SIÈCLES
11. La foi chrétienne inculque à ses fidèles le respect des institutions politiques et sociales établies, la soumission aux impôts, l'obéissance aux magistrats, le devoir de prier pour les dépositaires de l'autorité jusqu'au plu>> élevé (Rom., xm, 1-7). L'autorité est de Dieu, quel que soit le dépositaire. SaintPaul, dans le texte auquel je renvoie , développe dans le sens le plus loyaliste, dans l'esprit le plus romain, la maxime évangélique : « Rendez à César ce qui est à César. » Le sentiment d'imprécation contre Rome, qui éclate dans l'Apocalypse johannine, est un sentiment isolé, et dont l'expression est juive d'images et d'accent. Le respect de Rome et de la puissance impériale date de la première heure et ne se démentira pas dans le christianisme, pas même dans les plus sanglantes persécutions. Il est sûr aussi que les magistrats romains ont été, à la première heure, et contre les violences juives, les protecteurs-nés des chrétiens. Comment cette protection s'est-elle transformée en régime de persécution ?
Les historiens de la religion romaine ont de nos jours
mis en lumière ce fait que la société de Rome, à la fin de la république, était une société passée à l'indifférence ou à l'incrédulité. Mais, au contraire de César, qui faisait profession publique d'incrédulité tout en étant superstitieux, Auguste s'appliqua sans plus de conviction à restaurer, non les croyances éteintes, ce n'était au pouvoir de personne, mais les cultes, les temples, les sacerdoces traditionnels. L'empereur fut grand pontife. Il disposa des sacerdoces et des collèges sacerdotaux, dont les membres furent désormais à sa nomination. La nullité religieuse de Rome, qui lui permettait de domestiquer la religion dans l'État laïque, alla plus loin, elle divinisa Rome et l'empire, et l'on eut, dans toutes les provinces et à Rome, le culte de Rome et d'Auguste. — Cette même nullité faisait la tolérance de Rome et légalisait le polythéisme international. La coexistence était partout possible des cultes officiels, et soit des cultes locaux qui subsistaient dans les populations conquises, soit des cultes orientaux qui se propagèrent dans le monde romain. « ...Assimilation des divinités, association dans une seule et même formule de dédicace ou d'ex-voto d'une divinité officielle et d'une divinité orientale ou locale, dévotion aux divinités orientales ou locales des prêtres du culte officiel, etc. Cet accord paraît bien s'être fait de lui-même, sans aucune pression ni intervention du gouvernement impérial. » Les sacerdoces des divers cultes, « par leur exemple même, prouvaient que les divinités dont ils étaient les ministres, ne réclamaient pas avec une intolérance exclusive les prières, les hommages, les actions de grâce de leurs fidèles » (Toutain). Aucune trace de rivalité entre les diverses dénominations de dévots, aucune agression : ces cultes se juxtaposaient, s'interchangeaient, se cumulaient, dans une paix profonde.
Toute la politique religieuse de l'empire est dans ces deux maximes du discours que Dion fait adresser par Mécène à Auguste : « Honorez les dieux selon les usages nationaux <i% forcez les autres à les honorer comme vous... Ne permettez à personne d'être athée» (Dio.,Lii, 36), c'est-à-dire, ■commente Boissier, de ne pas croire aux dieux que l'État reconnaît.
Le judaïsme était inassimilable et exclusif, mais, en