‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 51 sur 239 · II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE

sions, dont chacune correspond à une heure de la nuit. Les premières heures comprennent le domaine de Khent- Amenti, le dieu primitif d'Abydos ; les suivantes nous mènent dans la région de Sokaris de Memphis ; on entre ensuite dans les heures d'Osiris, dieu de Busiris et de Mendès, puis dans le domaine héliopolitain. On va ainsi de l'ouest à Test, en passant parle nord. A la dernière heure, le soleil se lève.

Le Livre des Portes, composition théologique analogue, a conservé le jugement osirien qui avait disparu du Livre de la Touat : c'est une sorte de compromis entre les deux systèmes. On doit citer encore d'autres livres plus mystérieux, tels que le Livre des Cavernes. Un point commun à tous ces écrits, c'est la représentation de supplices infligés à des damnés ; ils sont plongés dans des chaudières ardentes que gardent des divinités crachant du feu, armées de couteaux. On y voit torturer séparément les corps et des âmes de plusieurs espèces. Un papyrus démotique datant du Ier siècle de notre ère décrit une descente aux enfers ; un épisode qui paraît inspiré de l'histoire de Lazare semble indiquer une influence judéo-chrétienne. On sait combien les apocalypses égyptiennes se sont inspirées de ces compositions.

41. L'histoire des amulettes funéraires constituerait un chapitre curieux de l'évolution des croyances relatives à l'existence après la mort. On a démontré que la plupart des amulettes, dont l'emploi est si fréquent à la basse époque, et dont plusieurs ont une valeur symbolique, n'étaient pas autre chose, à l'origine, que les nombreux objets mobiliers mis à la disposition du mort. Plusieurs sont des armes, des coiffures, des vêtements royaux.

42. Les différents rites funéraires ont commencé par être réservés aux rois — nous l'avons remarqué déjà — ■ puis, petit à petit, ils se sont généralisés. Deux fois au moins nous assistons à l'invention de procédés nouveaux, qui, à leur tour, tombent dans le domaine commun. En cette matière, comme en d'autres, les Égyptiens n'ont pu se résigner, en adoptant les idées nouvelles, à abandonner les anciennes. Aussi les tombeaux nous montrent-ils une confusion presque inextricable. La tombe elle-même peut

être bâtie selon la conception animiste simple du mort vivant au tombeau ; le cercueil et le traitement du corps indiquent que Ton se rattache plutôt au mode osirien, tandis que le papyrus déposé sur la momie nous décrira le passage du soleil à travers les heures de la nuit.

43. Peut-on tirer des conclusions de l'exposé sommaire que nous venons de faire ? Un certain nombre d'entre elles ont été déjà indiquées et il n'y a pas à y revenir.

On sera certainement frappé de la multitude et de la diversité des formes religieuses, qui nous rendent difficiles les vues d'ensemble. On a constaté que, malgré un travail intense des écoles de théologie, celles-ci ont été incapables de clarifier le dépôt des siècles successifs et d'en tirer quelques dogmes simples et précis qui se seraient imposés à tous. On ne peut nier cependant que l'on trouve dans la littérature religieuse l'expression d'un idéal de beaucoup supérieur aux pratiques courantes. Malheureusement, la magie a tout vicié et, après avoir entrevu le but élevé, on semble ne s'être préoccupé que d'éviter les désagréments et les dangers qui pouvaient résulter de l'inobservance de la loi. L'Egyptien donne souvent l'impression d'un homme qui, ayant reçu les éléments d'une civilisation supérieure, n'a pu réussir à les digérer complètement. Nous remarquions en commençant qu'il n'eut jamais le sentiment de la contradiction. C'est ce qui l'empêcha d'épurer ses idées religieuses, d'éliminer progressivement les déchets des âges héroïques et de dégager le fruit de la gangue rude et grossière. C'est ce qui fait comprendre aussi qu'on assiste parfois, comme dans les cultes des animaux, à de brusques retours en arrière.

Les Égyptiens ont souvent entrevu des solutions que le christianisme apportera, ce qui explique d'une certaine manière sa rapide diffusion dans la vallée du Nil. Mais cette malencontreuse incapacité de se dégager des broussailles de la vieille théologie n'est peut-être pas complètement étrangèi e au développement du gnosticisme.

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