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Le christianisme compte approximativement (3) cinq

(1) Salomon Reinach, Orpheus, 7e édit., p. 310.

(2) Id., op. cit., p. 311. — D'autres prétendent que New- York, avec ses faubourgs, compterait, onze cent mille juifs. Cf. Y Univers israélite, 14 juillet 1911, p. 570.

(3) Les chiffres varient selon les statistiques : on ne peut ^donner que des moyennes.

cent quatre-vingt millions de baptisés : cent vingt appartiennent aux Églises d'Orient (quatre-vingt-dix pour la Russie); cent soixante-quinze, aux diverses confessions protestantes ; deux cent quatre-vingt, à l'Église catholique. On sait déjà les raisons décisives qui paraissent devoir, tôt ou tard, arrêter le développement du protestantisme et des Églises orthodoxes et en amener sans doute le déclin. Il semble, en effet, de plus en plus certain que le genre humain finira par ne plus connaître, au point de vue religieux, que trois groupes distincts.

Le premier — le moins nombreux peut-être — se composera de certains « modernistes » venus de toutes les religions actuellement existantes, surtout de l'islam, du judaïsme et du protestantisme, et aussi des rares philosophes à qui la « religion naturelle » paraît suffire. On y croira en Dieu, mais on ne lui demandera rien ou on ne lui demandera que la force de se résigner ou d'obéir à sa volonté, et l'on n'admettra pas qu'il puisse se révéler aux hommes ou intervenir dans le monde autrement que par notre raison et les lois immuables de la nature.

Le second groupe — plus considérable que le précédent ■ — comprendra les athées ou les panthéistes, les agnostiques, les monistes, les adeptes des prétendues religions de l'Humanité ou de la Science. On y croira surtout à la Matière éternelle, à la Loi immanente des choses, à l'Évolution créatrice ; quelques-uns, moins superficiels, doteront l'Être nécessaire, la Substance unique, de vie et de pensée plus ou moins consciente.

Enfin, le troisième groupe comptera tous ceux à qui la métaphysique, l'histoire et l'expérience religieuse auront démontré l'autorité divine de l'Église chrétienne ; toutes les âmes, profondément religieuses, qui ne peuvent se contenter du positivisme scientifique ni du froid déisme et réclament un Dieu bon, qui s'intéresse à toutes nos misères, qui prenne pitié de toutes nos indigences, qui se laisse approcher, auquel on puisse s'unir intimement, qui, après avoir bien voulu nous révéler les moyens à prendre pour nous sauver, a daigné établir une autorité vivante chargée d'en assurer la conservation, le développement, l'application féconde.

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Seul, le catholicisme est fait pour répondre pleinement à ces aspirations des âmes religieuses et à ces légitimes exigences des esprits raisonnables. Seul, il est digne du grand nom qu'il porte. Rien ne l'empêche de devenir la religion universelle ; tout l'y aide au contraire, sa doctrine, sa règle de foi, sa constitution, son culte. C'est lui seul que l'âme humaine, si on ose la scruter à fond, appelle ; et c'est lui seul que, au témoignage de l'histoire, Dieu a établi pour répondre aux vœux de l'humanité entière. Lui seul est assez complet, si l'on peut dire, et assez certain pour répondre aux besoins, intellectuels, moraux, mystiques, de tous. Et nous avons constaté, dans une étude précédente, que, bien loin de donner quelque marque d'épuisement, sa vitalité est plus puissante que jamais. Ce qu'il n'a pu faire encore, il le fera demain ; le zèle, chez lui, est à l'égal de la puissance de ses moyens.

21. Il n'est donc pas à craindre que la science et la morale réussissent jamais à se substituer partout à la religion. L' « hiérosophie », qui semblerait aboutir à légitimer cette substitution, serait en contradiction tout à la fois avec l'histoire, l'expérience religieuse et la philosophie.

