XI. LA RELIGION D'iSRAEL
du fond tout d'abord : les relations ne sont plus aussi précises que jadis entre les prédictions et les événements qui se déroulent autour du voyant. C'est ainsi que Zacharie ne parle pas une seule fois des Perses ; il ne connaît que les ennemis de Yahweh et d'Israël en général. Le monde se divise désormais en deux camps. D'une part, le peuple de Dieu, appelé à la sainteté et à toutes les faveurs (Zach. , i, 14, 16, 17 ; ii, 8, 9, 10; m, 9b, 10 ; v); d'autre part, les nations qui, des quatre points cardinaux, se pressent contre le peuple de Dieu (Zach., i, 18, 19), que de son côté Yahweh envoie châtier dans toutes les directions (Zach., i, 20, 21); les nations, qui sont à jamais l'empire de l'iniquité : Sennaar ou Babylone n'est que la capitale de ce royaume maudit (Zach., v, 11 ; vi, 8), et ceux-là seuls échapperont à la vengeance divine qui adhéreront à Yahweh et à son peuple (Zach., xiv, 16-19). Les différences ne sont pas moins sensibles au point de vue de la forme. L'ancienne prophétie avait connu les visions; mais ou bien elles étaient très simples (Am., vu, 1-9 ; vin, 1-3 ; Jer., i, 11,-16; etc.), ou bien, si elles étaient plus compliquées, elles n'étaient pas pour cela obscures (1). Dans Zacharie, au contraire, la vision est obscure comme par définition, à telle enseigne qu'entre le Dieu révélateur et l'âme du prophète, il faut un interprète qui explique les secrets divins (Zach., i, 9, 13, 14, etc.). Pareillement, si l'ancienne prophétie avait connu les allégories (Is.,v, 1-7; Ez., xv; xvn, xix, etc.), elles ne présentaient rien d'aussi subtil que cette parabole du prophète pasteur (Zach., x, 3 ; xi, 4-17 ; xm, 7-9) dans laquelle — détail encore très remarquable — l'homme de Dieu reprend, en vue de l'appliquer aux circonstances présentes, un oracle d'Ézéchiel (Ez., xxxiv). Ce qui est encore bien caractéristique, c'est la place que tiennent, dans les visions de Zacharie, les êtres intermédiaires. Non seulement Yahweh a* au ciel une cour imposante (Zach., m, 4, 5, 7h) ; mais il peut envoyer, sous diverses
(1) Ainsi en est-il des visions renfermées dans Ez., viii-xi, xxxvn, 1-14 ; xl-xlviii. Quant à la vision inaugurale (i), elle devient de moins en moins obscure, à mesure que nous connaissons mieux les sculptures assyro-babyloniennes.
apparences, une foule de messagers sur la terre (Zach., i, 10 ; ii, 3 ; yi, 1-8); l'ancien ange de Yahwehest lui-même devenu très distinct de lui (Zach., i, 10, 12; ni, 1, 2). Plus Yahweh se retire au fond des cieux,et plus il lui faut de serviteurs pour traiter avec les hommes. En même temps Satan apparaît sur la scène ; s'il est encore entièrement subordonné à Yahweh, il n'en contrecarre pas moins déjà ses desseins (Zach., ni, 1, 2). On reconnaît à tous ces traits que la prophétie est en voie de passer à l'apocalyptique.
121. Il est toutefois, pour caractériser cette période, un autre trait bien plus saillant que les précédents ; c'est le mouvement d'idées qui aura pour terme la distinction d'un double Israël. Lorsqu'ils revenaient en Palestine, les exilés avaient conscience que sur eux reposait l'avenir religieux et civil de la race juive. Cette impression ne pouvait qu'être fortifiée quand ils rentraient dans la patrie. Non seulement ils trouvaient dans les Juifs du pays (1) des adversaires décidés de leurs projets ; mais ils les voyaient dans un lamentable état religieux ; la superstition avait sa place dans le culte de Yahweh (Is., lvii, 3-10 ; lxv, 3-5, 11 ; lxvi, 3, 17); souvent aussi l'on se contentait de rites purement extérieurs (Is., lviii, 3-5a) ; finalement les relations et les mariages avec les étrangers amenaient, comme par le passé, des compromis fâcheux (Esdr., ix, 1, 2 ; Neh., vi, 17-19 ; xm, 4, 5, 28 ; Mal., n, 11). Les rapatriés fervents étaient d'autant plus sensibles à ce spectacle que la contagion pouvait être dangereuse, même pour leurs frères revenus de l'exil (Esdr., x, 7, 8, cf. 10, 11).
Néanmoins on ne songea pas, à l'origine, à isoler les « fils de la captivité » (2) du reste de la nation. C'est à tout le peuple qu'Aggée et Zacharie s'adressent pour lui prêcher la conversion et lui rappeler les promesses. Les
(1) Le nom qu'on leur donne est, exactement, celui de « peuple du pays », 'amhaàrés.
(2) Telle est l'appellation (bmêy haggôlàh) fréquemment usitée, surtout depuis Esdras, pour désigner les rapatriés (Esdr., vin, 35 ; ix, 4 ; x, 7, 16).