XI. LA RELIGION D ISRAËL
1. Le but du présent travail est de retracer l'histoire de la religion du peuple de Dieu depuis ses origines jusqu'à la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
En parlant d'origines, nous entendons les débuts de la famille israélite. C'est avec la migration d'Abraham que les documents à notre disposition font vraiment commencer l'histoire des Hébreux. Avant cette période, les Livres saints nous rapportent des souvenirs relatifs aux origines du monde et de l'humanité ; les données qu'ils fournissent sur ces premiers temps n'appartiennent pas directement à la trame de notre sujet ; plusieurs d'entre elles néanmoins y trouveront place en tant qu'elles expriment les croyances des Israélites touchant les grandes questions de la création et de l'humanité primitive.
En prenant notre point de départ à ces lointains commencements, ce n'est pas une histoire du peuple de Dieu que nous avons la prétention d'écrire. Les événements extérieurs, ceux qui se rattachent à la vie politique, civile, ou sociale, ne nous intéresseront que secondairement : dans la mesure où ils pourront servir à fixer les cadres de notre sujet, ou encore dans la proportion où l'on pourra y saisir l'influence de la vie religieuse. C'est sur celle-ci en effet que nous concentrerons toute notre attention. Et ce que nous chercherons à connaître, ce n'est pas exclusivement la religion de l'élite, celle des prophètes ou des grands saints de l'Ancienne Loi ; c'est surtout la religion telle que la vécut la masse du peuple, en ses périodes de décadence comme en celles qui furent plus brillantes, en ses déclins comme en ses progrès. Traitant d' ailleurs cette histoire à un point de vue nettement chrétien, nous chercherons à mettre en lumière, avec une attention toute partie ulière, cet admirable développement de la révélation qui, d'étapes en étapes, enrichissant sans cesse le trésor des croyances, transformant et épurant S8ns relâche les pratiques, devait préparer l'avènement du culte parfait de l'humanité.
Cette histoire de la vie religieuse d'Israël, nous la poursuivrons jusqu'au temps de la venue de Notre-Seigneur, jusqu'à l'exposé de cet ensemble de faits et de doctrines qui, tout en appartenant nettement au monde juif, tirent
néanmoins leur principal, intérêt de ce qu'ils constituent le milieu dans lequel s'épanouit le culte nouveau et définitif.
2. Or, dès que nous abordons l'histoire religieuse d'Israël, nous nous trouvons en présence d'un fait qui la caractérise et la distingue de toutes les autres histoires similaires ; ce fait, c'est que, en toute vérité, la religion du peuple de Dieu fut double.
Les documents que nous pouvons consulter sont d'abord unanimes à nous montrer, dans l'âme israélite, les mêmes tendances que nous découvrons dans les autres peuples sémitiques et qui constituent ce que l'on pourrait appeler l'instinct religieux de la race. Il se manifeste en Israël par des poussées d'une violence parfois extrême. On y voit s'épanouir, à certaines périodes, tout l'ensemble des manifestations les plus diverses et souvent les plus saugrenues du paganisme oriental. Il faut même le reconnaître : à aucune époque de son existence, le peuple de Dieu n'échappe complètement aux influences, extérieures ou intérieures, qui le sollicitent en ce sens.
Mais, à côté de ces témoignages, les documents en ont d'autres à rendre. Dès les premiers temps, en effet, et dans toute la suite de l'histoire, ils nous montrent, naissant dans la famille d'Israël, puis se développant à l'encontre de tous les instincts de race, une religion qui porte en elle-même les marques de son origine supérieure; ils nous la montrent visant essentiellement à réformer, puis à supplanter la religion païenne, en même temps qu'à faire d'Israël le dépositaire des lumières, des vérités et des règles de vie qui constitueront un jour le patrimoine le plus précieux du genre humain.
3. Un tel dualisme ne devait pas aller sans de singulières vicissitudes.
Lorsque, pour la première fois, Dieu se révéla aux ancêtres de la race juive, il ne leur apporta point un système religieux complet. On aurait grand tort d'établir une parité entre la première manifestation que Dieu fit de lui-même à la famille d'Abraham et celles que, par l'intermédiaire du missionnaire catholique, il opère de nos jours au sein d'une peuplade sauvage. A celle-ci le représentant de l'Église présente un