‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 27 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

feu (1), » etc. Et toutes ces prescriptions sont, comme les plus élevées, liées à un esprit ou à un dieu, qui les a établies et qui les protège ou les venge. La morale du primitif contient donc, à côté d'éléments élevés de la loi naturelle, de nombreuses défenses magiques et de grossiers interdits. Toutefois on ne saurait expliquer par le seul tabou magique, interdiction à base de seule crainte, toutes ces défenses. S'il est vrai que cette crainte des puissances magiques pénètre et enveloppe toute sa croyance, du moins peut-on affirmer qu'il s'y joint une conception de l'ordre et de la finalité, grossière, appropriée à la mentalité du primitif. Cela explique les interdictions conformes à la loi naturelle et au bien moral qui se mêlent à ses terreurs religieuses et superstitieuses et dont les purifications, les confessions et les exorcismes ont pour but de préserver.

16. La vie future. — Le primitif croit à la survivance de l'âme. On en a pour preuve la façon dont il soigne le malade, empêchant l'âme de sortir, l'engageant à demeurer dans le corps, etc. Les soins dont il entoure le cadavre ne sont pas moins significatifs. Il croit, en général, que l'âme n'est pas entièrement séparée du corps, tant que ce dernier n'est pas complètement décomposé. Aussi, souvent, le conserve-t-il à la maison pendant ce temps, ou hâte-t-il son décharnement par une première sépulture, par l'incinération, par l'endo-cannibalisme (manducation de la chair du mort). Ensuite on place dans une sépulture définitive les restes du squelette ; dès lors l'âme est tranquille et son sort est fixé ; elle ne viendra plus inquiéter les vivants. Cet enterrement se fait suivant des rites marqués ; il semble qu'il ait pour but d'écarter, le plus souvent, l'esprit du mort que l'on redoute, de lui rendre la paix. Le deuil qui est, ou une défiguration, ou un changement de costume, ou un isolement des survivants devenus tabous, dure plus ou moins longtemps, suivant la qualité du défunt ; il est levé par des cérémonies. Il semble avoir pour cause la crainte de l'esprit du mort ou des forces magiques que contient le cadavre ; il s'y mêle aussi la dou

(1) A. Le Roy, La Religion des primitifs, p. 241.

leur et le sentiment de regrets que cause la perte d'êtres chers.

Le culte du tombeau ne témoigne pas moins en faveur de la croyance à la survivance de l'âme. La position accroupie fréquemment donnée au squelette, quelle que soit la signification qu'on lui donne, prouve du moins que l'on croit à la prolongation de la vie dans la tombe. D'ailleurs le mobilier funéraire, armes, ustensiles, nourriture, hommes, animaux, ou leurs images que l'on joint au squelette, confirment cette observation. On a soin, le plus fréquemment, d'apporter à jours fixes, à certains anniversaires, de la nourriture sur la tombe du mort ; on lui offre même des sacrifices humains en divers endroits.

La vie d'outre-tombe, telle que se la représentent ces peuples barbares, est en conformité avec l'idée qu'ils se font de l'âme. C'est, nous l'avons dit, une sorte de double du corps que le sauvage assimile au sang, à l'ombre ou au reflet, à l'image ou au souffle et qui vit, dans l'audelà, d'une vie analogue à celle d'ici-bas. C'est une sorte de prolongation de la vie actuelle qui se poursuit ; les riches y demeurent riches, les pauvres y vivent pauvrement. Cependant ceux qui ont été forts au combat ou les grands ont une place à part. Ces morts sont ordinairement groupés dans un lieu déterminé qui se trouve placé, soit dans le ciel, soit sous la terre, etc. Quelle que soit leur condition, ils travaillent, mangent, etc., comme sur terre. Certaines âmes sont parfois regardées comme mortelles, d'autres se réincarnent : telles fréquemment les âmes des petits enfants. L'idée de récompense dans l'autre monde n'est pas absolument étrangère à leur pensée. Elle est en rapport avec l'estimation qu'ils ont du bien. S'ils regardent comme la vertu principale la valeur guerrière, c'est elle qui sera la plus récompensée. Mais dans de nombreuses peuplades elle paraît absente. Ailleurs ce sont ceux qui ont le mieux honoré les dieux, conservé leur parole, qui sont récompensés; les autres vont en enfer.

: Cette idées de la survivance de l'âme est appuyée d'abord sur le sentiment qu'il est impossible que l'esprit de l'homme meure; instinct très vif et qui survit à la religion, même chez beaucoup de nos contemporains. Ensuite, il semble

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