‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 28 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

bien que les apparitions des morts, les visites que certains personnages font ou sont censés faire au séjour des âmes viennent apporter une confirmation à cet instinct. Enfin, l'idée de la rétribution future peut ajouter ses exigences ; mais c'est très rarement, cette notion étant très confuse ou absente chez la plupart des non-civilisés. La croyance à la survivance de l'âme est tellement manifeste chez eux que certains philosophes y ont vu l'origine de leur religion. C'est du mânisme que seraient sortis les dieux. Il n'en est rien, mais il est vrai que le mort, fréquemment divinisé, est l'objet d'un culte familial, clanique ou tribal. On le voit, la conception du primitif est, ici encore, une conception humaine, analogue à la nôtre. Sa philosophie rudimentaire, l'idée abstraite qu'il manie difficilement, les habitudes de la conception animiste et dynamiste du monde, donnent à cette idée religieuse des précisions et des développements grossiers.

17. Telle nous paraît être la religion des primitifs. C'est une religion. Elle répond aux grandes questions que se pose l'humanité : origine des hommes et du monde, destinée de l'âme ; elle comporte des dieux, un culte et une morale. Les sauvages ne sont pas des demi-animaux, ce sont des hommes véritables, possédés des mêmes besoins que nous. Mais leur intelligence peu exercée à l'abstraction et au raisonnement, leur imagination vive, leurs passions aussi déforment le réel et créent des fantômes. Ils pénètrent ainsi les éléments d'une saine religion, de pratiques, de croyances, de mythes divers, et tout cela, mêlé confusément, constitue à leurs propres yeux la religion. C'est nous seulement qui y discernons le vrai grain d'avec la paille.

Cette religion dans son ensemble peut provenir de la seule raison naturelle ; les divers éléments qu'elle comporte ne nous semblent pas supérieurs à la puissance de l'esprit humain. Mais il n'est pas impossible que des vérités appartenant à la Révélation primitive s'y soient conservées. On a fait remarquer que chez les plus primitifs de tous les peuples, chez les Pygmées par exemple, on trouvait le culte et la croyance les plus purs. Ces peuplades, peu douées au point de vue de l'imagination, auraient le mieux conservé la religion primitive liée aux éléments stables

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de la société familiale et clanique et vivifiée par des grâces divines. En ce cas, il semble bien que ces peuples, du moins, n'auraient guère retenu avec netteté les vérités révélées proprement surnaturelles (état surnaturel, rédemption). Enfin, c'est là une hypothèse, que Ton ne peut écarter, mais que Ton ne peut affirmer non plus à priori, et sur laquelle l'histoire des sauvages — ces peuples heureux n'ont pas d'histoire — ne nous fournit aucun renseignement. Il est certain, par contre, qu'il existe chez eux des régressions et des progrès et que leur imperfection religieuse ne tient nullement à leur primitivité historique, mais à leur mentalité et à leur peu de culture. Cette mentalité est chez plusieurs une décadence. Et rien ne prouve qu'il n'en ait pas été partout ainsi.

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