XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES
presque toutes les données traditionnelles sur les origines chrétiennes, sans réussir d'ailleurs à formuler une théorie d'ensemble qui se soit imposée de façon à peu près générale, ni même à fixer aux recherches une orientation unique. On ne cesse de soulever des questions nouvelles, ou du moins on pose sous un nouveau jour les problèmes anciens. Il est donc assez difficile de déterminer quelles sont actuellement les positions de la critique : aussi bien suffit-il, au •début de cette étude, de signaler les principales méthodes qu'on applique aujourd'hui au problème des origines chrétiennes, et les idées générales qui caractérisent les systèmes les plus importants.
2. Beaucoup d'exégètes et d'historiens, dont la méthode se rattache assez directement à celle de Baur (1), limitent délibérément le champ de leurs études au Nouveau Testament considéré en lui-même ; ils cherchent à découvrir le secret de la rédaction souvent complexe des divers livres qui le composent, à y séparer les éléments primitifs des éléments secondaires et surajoutés, à retracer enfin, d'après ces livres mêmes, l'histoire du développement de la pensée chrétienne, par la séparation des différentes couches de tradition qu'on y peut distinguer.
A cette méthode historico-littéraire d'autres critiques en préfèrent une différente, dont Strauss (2) peut être considéré comme l'initiateur. Ils ne s'attardent point à une analyse minutieuse du Nouveau Testament, mais, partant de cette idée que le christianisme doit s'expliquer dans une très large mesure par l'influence du milieu social et religieux où il a pris naissance, ils s'attachent à confronter l'Évangile avec les diverses religions et philosophies auxquelles il a pu faire des emprunts, tentent de l'interpréter à l'aide des données similaires qu'on peut rencontrer ailleurs, •et pensent ainsi découvrir dans le judaïsme d'abord, mais
(1) Férdmand-Christian Baur (1792-1860) fut le chef de ce qu'on a appelé l'École de Tubingue. Son premier grand ouvrage : Paulus der Apostel Jesu Christi, parut en 1845.
(2) David-Frédéric Strauss (1808-1874). Sa première « Vie de Jésus » parut en 1835. En 1864 il publia une « Vie de Jésus pour le peuple allemand ». Il est le fondateur de la théorie mythique des origines chrétiennes.
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plus encore dans l'hellénisme et les religions orientales, les sources multiples du fleuve chrétien.
Ces deux méthodes ne sont pas exclusives l'une de l'autre, et elles peuvent être employées concurremment. C'est cependant de la méthode historico-eomparative plus que de la critique purement littéraire du Nouveau Testament qu'on semble attendre aujourd'hui de nouveaux progrès dans la connaissance des origines chrétiennes (1).
3. Il n'est pas facile de ramener à un petit nombre de types définis les divers systèmes historiques édifiés par les critiques « libéraux », à l'aide de l'une ou l'autre de ces méthodes, en vue d'expliquer l'origine du christianisme. Si tous ces systèmes s'accordent en effet pour bannir de l'histoire tout fait miraculeux et toute intervention surnaturelle, s'ils supposent tous qu'on ne peut ajouter une foi entière aux récits évangéliques, que, en particulier, la figure du Sauveur a été fortement idéalisée par la tradition chrétienne, de sorte que « le Christ de la foi» ne représente nullement « le Jésus historique », les divergences commencent dès qu'il s'agit de déterminer les éléments essentiels du christianisme primitif, et de préciser la part des différents facteurs qui ont influé sur le développement des croyances et des institutions dans l'Église naissante.
On peut cependant signaler deux tendances principales. Les uns, continuant à mettre le christianisme à part et au-dessus de toutes les religions, considèrent Jésus comme un génie religieux incomparable, dont la doctrine morale, malgré certaines imperfections inséparables de l'époque et du milieu où il vivait, vaut pour tous les temps. C'est le rôle de la critique de retrouver l'Évangile authentique de
(1) Sans vouloir dresser une liste des critiques contemporains qui ont pratiqué plus spécialement l'une ou l'autre méthode, on peut citer en Allemagne, comme se rattachant à la méthode historicolittéraire, MM. H. Holtzmann, A. Harnack, Jûlicher, B. Weiss, J. Weiss, et, parmi les représentants les plus en vue delà méthode comparative {religions geschichtlich), MM. Bousset et Gunkel, sans parler des panbabylonistes, disciples de H. Winckler : MM. Jensen, Jeremias, Zimmern. En France, M. Loisy doit être rattaché plutôt au premier groupe de critiques, tandis que M. S. Reinach est, on le sait, un partisan déterminé de la méthode comparative.