« On ne détruit que ce qu'on remplace », a dit Auguste Comte. Or, la science et la morale ne remplacent pas et ne pourront jamais remplacer la religion, ce qu'on a toujours entendu par « religion ». « La science expliquera les phénomènes de la nature, en déterminera les lois ; la métaphysique s'élèvera jusqu'à l'esprit et jusqu'à Dieu. Mais l'homme ne peut et ne pourra posséder Dieu, dont il a besoin, que si Dieu veut bien se donner à lui : or, ce n'est ni la science ni la morale qui nous donnent Dieu, c'est la religion qui nous apprend comment et à quelles conditions Dieu daigne se révéler et se communiquer à nous. La morale — celle-là même qui n'exclut pas Dieu, qui cherche en lui le fondement et le couronnement dont elle ne peut se passer — la morale nous enseigne le détail de nos devoirs ; mais où puiser la force divine qui nous est nécessaire, sinon dans la prière, une prière que Dieu a promis d'exaucer ? Bref, la science, la morale ne répondent pas aux mêmes besoins que la religion, et parce qu'elles ne peuvent la « remplacer », elles ne la « détruiront » p is.

« La religion, la science, la morale peuvent fort bien vivre ensemble ; bien plus, au lieu de chercher à se supplanter Tune l'autre, elles peuvent et elles doivent se prêter un mutuel concours. S'il est religieux, le savant, le philosophe sera plus libre de préjugés et ne se crèvera point les yeux par peur du miracle et pour ne pas voir ce qui est. La religion procurera à la morale la base nécessaire du devoir et le faîte d'une juste et inévitable sanction, elle soutiendra les volontés chancelantes et stimulera les âmes généreuses. D'autre part, la science et la morale contribueront soit à établir la vérité de la religion, soit même, par quelque côté, à la spiritualiser de plus en plus en la purifiant de tout élément étranger (1). »

22. En définitive, « l'histoire des religions, étudiée sans parti pris, ne nous oblige pas à désespérer de l'avenir de la religion. Les fausses religions finiront par se dissoudre : la science les rongera peu à peu, pour n'en laisser subsister que ce qu'elles contiennent d'éternellement vrai.» Mais « cette âme de vérité se retrouve dans le catholicisme », ce microcosme du monde des religions, comme quelqu'un l'a appelé (2), « cette religion divine qui n'est précisément catholique, universelle, que parce que tous les hommes peuvent y puiser la pleine satisfaction de tous leurs besoins religieux (3) », cette religion éternelle qui, autant que l'idée du devoir, est restée vivante et ne sera jamais à déposer dans le cimetière des « idées mortes ».

Pourrait-on bien nous reprocher de clore ce long travail sur l'histoire des religions par un acte de foi qu'elle contribue à justifier ?

(1) J. Bricout, L'histoire des religions et la foi chrétienne, 1910, p. 119, 120.

(2) G. Tyrrell, Le christianisme à la croisée des chemins, traduction de l'anglais, 1910, p. 305.

(3) J. Bricout, op. cit., p. 120.

1° La série d'études: J. Bricout, etc., Où en est Vhistoire des religions ? 1910-1911.

2° Les divers ouvrages ou articles de revue mentionnés dans la bibliographie de notre « Introduction » à cette série d'études.

3° E. Vacherot, La religion, 1869. — ■ M. Guyau, L'irréligion de l' 'avenir, 1887. — Abbé de Broglie, Religion et critique, 1896. — Aug. Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et Vhistoire, 1897. — R. de la Grasserie, Les religions comparées au point de vue sociologique, 1899 ; De la psychologie des religions, 1899. — A. Harnack, Das Wesen des Christentums , 2e éd., 1900. — A. Loisy, U Évangile et V Église, 2e édit., 1903. — O. Pfleiderer, Religion und Religionen, 1906. — E. Boutroux, Science et religion dans la philosophie contemporaine, 1908. — Goblet d'Alviella, Croyances, rites, institutions, 1911.

J. Bricout.

(i) Voir la note explicative pour la bibliographie de 1' «Introduction

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