CHARCOT
Ayant dans son service de nombreuses hystériques, Charcot découvrit qu'en pressant certains points qu'il appelle hystërogéneSy on pouvait influer ■en sens divers sur la maladie.
Charcot commença en 1878 ses expériences dont les spectateurs furent d'abord stupéfaits.
Bientôt on voulut les reproduire sur des personnes saines et le docteur Liébault, de Nancy, affirme que -sur 1014 personnes, il n'en a trouvé que 27 absolument réfractaires à l'hypnotisme.
Nous l'avons dit : le caractère le plus incontestable de cette pratique, c'est de soumettre entièrement ie sujet à l'hypnotiseur qui se fait obéir, soit à la f)arole, soit, dit-on, même à la pensée.
On a constaté de nouveau, d'ailleurs, les phénofmènes dont la Science s'était le plus raillée : la vue ji travers les corps opaques et à distance, la péné-
tration des pensées, phénomènes que les hypnotiseurs eux-mêmes appellent avec raison transcendants .
Les savants se sont empressés d'attribuer à la même force psychique qui fait mouvoir tables, corbeilles et crayons, les phénomènes hypnotiques. Le docteur Gibier ne trouve pas les phénomènes spirites moins naturels que ceux de Vhypnotisme, INous croyons qu'à ce point de vue il y a des distinctions à faire dans les phénomènes hypnotiques, et qu'il n'y en a pas dans les phénomènes spirites.
L'exemple de Charcot déchaîna une véritable^ épidémie d'hypnotisme, au point que les élèves decertaines pensions s'hypnotisaient les uns les autres. Mais bientôt on s'aperçut que la pratique était malsaine et les gens sages ne tardèrent pas à y renoncer.
l'hypnotisme au point de vue hygiénique et moral
Pratique souvent malsaine, en effet. D'une santé parfaite, une parole, un regard, une pensée d'un autre homme me jette dans un état effrayant. Il ouvre mes sens aux illusions, il les ferme aux réalités. Dans cet état nouveau, je ne m'appartiens plus, je deviens sa chose ; la folie qu'il m'a insufflée me sert de raison^.
et il me faut agir d'après les données de cette faculté mauvaise qui est sa création. Tout le monde connaît .ces expériences de foire où l'on mange, où l'on boit une chose pour une autre, où les plus honnêtes gens «'en vont voler et assassiner qui on leur dit. Cet on mystérieux, c'est l'hypnotiseur. Excepté lui, ils sont 'étrangers à l'univers, ils ont chaud, ils ont froid selon son bon plaisir. Ils rient, ils pleurent selon les sentiments qu'il leur inspire. Ils oublient, ils se rappellent ce qu'ils ont fait dans leur sommeil, à sa volonté. Tout être est présent ou absent à leurs yeux, selon l'injonction du maître.
Quel ne doit pas être et quel n'est pas en effet le trouble et l'épuisement du système nerveux des sujets ainsi traités ! « Il y a, disait le journal Vltalia à la suite d'une représentation du célèbre Donato, il y a xjuelque chose de spasmodique dans leurs traits et de macabre dans leurs gestes qui surprend et fait peine à voir. Que de fois les spectateurs ont crié : « Assez ! assez ! grâce ! grâce ! »
Les funestes effets de l'hypnotisme sur la santé ont été constatés par les docteurs Gras qui l'oppose aux calmes expériences vraiment physiques (1), Demarquay et Giraud-Teulon (2), Gigot-Suard (3),
(1) Répertoire unioertel de médecine domestique, décembre 1887, p. 526.
(2) Recherches sur l'hypnotisme ou sommeil nerveux, X3) Figuier, Hist. du Merveilleux, t. III, p. 381.
ou KN EST L'HYPNOTISME 15
Charpignon (1\ par Dupotet (2), qui a vu les hommes les plus vigoureux « désorganisés » en quelques minutes par l'hypnotisme. « Tout homme qui consent à devenir sujet, dit M. Gibier, est perdu. » Et le sujet n'est pas seul à souffrir. Tony Dunand rapporte en les prenant aussi pour lui-même les paroles de Thouverey : « Du jour où cette foUe m'a saisi, ma vie a été un long martyre (3). »
L'hypnotisme est mauvais surtout pour la santé de l'âme. Le rapporteur de 1786, Bailly, avait fait un mémoire secret relatif à ses dangers pour la morale, ne voulant pas hvrer à la publicité les observations que les pratiques des Mesmer, renouvelées par les Charcot, lui avaient inspirées. Il y a des périls moraux attachés au sommeil hypnotique, il y a des suites funestes, inévitables, persévérant après le réveil et presque impossibles à détruire, même après des années.
