‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 227 sur 306 · XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

était évidemment plus conforme à l'esprit de la tradition de l'Église.

69. La vie religieuse se concentre surtout dans les monastères. En aucun temps les cloîtres ne furent plus prospères. L'ascétisme intense de cette époque trouve là un asile où il fleurit librement. Nombre de monastères adoptent toujours les règles anciennes (Cisterciens, Chartreux, Prémontrés). Mais bientôt des ordres nouveaux se créent : tels les ordres mendiants (Fransciscains et Dominicains), la création la plus originale de ce temps avec les ordres militaires et le Tiers-Ordre.

Jusque-là c'était le moine qui faisait le vœu de pauvreté. Dans les ordres mendiants, c'est le monastère lui-même qui renonce à la propriété et n'attend ses moyens d'existence que de la générosité des fidèles.

Les Ordres militaires, nés des entreprises des croisades, combinaient les obligations de la vie monastique avec les occupations de l'état militaire. Forcée de tolérer les guerres qu'elle abhorrait, l'Église organisa contre elles à travers l'histoire toute une série d'obstacles, la Paix et la Trêve de Dieu, la chevalerie. Dans la pensée du moyen âge. la chevalerie n'est que la force armée au service de la faiblesse et du droit désarmés. Défendre les veuves, les orphelins et, entre toutes les saintes causes, l'Église de Jésus-Christ, telle est sa particulière et glorieuse mission. Dans la Chanson d'Antioche, les chevaliers sont appelés li Ihésu Chevalier. Nous n'avons encore affaire ici qu'à des laïques. Mais que ces laïques s'avisent de mettre leur courage et leurs exploits sous la garde d'une règle monastique et nous aurons « la Chevalerie de Dieu » (les Templiers et l'Ordre teutonique).

Le Tiers-Ordre admet un mélange de vie mondaine et de vie religieuse. Ses membres vivent dans le monde, mais ils s'y vouent d'une façon particulière à la pratique de la pénitence et de l'ascétisme et prennent pour cette raison le nom de« frères de la pénitence», fratres de pœnitentia. En un mot ils adoptent une partie des observances pieuses d'un ordre déterminé. Il y eut d'abord le Tiersordre franciscain. A l'imitation de saint François d'Assise, beaucoup d'ordres religieux — par exemple les domini-

oains — annexèrent un Tiers-ordre à leur communauté.

Toutes ces institutions rendaient des services à Y Église et à la société. Il faut y joindre les Ordres hospitaliers et les Ordres établis pour la rédemption des captifs. Le bien opéré par ces derniers confond l'imagination. Des calculs établissent que, du xne au xixe siècle, ils ont racheté, dans les États barbaresques, 1.200.000 esclaves chrétiens.

Les xiie et xme siècles furent l'âge d'or du monachisme. Les moines se multiplient comme les blés des moissons. Saint Bernard par exemple fonde à lui seul soixante-dix monastères. En l'an 1300, l'ordre cistercien comptait près de sept cents abbayes d'hommes et peut-être un plus grand nombre d'abbayes de femmes. Dans une proportion moindre, Chartreux, Prémontrés, etc., étendaient partout leurs ramifications. Malheureusement un temps vint où, par suite de l'accroissement des richesses, l'esprit du siècle envahit les monastères et y introduisit le relâchement. De là des scandales, comme le procès des Templiers. Toutefois il y aurait injustice à voir partout des dérèglements. Les Chartreux par exemple n'eurent jamais besoin de réforme : une partie notable des Cisterciens gardait la ferveur des premiers jours de l'ordre ; les fils de saint François et de saint Dominique, malgré les écarts de quelques-uns, se distinguèrent toujours par l'activité apostolique et par l'influence qui s'attache à la science et au zèle. En somme, au xive et au xve siècle, l'institut monastique demeure dans son ensemble la partie la plus •saine du corps de l'Église et de la société.

70. On ne saurait exiger des laïques, en général, la pratique de la perfection évangélique. A coup sûr, le xne et le xme siècles furent des siècles de foi. Toutes les œuvres qui portent la marque du christianisme font de ce temps une époque glorieuse pour l'Église. La sainteté s'assied {sainte Elisabeth, saint Louis) sur le trône aussi bien qu'elle fleurit dans les monastères. Mais les misères morales qui affligent l'humanité n'ont pas disparu pour cela. Vers la fin de la période, en particulier, les désordres de la chair sont communs : ils régnent trop souvent dans les •cours princières ; à plus forte raison se répandent-ils dans le peuple. Le peuple est pieux, mais il est aussi supersti-

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