‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 50 sur 239 · II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE

bornait à procurer aux morts l'admission dans le monde des dieux. C'est évidemment à cette époque que remontent les textes et vignettes relatifs au jugement devant Osiris. Le cœur de l'homme ou parfois l'homme lui-même est pesé dans la grande balance à laquelle est préposé Anubis ; le secrétaire des dieux, Thot, inscrit la sentence. Le cœur de l'homme doit être égal en poids à l'image de la déesse de la vérité, Mat. A ce moment, le mort récite la fameuse confession négative adressée non seulement à Osiris, mais aussi aux quarante-deux juges qui représentent les diverses villes de l'Egypte.

Si le Livre des Morts est le meilleur guide des âmes, c'est aussi le talisman le plus efficace qu'elles puissent emporter. Les indications qui s'y trouvent ne sont pas seulement des préceptes utiles à suivre, mais encore des charmes qui opèrent infailliblement. Invoquer les dieux et les génies par leur nom exact est le moyen de les forcer à l'obéissance. Au moment de la pesée du cœur le dieu Anubis faussera le peson de la balance ou bien encore la déesse delà vérité interviendra pour appuyer ou soulever le plateau dont le contenu serait trop lourd ou trop léger.

38. Nous avons supposé jusqu'ici que dans ce nouvel ensemble de doctrines on pensait que l'âme seule des morts se rendait dans le monde des dieux. L'examen des vignettes des manuscrits ou des peintures des tombes montre qu'il s'agit de l'homme tout entier, dont l'âme et le corps se réunissent dans l'autre monde. Les textes confirment cette impression. Pour envoyer le corps chez les dieux on connaît plusieurs procédés. On enterre le corps à des endroits particulièrement sacrés, telle la nécropole d'Abydos, qui appartient déjà au domaine d'Osiris. On recourt à l'emploi d'une figure magique représentant le corps mort et qui passe dans le monde des dieux. Du moment où l'on croit que, dans l'autre monde, le mort se servira de son corps, on cherche à le préserver de la destruction : d'où les pratiques de l'embaumement.

Les recherches d'Ellioth Smith ont permis de retracer sommairement l'histoire de la momification. Au début, si les corps se sont conservés, ce n'est que le résultat de l'action des agents naturels ; plus tard, à partir de la

XVIIe dynastie, on constate l'emploi de procédés destinés à préserver les tissus intacts. A la XIX-XXe dynastie, on cherche en bourrant les joues à rendre à la face son aspect primitif, et, cet usage se généralisant à la XXIIe dynastie, le corps entier sera rembourré. Plus tard encore, l'aspect du corps sera donné seulement à l'extérieur, grâce à l'emploi de nombreuses bandelettes. L'époque ptolémaïque constitue l'apogée de l'art de disposer les bandelettes. A l'époque romaine, le bitume est utilisé abondamment. Un rituel très compliqué décrivait les phases successives de la préparation de la momie. Les prêtres qui en sont chargés sont assimilés aux dieux qui autrefois momifièrent Osiris. L'idée de la momification du dieu s'est évidemment introduite dans la légende au moment où la momification était en usage. Avant cela, on disait que le dieu avait été démembré, selon le rite en usage pour les morts à l'époque primitive. Si Osiris a été démembré, si Osiris a été momifié, c'est parce qu'il est mort, et ce serait une erreur de croire que, dès le début, on aurait soit démembré, soit momifié les morts pour les traiter comme le dieu. Ce n'est que tardivement, par oubli du point de vue originaire, qu'on a pensé que l'invention de la momification datait de la mort d'Osiris.

39. A partir du Nouvel Empire, au moment où les procédés de l'ensevelissement osirien s'étaient généralisés, on voit apparaître, dans les tombes royales d'abord, une idée nouvelle qui n'est, en réalité, que la mise au premier plan d'une idée qu'on peut retrouver à des époques beaucoup plus anciennes : le roi mort sera identifié au dieu solaire, sous sa forme thébaine, Amon-Ra. Pendant le jour, il parcourra le ciel dans la barque diurne ; la nuit, dans la barque nocturne, il traversera le monde de la nuit appelé la Touat. Les morts privilégiés obtiendront bientôt la faveur de se faire admettre parmi l'équipage des barques divines.

40. Le livre de savoir ce qu'il y a dans la Touat est représenté sur les murs des tombes, sur les sarcophages, ou sur des papyrus. On constate qu'on a incorporé, par un habile travail de théologie, les enfers principaux dans l'enfer spécial du dieu solaire. Celui-ci est divisé en douze divi-

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