XI. LA RELIGION D'iSRAEL
aux Juifs postexiliens que leur religion devait être un jour celle de toutes les nations (Is., lvi, 3,6-8). La charmante histoire de Jonas montrait que, malgré les répugnances de son particularisme, Israël était appelé à être le missionnaire de Yahweh auprès des païens. Le livre de Ruth témoignait des avantages que pouvaient, en certains cas, présenter les mariages avec les étrangers. Il n'en est pas moins certain qu'en Palestine la tendance était à se prémunir contre toute influence et infiltration extérieures. Les Juifs de la dispersion alexandrine se laissèrent conduire par d'autres principes; ils se mêlèrent à ceux dont ils étaient les hôtes et, avec beaucoup de libéralisme, ils leur ouvrirent les portes de leurs synagogues ; ils ne craignirent pas, à l'occasion, de leur prêcher la doctrine traditionnelle en la recouvrant de vêtements grecs, et, à leur tour, ils subirent grandement l'influence des idées hellénistiques. C'est plus tard toutefois que se manifestèrent les compromis fâcheux. Dans la période qui nous occupe, l'hellénisme ne portait pas encore préjudice à la révélation.
149. La première manifestation de l'activité des communautés égyptiennes fut la traduction grecque de l'Ancien Testament. Fruit sans doute de l'initiative privée, cette version eut pour but de rendre les Écritures intelligibles à une multitude de Juifs qui ne savaient plus l'hébreu. Commencée sous Ptolémée Philadelphe (1), cette version comprenait déjà en 130 — lorsque le petitfils de Ben Sirach traduisait l'Ecclésiastique — la Loi, les Prophètes et un groupe important de livres appartenant à la troisième section du Canon.
150. Mais de toutes les productions de ce milieu alexandrin, celle qui est de beaucoup la plus intéressante est le livre de la Sagesse. Il est surtout célèbre par la place qu'il fait à la doctrine de la Sagesse incréée et à celle de l'immortalité. Non seulement l'auteur célèbre les avantages de la Sagesse (Sap., ii-ix) ; non seulement il raconte les
(1) Ce serait à peu près la seule donnée authentique qu'il y aurait à recueillir, dans la lettre du Pseudo-Aristée, relativement à ïa traduction des Septante.
prodiges que son intervention a réalisés dans l'histoire d'Israël (Sap., x-xix) ; non seulement il la considère en Dieu (Sap., vi, 22) ; mais il n'hésite pas à la décrire en ces termes : « Elle est un esprit saint, unique, multiple, immatériel, actif, pénétrant, sans souillure, infaillible, impassible,... bon pour les hommes, immuable,... tout puissant, surveillant tout, pénétrant tousles esprits;... elle est le souffle de la puissance de Dieu, une pure émanation de la gloire du Dieu tout-puissant, ...le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité de Dieu et l'image de sa bonté» (Sap., vu, 22-26). Il est difficile de pousser plus loin, sans parler comme saint Jean, le caractère personnel de la Sagesse incréée. 151. « Le corps corruptible accable l'âme et la demeure terrestre alourdit l'esprit qui médite beaucoup de choses» (Sap., ix, 15). Dès lors, on ne saurait douter de la direction que va prendre la doctrine des destinées. Après la mort l'âme se suffira à elle-même ; bien plus, elle sera allégée comme d'un poids qui l'accablait. Sa spiritualité même la fait immortelle. Aussi les âmes des justes sont entre les mains de Dieu et aucun tourment ne les atteindra (Sap., ni, 1). Aux yeux des méchants, les justes paraissent mourir (Sap., ni, 2); mais ils sont en paix (Sap., m, 3). Certes, ils ont pu subir quelques peines légères (Sap., ni, 4), mais leur récompense n'en est que plus brillante; Dieu les a éprouvés et jugés dignes de lui (Sap., m, 5). Ils vivront à jamais avec le Très Haut qui prendra soin d'eux et les investira d'une royauté glorieuse (Sap., ni, 8). Le sort des impies est moins nettement exprimé. La mort est le fruit du péché (Sap., i, 12) ; Dieu ne l'a pas créée (Sap., i, 13, 14) ; mais par l'envie du diable, la mort vint dans le monde, et ceux qu'il a séduits la trouvent (Sap., ii, 24, 25). En attendant cette heure finale, les impies sont accablés par toutes sortes de maux (Sap., ni, 10-iv, 20), et, sur ce point, l'auteur de la Sagesse reprend les données des anciens écrivains bibliques. Mais qu'advientil du méchant après le trépas ? Ici le sage reste assez indécis (Sap.. v, 16-23). Il faut, à côté de cet hagiographe et à propos des destinées d'outre-tombe, mentionner un autre livre, lui aussi, d'origine alexandrine : le deuxième