XI. CELTES, GERMAINS, SLAVES
encore Volosu, que Ton trouve associé à Perunu comme garant des engagements pris. C'était vraisemblablement un dieu des troupeaux ; Chorsu était un dieu solaire ; la personnalité de Dazbogu, Simarglu, Mokosi, Tojanu nous est peu connue.
Svantovit était le grand dieu des Slaves de l'île de Rugen. Au dire de Helmold, on lui immolait des victimes humaines; un chrétien, chaque année, était voué en sacrifice à cette divinité. Un temple, une idole, un trésor de culte lui étaient consacrés dans l'île de Rugen et ses oracles y étaient célèbres. Le prêtre de ce dieu possédait une grande autorité. L'idole nous est décrite par Saxo Grammaticus ; elle avait quatre cous et quatre têtes, deux devant et deux derrière ; elle avait la barbe rasée et les cheveux tondus à la manière des Rugiens. Dans sa main droite, elle tenait une corne fabriquée de divers métaux et dans laquelle on mettait du vin chaque année, pour servir de présage aux moissons. La main gauche tenait un arc. La statue était faite de diverses sortes de bois. Près d'elle se trouvaient une selle et une épée. Voici comment se célébrait la grande fête de son culte. Une fois par an, après la récolte, une foule nombreuse se réunissait devant le temple, sacrifiait des têtes de bétail et prenait part à un grand festin religieux. Le prêtre qui, contrairement à la mode du pays, portait la barbe et les cheveux fort longs, avait seul le droit d'entrer dans le sanctuaire. Le jour qui précédait la fonction sacrée, il nettoyait soigneusement le temple avec un balai. Seul il avait le droit d'y entrer en faisant bien attention de retenir son haleine. Chaque fois qu'il avait besoin de respirer, il courait à la porte, afin que la divinité ne fût pas souillée par le contact d'un souffle humain (1). » Le lendemain on examinait la quantité de liquide, qui restait dans le vase que tenait l'idole, pour en tirer présage; puis le prêtre en avalait le contenu. On plaçait devant la statue un gâteau assaisonné de miel, rond et presque aussi haut que la taille d'un homme. « Le prêtre se mettait derrière ce gâteau et demandait au peuple s'il le voyait. Si le peuple répondait affirmativement, il exprimait le vœu de ne pas être vu
(1) Historia danica, xiv.
l'année suivante. Ce vœu avait pour objet, non pas la destinée du prêtre, mais l'abondance de la moisson future. Puis il saluait la foule au nom de l'idole, l'engageait à persévérer dans sa dévotion et ses sacrifices et lui promettait, comme récompense très certaine, des victoires sur terre et sur mer (1). » Le reste de la journée était consacré au festin ; on y mangeait la chair des victimes. On apportait des offrandes à Svantovit, même des régions voisines. Il avait, d'ailleurs, des temples en divers lieux. Il semble que son culte ait été en rapport avec le cheval. Les anciens ont vu dans ce dieu une corruption du culte de saint Vit; il est du moins probable que la disparition de cette idole, qui fut détruite par les Danois, comme aussi le nom de Svantovit, contribuèrent à populariser le culte du saint. Citons d'autres dieux en Vit de la même région : Rugiévit, que Saxo Grammaticus compare à Mars ; Porévit, dieu à cinq têtes ; Genovit, qu'Otto de Bemberg identifie au même Mars. Il existait encore chez les Slaves baltiques d'autres dieux inférieurs ; Triglav, dont l'idole avait trois têtes. Un cheval lai était consacré à Stettin, à Arkona. Jula était adoré à Volyn ; Radigast, peut-être un héros éponyme (Léger) ; Podaga, déesse des phénomènes atmosphériques ; Pripégala, peut-être un dieu solaire, etc., sont d'autres noms de divinités. On trouvait à côté de ces cultes la vénération de déesses et de dieux domestiques ou pénates. Enfin des dieux du destin présidaient à la naissance et à la vie.
Pour les Slaves du sud, les fleuves, les forêts, les montagnes sont peuplés de Vêlas, sortes de nymphes qui, sous figures de femmes d'une grande beauté, mènent une vie héroïque, tantôt bienfaisante, tantôt malfaisante aux hommes. Certaines plantes leur étaient consacrées et les paysans les vénèrent encore aujourd'hui. Chez les Slaves du nord, les Rusalkas avaient un rôle analogue.
4. La cérémonie la plus importante était chez les Slaves, comme chez les divers peuples, le sacrifice. On immolait aux dieux des bœufs et même des victimes humaines. Helmold décrit une cérémonie du culte de la façon suivante : « Les hommes et les femmes se réunissent avec les enfants
(1) Historia danica, xiv.