‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 134 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

tant que religion nationale, il était une religio licita ; les Juifs étaient dispensés de toute obligation cultuelle étrangère ou contraire à leur Loi ; en retour, ils ne montraient aucune hostilité contre les cultes officiels, ils s'abstenaient, ils vivaient à part; ils étaient d'ailleurs considérés comme des étrangers installés dans l'empire, et quand au 111e siècle, après le fameux édit de Caracalla, ils seront devenus citoyens romains, leur liberté religieuse restera la même. Il n'en allait pas de même des chrétiens : qu'ils fussent soit des citoyens romains, soit des provinciaux soumis à Rome, soit des affranchis ou des esclaves, ils faisaient partie de la société romaine. Se soumettre aux lois civiles et politiques de l'empire, comme ils faisaient, n'allait pas, ne pouvait pas aller jusqu'à honorer les dieux, jusqu'à participer au culte de Rome et de l'Auguste, jusqu'à vivre en paix avec le polythéisme international légalisé, jusqu'à ne pas avoir en face des cultes officiels eu non, une attitude d'athées. Là était leur premier crime.

Le christianisme constitué en églises, lesquelles avaient toutes les apparences de collegia, était en réalité une religion communautaire. Le temple païen était une demeure du dieu, et dans le temple, il n'y avait place que pour le dieu : ses fidèles étaient des passants. L'église était un cœtus, un conventicule, une confrérie. Renan fait valoir avec justesse que par là-même le christianisme ne pouvait être toléré par Rome. « Le prétexte de religion ou d'accomplissement de vœux en commun est prévu et formellement indiqué parmi les circonstances qui donnent à une réunion le caractère de délit; et ce délit n'était autre que celui de lèse-majesté, au moins pour l'individu qui avait provoqué la réunion... Les légistes qui ont constitué le droit romain, si éminents comme jurisconsultes, donnèrent la mesure de leur ignorance de la nature humaine en poursuivant de toute façon, même par la menace de la peine de mort, en restreignant par toute sorte de précautions odieuses ou puériles, un éternel besoin de l'âme. »

12. La question de savoir quelle fut la base juridique des premières persécutions est une question controversée entre historiens. Certains (Le Blant, Sohm, Neumann) ont pensé que les chrétiens furent frappés par les lois pénales de droit

commun, parce qu'ils tenaient des conventicules illicites, parce qu'ils étaient accusés de crimes, d'impudicité, de magie, parce qu'ils refusaient de sacrifier aux dieux ou de jurer par le génie de l'empereur et tombaient ainsi dans la lèse-majesté divine ou dans la lèse-majesté impériale, ces deux imputations de lèse-majesté étant d'ailleurs le délit le plus communément reproché aux chrétiens. — D'autres (Mommsen, Harnack) pensent que les persécutions ont été des mesures de police, une application du ius coercendi des magistrats romains qui participaient à Yimperium : les gouverneurs de provinces ont été les maîtres de la persécution, les empereurs n'étant intervenus que pour réglementer l'exercice du ius coercendi, et tout l'effort des apologistes n'a tendu qu'à décliner cet arbitraire pour obtenir la procédure des tribunaux criminels ordinaires. — ■ Sans nier l'initiative des magistrats provinciaux, d'autres historiens estiment qu'il a dû exister une loi spéciale prohibitive du christianisme, et que cette loi faisait de la profession du christianisme un délit comportant la peine capitale; cette législation, antérieure au rescrit de Trajan à Pline, aurait été édictée très vraisemblablement par Néron, et resta en vigueur jusqu'à Dèce, qui inaugurera un régime nouveau. Avec M. Allard, M. Waltzing, M. Ramsay M. Callewaert, nous sommes de cette troisième opinion.

13. A ne parler (provisoirement) que des persécutions antérieures à celle de Dèce (249-251), ce qui frappe dans es deux premiers siècles, c'est que, le régime impliquant une menace constante, la persécution est cependant intermittente, et que nombreuses sont pratiquement les années de paix. — La persécution éclate sous Néron qui en pose la loi, en 64. Mais le règne de Vespasien (69-79) est paisible ; autant celui de Titus (79-81). Sous Domitien (81-96), des victimes, dans l'aristocratie romaine. Nerva (96-98) restaure la tolérance. Trajan (98-117) n'est pas considéré par les chrétiens comme un persécuteur, c'est lui qui répond à Pline à leur sujet par la formule célèbre : Conquirendi non sunt, si deferantur et arguantur puniendi sunt, qui sera la règle jusqu'au me siècle. De là des exécutions locales, isolées, sous Trajan, sous Hadrien (117-138), sous Antonin le Pieux (138-161), sous Marc,

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