II. La Religion des Primitifs actuels
Qu'est-ce qu'un non-civilisé ? Importance de cette étude dans V histoire actuelle des religions (7). — Psychologie du primitif (8).
— L' animisme (9). — La magie (10). — Les tabous (11). — Le totémisme (12). — Les dieux (13). — Le culte (14). — La morale (15).
— La vie future (16). — Conclusion : le sauvage est un homme, il a une religion (17).
1. Le terme « primitif » est ambigu. Il peut servir à désigner les premiers hommes ou bien Fétat de civilisation d'une humanité relativement très ancienne, en tout cas très barbare. Dans la première acception, deux façons de concevoir les tout premiers hommes se partagent aujourd'hui l'opinion.
D'une part, les ethnographes modernes non chrétiens, adeptes plus ou moins conscients de la loi des trois états de Comte et suivant la théorie évolutionniste, font sortir les premiers spécimens de la race humaine de l'animalité même, exclusivement par voie de progression spontanée.
A ce moment, par sa culture matérielle et ses croyances rudimentaires, son aspect extérieur, l'homme aurait été semblable au plus dégradé des sauvages. Peu à peu en se développant il aurait acquis une civilisation qui lui permet de dominer le monde. La religion, signe de barbarie selon les uns, nécessité humaine selon les autres, aurait participé à ces vicissitudes du progrès humain. Au fétichisme grossier des premiers hommes aurait succédé l'anthropomorphisme des cultes supérieurs, que la science purement rationnelle est destinée à remplacer. Cette doctrine, qui se présente comme scientifique et positive, n'est point fondée sur les faits, elle est une systématisation, une explication des origines humaines. Cette question des origines, « la suprême question pour l'humanité » suivant Huxley lui-même, est, en effet, une question religieuse et philosophique ; et à prendre dans son sens positif le mot « scientifique, » on peut dire, avec M. de Morgan, que « scientifiquement nous ne connaissons rien des origines naturelles de l'homme (1). »
La conception catholique est tout autre. D'après elle, l'homme a été créé par Dieu et a joui, sans doute dès le début de son apparition sur la terre, d'un état spécial de justice et d'innocence, comme aussi d'un ensemble de connaissances et d'immunités, dont il est déchu par le péché originel. L'enseignement catholique, interprétant les récits inspirés de la Bible sur les origines de l'homme, tient généralement pour révélées à l'humanité primitive es vérités suivantes : une notion exacte de Dieu un et créateur, et du culte qui lui est dû ; la croyance à l'existence des bons et des mauvais anges ; l'enseignement d'une loi morale individuelle, familiale et sociale ; une certaine connaissance de l'état surnaturel dans lequel l'homme était élevé et devait vivre ; l'idée enfin, après la chute, de la déchéance de l'homme et de ses conséquences, de la Rédemption et de la vie future. Cette révélation faite à la première humanité n'a pas été oubliée entièrement. Le peuple juif a été choisi par Dieu à une époque déterminée pour en conserver et en vivifier le dépôt.
(1) Les premières civilisations, p. 44.