond original indo-iranien. Elle jouait un grand rôle à l'époque dont nous parlons. Pourtant la moralité des anciens Perses paraît avoir dépassé ce stade inférieur. Nous savons en particulier par les Grecs qu'ils avaient horreur du mensonge, et que, quand il s'agissait de châtier un serviteur, ils ne tenaient pas compte seulement de la faute présente, mais aussi des mérites ou des manquements de la vie tout entière.

Un des corollaires de l'idée de pureté et d'impureté est la méthode de sépulture que nous savons être en usage chez les Parsis. Elle paraît avoir existé dès le temps d'Hérodote, au moins en germe. L'historien grec rapporte qu'on ensevelissait le cadavre d'un mage avant de l'avoir laissé déchirer par les oiseaux et les chiens; « d'autres inhumaient le cadavre après l'avoir enduit de cire. Cette précaution a pour but évidemment de prévenir le contact avec la terre. On comprend ainsi comment Cyrus et Darius ont pu se faire construire ou creuser des tombeaux. Ces tombeaux n'excluent pas l'existence des coutumes constatées par l'Avesta et que nous n'avons aucune répugnance à croire primitives (1). » L'exposition des cadavres était d'ailleurs connue dans l'Inde aux temps védiques.

Le culte des Perses étonnait les Grecs par l'absence complète de statues, de temples ou d'autels permanents ; il était beaucoup moins anthropomorphique que le leur. Cependant Auramazda est représenté, sur les palais de Persépolis, comme un roi dont le buste humain jaillit du disque ailé. A une époque plus récente, cette représentation est étendue à d'autres divinités (par exemple, à Mithrasur les monnaies des princes indo-scythes). On honorait déjà particulièrement le feu et le haoma. Des sacrifices étaient offerts, bien qu'il n'y eût pas d'autel. D'après Hérodote, Xerxès immole mille bœufs à Athéné Ilias sur

(1) Lagrange, op. cit., p. 37.

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