XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
tieux. La croyance à la sorcellerie fait des ravages partout et les théologiens ne savent pas toujours enrayer le mal. En revanche les confréries religieuses entretiennent la vraie piété, en même temps que la charité, parmi toutes les classes sociales.
71. La pénitence a malheureusement perdu de son efficacité. Les foules s'en sont déshabituées. Le concile de Latran (1215) exigeait la confession annuelle. Ce fut un minimum qu'on eut quelque peine à obtenir. Déjà l'accomplissement intégral et préalable des œuvres pénitent ielles n'était plus la condition indispensable de la réconciliation du pécheur avec Dieu ; l'absolution suivait immédiatement la confession. Les pénitences publiques finissent par disparaître presque complètement ; la pénitence privée règne seule désormais. Enfin apparurent les indulgences, c'est-à-dire les remises totales ou partielles des pénitences publiques ou privées dont le pécheur réconcilié devait s'acquitter. Instituées dans un but salutaire, elles devinrent bientôt une cause de relâchement et une source d'abus.
72. Toutefois le christianisme dominait toujours au fond des âmes. Les prédicateurs comme saint Vincent Ferrier (t 1419) soulèvent les masses pour les amener ou les ramener à Jésus-Christ. « Le succès inouï des prédications populaires et mille autres indices nous montrent que la foi chrétienne dans la France du xve siècle était restée générale et très vive... Tous les testaments qui nous ont été conservés prouvent la profondeur du sentiment religieux. Rien ne montre mieux que l'histoire des Mystères quelles profondes racines la religion avait alors dans les âmes (1).» Ainsi, malgré les apparences contraires, malgré les abus et les désordres qui régnent du haut en bas de la hiérarchie, la sève chrétienne n'est pas tarie ; elle circule dans les branches et alimente toujours le tronc. Vienne la réforme (la réforme de la tête et des membres) tant réclamée par les bons esprits et déjà tentée par quelques-uns, et la sève éclatera de nouveau en frondaisons magnifiques.
(1) Petit-Dutaillis, dans V Histoire de France, de Lavisse, t. vi, 1910, p. 158 sq.
1. — Édit de Milan, dansEusÈBE, Histoire ecclésiastique, lib. X, cap. v;édits qui suivirent la victoire remportée sur Licinius, dans Eusèbe, Vita Constantini, n, 24-59 ; mesures contre le paganisme, Eusèbe, Vita Constantini, i, 45 ; cf. iv, 23-35 ; sur l'ensemble de la politique religieuse de Constantin, cf. Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. il, (1907), ch. u, etFi] fi K,Konstantin der Grosse unddasChristentum, dans Kirchengeschichtliche Abhandlungen, t. n, (1899), p. 1-23.
2. — La série des documents "qui a trait aux débuts du donatisme est trop considérable pour trouver place ici. Voir Duchesne, Le dossier du donatisme, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire,ï. x, 1890, p. 621 sq., et Histoire ancienne de V Église, t. n, ch. ni, p. 101 sq. ; article Donatisme de G. Bareille, dans le Dictionnaire de théologie catholique, et article de M. Audollent au mot Afrique dans le Dictionnaire d'histoire ecclésiastique ; G. Monceaux, L'église donatiste, organisation et caractères, dans la Revue d'histoire des religions, maijuin 1911.
3. — Pour la législation des empereurs chrétiens contre le paganisme voir Codex Theodosianus, spécialement lib. XVI, tit. n, et tit. x; Codex Justinian., I; cf. Beugnot, Destruction du paganisme en Occident, 1835; Chastel, Destruction du paganisme dans V empire d'Orient, 1850.
4. — Sur la législation contre les donatistes, voir Code théodosien, loc. cit.; aï. Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. ni, (1910) ch. iv, La fin du donatisme, p. 107-146 ; Martroye, Une tentative de révolution sociale en Afrique : Donatistes et circoncellions, dans la Revue des Questions historiques, octobre 1904 et janvier 1905.
5. — Sur le manichéisme voir les ouvrages antimanichéens de saint Augustin, P. L., t. xlii ; S. Léon, Serm. xvi, et Ep. vu ; cf. Serm. ix, xxiv, xxxiv, xlii ; Novelle de Valentinien, dur 19 juin 445.
6. — Enseignement des docteurs ecclésiastiques sur le pouvoie coercitif : Tertullien, Ad Scapulam, 2 ; Firmicus Maternus, D, errore profanarum religionum, 30 ; S. Optât, De schismate donatistarum, lib. III, cap. vi-vii; S. Hilaire, Liber contra Auxentium cap. iv ; S. Jean Chrysostome, De sancto Rabyla, 3, et Homilia xlvi in Matthseum, cap. i et ji ; S. Augustin, Ep. xcm, ad Vincentium; Ep. clxxxv, ad Ronifacium; Contra Gaudentium., 20; Epistula Parmeniani, I, 16, et passim ; S.Léon, Ep. xv, ad Turribium. Cf. Vacandard, L'Inquisition, 6e éd., 1911, p. 9-36.
7. — Sur la primauté du pape, cf. Duchesne, Histoire ancienne
(1) Voir la note explicative pour la Bibliographie de l'Introduction.