‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 191 sur 239 · VIII. LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

VIII. LA RELIGION ROMAINE

politique, s'orientalisent franchement. La monarchie de Dioclétien sera plus près de celle du grand roi que de la république impériale constituée par Auguste. Le gouvernement des provinces divisées entre Augustes et Césars rappelle les satrapies. Répandues par les marchands orientaux, établis sur tous les marchés, même de l'intérieur; par les soldats, qui, des rives de l'Euphrate ou du Nil, portent leurs dévotions nouvelles du Bosphore au Rhin et aux Colonnes d'Hercule; par les fonctionnaires, qui vont partout et reviennent à Rome; par les esclaves, hommes et femmes, qui forment de véritables colonies rurales ou sont, à la ville, admis aux plus intimes fonctions de la vie domestique; par les étrangers de toutes sortes enfin, médecins, artistes, astrologues, prêtres, aventuriers, qui affluent en Italie, surtout dans le midi, et à Rome, ces cultes pénètrent partout à la fois et envahissent tout. Plusieurs des hommes distingués dans les diverses branches de l'activité intellectuelle, sous des noms helléniques ou romanisés, sont en réalité des Orientaux et leur influence se proportionne à leur talent. On en vit jusque sur le trône. Vainement quelques-uns des premiers empereurs tentèrent de s'opposer à cet envahissement. Ils furent débordés. Commode, Hélagabale, d'autres encore, le favorisèrent. La pénétration mutuelle dont nous avons exposé l'un des aspects, était conforme à l'esprit de l'Empire qui tendait aune sorte de fusion des peuples et des civilisations.

20. Une autre force des cultes orientaux était l'organisation de leurs clergés. Le prêtre oriental avait sur son confrère d'Occident une incontestable supériorité, et c'était d'être proprement un prêtre. Absorbé par une occupation unique, membre d'une milice sacrée, se distinguant du commun par un costume, une attitude, un genre de vie particuliers, il fait partie d'un corps homogène, d'un clergé. Établi à l'étranger, cessant, de par son expatriation, d'être le représentant d'un culte local, ce n'est plus à des concitoyens qu'il s'adresse ; bonne pour tous les hommes, sa religion est universelle et, par conséquent, individualiste. C'est par la conquête personnelle qu'il doit procéder. Habitué à sonder les cœurs, il sait par où prendre l'âme eu quête d'une foi, il presse le futur

initié, le pousse, l'enserre, finalement le convertit et le garde. Directeur de conscience, mystérieux détenteur de vérités qu'il ne dévoile que progressivement, son prestige est grand, surtout sur les femmes.

21. Mort et résurrection d'un dieu, amour d'une déesse pour ce dieu qu'elle perd, retrouve et ressuscite, tel est le fond légendaire commun des religions orientales, voluptueux et tendre ou tragique et sanglant, selon le tempérament de chaque peuple, avec l'Isis et l'Osiris des Égyptiens, l'Adonis et l'Astarté des Phéniciens, la Gybèle et l'Xttis du Pont-Euxin. Des jeûnes, des pénitences précédaient l'initiation aux mystères d'Isis. On s'enfermait, on veillait dans son temple. Et quand le corps était épuisé, les nerfs tendus au dernier diapason, la divinité elle-même se manifestait aux yeux du néophyte. Alors il goûtait la volupté suprême de l'extase. Des offices réguliers, des spectacles étranges, tels que des confessions publiques accompagnées de gestes bizarres, entretenaient l'enthousiasme. Mais la faiblesse humaine ne peut maintenir longtemps l'âme et les sens dans l'état de surexcitation qu'exigeait le culte épuisant d'Isis. Celui-ci, qui fut cependant, du moins à Rome, généralement un des plus purs, y donna lieu parfois, avec ses fêtes nocturnes, à d'intolérables scandales. Dans un mysticisme afîolé,les pires excès côtoient le sublime. L'affaiblissement de la volonté, général à la fin de l'Empire, livre aux passions l'âme incapable de réagir. Mais elle n'en sent pas moins sa souillure : alors elle demande à l'ascétisme l'expiation. Purifications par l'eau et par le sang, vieilles pratiques de magie correspondant à des idées très anciennes plus ou moins spiritualisées, pénitence par le moyen des macérations et de l'abstinence, confession, pèlerinages, lui rendront sa virginité et lui assureront, les prêtres l'affirment, l'éternelle béatitude. A ces rites se mêlent des obscénités, de sanglantes monstruosités. Tout cela scandalisait ceux des Romains qui avaient quelque peu conservé l'esprit d'autrefois. Ils parvinrent à en préserver à peu près la ville, mais leur autorité n'osait guère s'exercer plus loin que les frontières du Latium : ni la Grande-Grèce, toute proche, ni l'Asie, ni l'Afrique, pas même peut-être les bords du Rhin n'en furent indemnes,

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