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VIII. LA RELIGION ROMAINE

et cela jusqu'à l'extinction du paganisme. En particulier dans les cultes de Bellone, d'Attis et de la Mère des dieux, les purifications sanglantes allaient jusqu'à la fureur.

22. Composés, à l'origine, d'étrangers, les collèges sacerdotaux se recrutèrent plus tard, même à Rome, parmi les nationaux. Avant de parvenir à l'initiation complète, il fallait passer par une longue série d'initiations partielles. En récompense les mystères leur étaient entièrement dévoilés. Sur cet enseignement ésotérique, on est malheureusement réduit aux conjectures. Apulée, dans le curieux récit qu'il fait de l'initiation isiaque, s'arrête net au moment décisif. Peut-être est-ce à cause de cette inviolable discrétion que les Pères de l'Église, au lieu de combattre les formes religieuses les plus puissantes de leur temps, s'attardent à discuter l'ancien paganisme, désuet, sinon dans les campagnes, et que les païens eux-mêmes avaient ramené à une sorte de monothéisme un peu vague etpanthéistique. Quelques traits ressortent du récit d'Apulée : des prestiges, sans doute une représentation scénique savamment combinée avec une mise en scène fantasmagorique, une musique hallucinante, et cela aux yeux de profès préparés par des jeûnes exténuants et une attente pleine d'angoisse, telle pouvait être la partie extérieure des mystères. Evidemment elle était en rapport avec le fond de l'enseignement, la foi proposée à l'intelligence s'imposait par les yeux : légendes sacrées, châtiment des méchants, félicité des justes. Dans les initiations la fête se terminait par une sorte d'apothéose du nouvel élu qui sortait de là transfiguré à ses propres yeux, vivant d'une vie nouvelle, plus haute que celle des simples mortels. On voudrait citer la belle prière d'Apulée à Isis. Diodore affirme que les initiés devenaient meilleurs et plus justes. Il semble incontestable que les âmes avides de merveilleux et de foi, de surnaturel, comme aussi de purification et d'expiation, devaient trouver dans un culte comme celui d'Isis d'intimes et profondes satisfactions. Les mystères n'étaient pas incapables d'élever les cœurs bien disposés et de leur donner, si imparfaitement que ce fût, le frisson du divin (1).

(1) André Baudrillart, La religion romaine, 1905, p. 45-48.

23. Le plus important des cultes orientaux fut celui de Mithra. Introduit à Rome dès le temps de Pompée, il faut attendre jusqu'aux Flaviens pour le voir se développer. Mais alors l'influence perse se propage avec une incroyable rapidité. C'est par les mystères de Mithra que se répandirent les doctrines de Zoroastre, passées d'abord de Perse en Phrygie, et modifiées par la théologie savante des Chaldéens. Commode s'y fit initier et cet exemple eut un grand retentissement. Cent ans plus tard environ, Dioclétien, dont le règne marque le triomphe de l'orientalisme, reconnut officiellement en Mithra le protecteur de l'Empire. Jusqu'au déclin du ive siècle, le mithriacisme demeura le culte principal du paganisme romain.

Tel que lesRomains le connurent, c'est une religion composite. Mithra, génie perse de la lumière, adoré comme protecteur par l'aristocratie militaire et féodale des conquérants perses établis en Anatolie, dieu naturiste des Mages répandus dans tout le Levant, avait été assimilé au dieu solaire des Babyloniens, d'où son nom de Sol invictus dans les mystères romains. Mithra y apparaît comme la personnification de l'antique conception védique, la lumière triomphant des ténèbres, le bien du mal, Ormuzd d'Ahriman. Toute une théologie solaire s'abritait derrière ce mythe. C'est à la chaleur du soleil que sont dues l'harmonie cosmique, les saisons, l'alternance du jour et de la nuit, la sécheresse et l'humidité de la terre et de l'atmosphère. Cette même chaleur qui opère sur les corps sidéraux comme sur les nuages, les attire, les déforme, les immobilise, les repousse, suivant l'angle où ils se présentent par rapport au soleil qui règle leurs mouvements et leur procure leur lumière. Comment une intelligence divine n'animerait-elle pas cette force réglée ? Le soleil est donc intelligent et divin. Le pas est vite franchi de lui attribuer non seulement le principe vital, mais la formation des âmes, attirées de nouveau vers l'astre quand la mort a dissocié les éléments qui forment le composé humain. Mais déjà la philosophie avait conçu le Dieu transcendant, distinct de toute matière, hors des limites de l'univers, et le christianisme popularisait cette conception. C'est pourquoi, par une concession et une conciliation, par une fusion avec le néo-platonisme, on suppose

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