XI. CELTES, GERMAINS, SLAVES
et offrent à leurs dieux des bœufs et des moutons et même des chrétiens; ils affirment que les dieux aiment, surtout, le sang de ces victimes. Après le sacrifice le prêtre fait une libation avec du sang pour mieux comprendre les oracles Car, au dire de beaucoup de Slaves, les démons sont plus facilement invités par le sang. Les sacrifices ayant été accomplis, suivant l'usage, le peuple se livre aux festins et aux divertissements... Dans leurs festins, leurs orgies, ils font circuler une coupe sur laquelle ils prononcent des paroles, je ne dirai pas de consécration, mais d'exécration au nom des dieux, du bon et du méchant, déclarant que toute bonne fortune est due au dieu bon, toute la mauvaise au dieu méchant (1). Ailleurs, le même auteur parle des chrétiens qui, à date fixe, étaient immolés aux idoles. A Rugen, les marchands ne devaient acheter ni vendre, sans avoir offert au dieu quelques objets de prix. Les idoles étaient ordinairement placées sur une hauteur ; il existait des bois sacrés, des arbres, des fontaines, des montagnes sacrées que le christianisme dut interdire. Les Slaves baltiques possédaient des temples richement ornés. Chez les uns et les autres, on pratiquait la magie et les enchantements. Certains sanctuaires étaient célèbres pour leurs oracles. On prédisait l'avenir d'après la manière dont le cheval passait entre des lances disposées de certaine façon. On devinait encore par les coupes, les cendres et les sorts. Nous avons marqué que les Slaves du nord avaient une caste sacerdotale, les autres Slaves paraissent n'avoir eu que des sorciers et des magiciens.
Les témoignages sont divergents au sujet du culte des morts. D'un côté Comas de Prague parle de sacrifices faits aux morts (1092). Thietmar affirme au contraire que, pour eux, tout se termine à la mort. Mais, la langue, aussi bien que le folklore russe actuel, témoignent de la croyance des anciens Slaves à une vie d'outre-tombe. On offrait aux morts des sacrifices, on pratiquait l'inhumation et l'incinération. Jusqu'à ce qu'il y fût procédé, l'âme était censée errer dans les forêts. On plaçait dans la tombe des morts divers objets, de l'argent, une échelle, etc.
(1) Op. cit., i, 52.
I. — Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, t. n, Age du bronze, 1910 ; — Holder, Altkeltischer Sprachschatz, 1896-1908; — S. Reinach, Cultes, mythes et religions, 3 vol., 1904-1908 ; — C. Jullian, Histoire delà Gaule, 3 vol. parus, 1908-1910; — C. Renel, Les religions de la Gaule, 1906 ; — A. Bertrand, La religion des Gaulois, 1897 ; — G. Dottin, La religion des Celtes, 1904 ; — Manuel pour servir à V étude de V antiquité celtique, 1906 ; — D'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique : Introduction à la littérature celtique, 1883 ; Le cycle mythologique irlandais, 1884 ; Principaux auteurs de Vantiquitè à consulter sur les Celtes, et Épopée celtique en Irlande, 1902 ; — H. Gaidoz, Esquisse de la religion des' Gaulois, dans V Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtenberger, t. v, p. 428 sq. ■ — Cf. les tables analytiques de la Revue archéologique et de la Revue celtique; — Revue de synthèse historique, t. ni, p. 60-97; t. vi, p. 317-362.
IL— J Grimm, Deutsche Mythologie, édition de E. H. Meyer, 1875- 1878 ; — E. H. Meyer, Germanische Mythologie, 1891 ; — Mythologie der Germanen, 1903 ; — E. Mock, Germanische Mythologie, 1898 ; — W. Golther, Handbuch der germanischen Mythologie, 1895 ; — L. Uhland, Schriften zur Geschichte der Dichtung und Sage, 1868 ; — W. Schwartz, Der heutige Volksglaube und das aile Heidentum, 1862 ; — W Mannhardt, Wald-und Feldkulte, 1905; — H. Petersen, Ueber den Gottesdiensl und den Gôtterglauben desNordens, 1882 ; — S. Bugge, Studien iiber die Entstehung der nordischen Gôtter, 1889 ; — Chantepie de la Saussaye, Manuel d'histoire des Religions, trad. franc., 1904. — Wolfgang golthen, Religion und Mythus der Germanen, 1909.
III. — Lubor Niederle, La race slave, trad. L. Léger, 1911; — Louis Léger, La mythologie slave, 1901 ; — Chantepie de la Saussaye, op. cit.
A. BROS et O. HABERT.
(1) Voir la note explicative pour la « Bibliographie » de l'Introduction, p. 47.