‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 6 sur 306 · XI. LA RELIGION D ISRAËL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D ISRAËL

recueil de dogmes très nettement formulés, en même temps qu'un code de lois très précises ; puis il déclare une guerre sans merci à tout ce qui relève de l'antique superstition. Ce n'est pas ainsi que Dieu a procédé aux origines de la nation juive. Non seulement il n'a pas donné dès lors tout ce qu'il réservait de lumières à l'humanité, mais il n'a point départi aux premiers pères d'Israël tout ce qu'il en destinait à leurs descendants. La Bible l'atteste : d'une part, c'est seulement sur un petit nombre de points déterminés que Dieu a éclairé l'âme des patriarches ; d'autre part, c'est par une série de révélations, nullement continues, mais transitoires et particulières, parfois très distantes les unes des autres, qu'il a d'abord poursuivi son œuvre. Quoique revêtant un caractère bien plus précis, la révélation du Sinaï demeura, elle aussi, fort incomplète : qu'il suffise de constater, à titre d'exemple, que, danslePentateuque et ses diverses sources, le silence est à peu près absolu touchant les rétributions d'outre-tombe.

Ces constatations en entraînent d'autres. Au temps où Dieu leur parla d'abord, les ancêtres d'Israël étaient dans un état de paganisme (Jos., xxiv, 2), analogue à celui des autres familles de même race. Pas plus que d'un seul coup il n'éclairait le monde de toutes les splendeurs de la vérité religieuse, Dieu ne faisait pas d'un seul coup table rase du passé. C'est par une action lente et tout intime que, après avoir dès l'abord battu en brèche les croyances et les pratiques les plus incompatibles avec elle, la révélation fit pénétrer de plus en plus loin ses lumières. Il ne faut pas l'oublier d'ailleurs : par le fait même qu'elle tendait à les élever et à les purifier, la nouvelle religion allait à l'encontre de ces tendances naturelles que les cultes anciens ne faisaient souvent que consacrer et « sanctifier». Dès lors les hommes de Dieu devaient s'attendre à rencontrer des résistances. Si imposante qu'ait été la personnalité de Moïse lui-même, il n'a pas réussi à gagner toute la famille israélite à la révélation du Sinaï. Au pied de la montagne sainte, le Pentateuque nous montre la part la plus notable du peuple qui se détache de Yahweh et se fait idolâtre (Exod., xxxn) ; les étapes du désert sont presque toutes marquées par des infidélités et des apostasies

(Niim., xi; xii ; xiv ; xv, 32-36 ; xvi ; xx, 2-3 ; xxv).

4. Le contraste entre les séductions de la religion ancestrale et les austérités de la religion révélée ne fut pas d'ailleurs la seule cause des insuccès partiels de cette dernière; l'influence du milieu vint encore ajouter aux attraits du vieux paganisme. Quand Israël pénétra en Canaan, il s'y trouva en présence de cultes, sémitiques eux aussi, dont l'organisation somptueuse mettait tout en œuvre pour parler à l'imagination et aux sens; comment n'eût-il pas été entraîné à oublier la liturgie trop grave de ce Dieu qui ne voulait pas d'images et prétendait exclure de son service tout ce qui pouvait choquer le sens moral ? Israël se laissa attirer et, de longs siècles durant, accepta de fâcheux compromis. Deux voies s'ouvraient devant lui, qu'il suivit tour à tour. Le plus souvent, on le vit demeurer fidèle à une certaine orthodoxie, mais tenter en même temps d'associer au culte de Yahweh les idées et les coutumes de la religion cananéenne : si grande fut alors l'illusion que la masse du peuple ne soupçonnait pas qu'elle pût déplaire à son Dieu ! En d'autres temps, la déviation prenait des aspects bien plus inquiétants : grâce aux aberrations du plus grossier syncrétisme, on voyait trôner, à côté de Yahweh, le Baal et l'Astarté de Phénicie, le Chamos de Moab ou le Moloch des fils d'Ammon.

5. Même à ces époques si profondément troublées, le dépôt des révélations divines n'était pas perdu pour Israël : une élite le conservait qui, s'en pénétrant et le méditant, voyait de plus en plus profond dans les horizons qui lui avaient été découverts. De ces milieux sortaient, à intervalles variés, des réformateurs. Leur influence fut parfois très puissante. Ils étaient loin néanmoins d'atteindre le peuple en toutes ses parties, et là même où ils la pouvaient faire parvenir, leur parole n'avait pas toute l'efficacité à laquelle ils auraient voulu prétendre. Des âmes, parfois en grand nombre, se laissaient entraîner et donnaient en toute sincérité leur adhésion au programme prophétique. Mais, surtout quand l'autorité politique prêtait son concours à l'action spirituelle des envoyés de Dieu, beaucoup de conversions étaient plus apparentes que réelles. On devine ce qui pouvait arriver. Dès

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