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XI. LA RELIGION D ISRAËL

tionnelle autorité, le caractère sacré du Pentateuque ; il en fit le noyau des Écritures canoniques. On vit bientôt se grouper, autour de ce centre, l'ensemble des livres prophétiques qui, eux aussi et plus que tous les •autres, se présentaient comme renfermant la parole de Yahweh ; les livres historiques des Juges, de Samuel et des Rois leur furent adjoints, soit parce qu'ils étaient attribués à des prophètes, soit parce qu'ils relataient la vie et l'activité de beaucoup d'hommes de l'esprit; on peut croire que, vers 250, la deuxième partie du canon hébreu était constituée. Lorsque Ben Sirach écrivait l'Ecclésiastique, vers 180, on regardait déjà comme traditionnelle la répartition de la Bible en trois sections (1). Il y avait longtemps, en effet, que les Psaumes formaient la partie fondamentale des KHûbîm; on leur adjoignit peu à peu les autres livres, au fur et à mesure, soit de leur composition, soit de leur reconnaissance canonique. La série était close d'assez bonne heure pour que l'Ecclésiastique n'y pût trouver place. En fermant cette liste, on semblait vouloir la regarder comme définitive. Ni les discussions relatives à certains deutérocanoniques ne purent aboutir à les faire reconnaître, ni les doutes soulevés à propos du Cantique ou de l'Ecclésiaste ne purent les iaire retirer.

147. Le titre qui méritait aux écrits bibliques d'être ainsi distingués des autres livres était la qualité très exceptionnelle de leur contenu ; ils renfermaient la parole de Dieu. On ne pouvait s'y tromper quand il s'agissait de la Loi ou des écrits prophétiques ; les déclarations des hommes de Yahweh étaient trop explicites. Il y eut, après coup, certaines hésitations au sujet des sapientiaux, et des docteurs juifs se demandèrent s'il ne fallait pas reconnaître deux degrés dans l'inspiration (2). Quoi qu'il en soit, le respect dont on entourait ces livres était très grand ;

(1) Cf. le prologue du traducteur, petit- fils de l'auteur.

(2) On sait que l'Église s'est toujours refusée à admettre cette •distinction ; avec un sens bien plus juste de la réalité, elle distingue la révélation et l'inspiration.

dans tous on cherchait un peu, comme dans la Loi, la règle de sa croyance et de sa vie religieuse ; on se pénétrait de leur contenu, et déjà Ben Sirach modelait son style sur le leur. Mais le respect n'allait pas alors jusqu'aux minuties que le culte de la lettre devait plus tard suggérer. On n'hésitait pas encore à toucher au texte, pour l'enrichir de quelques éléments nouveaux : la comparaison de la Bible hébraïque avec les parties communes de la Bible grecque le montre assez clairement (1). Si on citait ces livres, c'était encore d'une manière large, avec l'intention de reproduire la pensée plutôt que de répéter la lettre (cf. Zach., vu, 7-14). Si on les transcrivait, c'était avec soin; mais on n'avait pas encore inventé tout un système de précautions pour prémunir les copistes contre la possibilité même de l'erreur. Cependant, à mesure que l'esprit pharisaïque allait se développant, à mesure qu'il se propageait parmi les scribes, le respect entraînait le scrupule ; on sait à quels résultats il avait déjà abouti au temps de Notre-Seigneur.

148. Mais le Judaïsme palestinien n'était pas tout le Judaïsme. Sans doute, les communautés de la dispersion qui s'étaient organisées en Chaldée étaient filles des colonies de l'exil, comme les rapatriés de Palestine, et leur esprit était sensiblement le même. Mais il y avait une autre diaspora, celle d'Egypte, qui, depuis le temps d'Alexandre, orientait sa vie religieuse en une direction sensiblement différente. Grâce à la faveur des Ptolémées, cette communauté, dont nous connaissons le> points de départ, avait pris de grands accroissements ; elle était notamment très nombreuse à Alexandrie

Ce qui la caractérisait et la distinguait des juivenes palestiniennes, c'était sa largeur d'esprit. Elle était, tout d'abord, beaucoup plus ouverte au prosélytisme. Les fils d'Israël, il est vrai, n'avaient nulle part renoncé à devenir la lumière du monde. Certains oracles prophétiques rappelaient

(1) Il est particulièrement intéressant de comparer le texte massorétique et la version grecque pour des livres tels que Jérémie, les Proverbes, Job.

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