Le magnétiseur peut troubler l'usage des sens (4). Bernheim raconte à ce sujet une suggestion de Liébault qui fit avoir à un brave homme une entrevue
(1) Physiol. du Magnétisme, p. 303.
(2) Traite complet du Magn. animal, p. 245.
(3) P. de Bonniot, Le Miracle et ses contrefaçons, p. 285.
(4) Ochorowicz, suggest. 139, 135. — Ch. Trotin, études morales 8ur l'hypnotisme, Reuue des Sciences eccl. 1888, p. 37, 28. — Bailly, Rapport secret, 1784, — Donato, Bévue des Sciences psycho-phys. 10 fév. 1886. — P. Franco, L'hypnotisme revenu à La mode, p. 15. — Bernheim, De la suggestion, p. 43. — Ch. Richet, L'Homme et l'intelligence^ p. 253. — Cullerre, Magnétisme et hypnotisme, u. 217.
imaginaire avec le président de la république. « I! est fou, disaient les témoins de la scène. — Non^ répondait Liébault, il n'est pas fou, un autre agit en lui. » C'était plus vrai peut-être encore qu'il ne pensait.
« L'hypnotique peut devenir un instrument de crime d'une effroyable précision », dit Ch. Féré (1).
Bernheim raconte à ce sujet plusieurs assassinats par suggestion, sans émotion, sans remords (2), d'autres où l'assassin agit résolument, malgré le trouble qui l'agite : il affirme ou il nie effrontément le crime, selon la suggestion.
Foureaux et Focachon (Annales de l'anthropologie criminelle) nous montrent des somnambules passant du crime à la négation, puis à l'accusation des innocents, le tout avec la bonne foi la plus parfaite. Comme ils oublient ou se rappellent au gré du suggesteur, on voit toutes les suites d'une suggestion sérieuse.
Le P. Franco a vu un enfant de neuf ans assassiner sa mère par suggestion avec un pistolet chargé à poudre. On fait signer par suggestion tous les billets possibles (3). Un député itahen a présenté at: tribunal comme une pièce véritable un billet extorqué de la sorte (4). Ce procès, on le pense bien, a pris rang parmi les causes célèbreîs.
(1) Annales médico-psych., t. X, p. 285.
(2) Bernheim, De la suggestion, p- 183.
(3) Cullerre, Magnétisme et hypn , p. 362.
(4) Franco, p. 57.
Qui ne se rappelle le procès Castellan ? Ce misérable, estropié des deux jambes et simulant la surdimutité, entraîne d'étape en étape une pauvre jeune fille qui le suit malgré elle, parfois à genoux. Elle réussit enfin à se faire retenir et cacher par des gens charitables : car elle luttait toujours contre cet étrange séducteur que les A^^^îocs de Draguignan condamnèrent à douze ans de tiavaux forcés, le 30 juillet 1865 (1).
L'abbé Méric, ancien professeur à la Sorbonne, a donc raison de dire que l'hypnotisée livre à la fois son corps et son âme : elle perd la défense suprême des âmes libres, la volonté.
On a vu les magnétiseurs dérober les secrets les plus intimes (2).
Mais on ne peut hypnotiser personne sans son consentement. — On le dit. Bertrand et Ochorowicz prétendent le contraire. Ils disent que les phénomènes magnétiques peuvent s'obtenir avec la volonté^ tans la volonté, contre la volonté, La vérité, c'est <ïu'on ne peut être hypnotisé malgré soi une première fois ; mais un premier consentement donné, on est la ohose de l'endormeur (3).
<1) Bernheim, De la suggestion, 179, 180.
(2) Ch. 'f rotin, Etudes morales sur l'hypnotisme. Reçue de» Sci-^ni-t's eccL, janvier 1888, p. 39-41. — Demarquay et Giraud- Teulon, Recherches sur Vhypnot.
(3) Beaimis, Le somnamb, provoqué, p. 34-35. — Ochorowica, •• la suggestion, p. 145. — Franco, op. cit. 181, 182.
Ainsi un moment de faiblesse ou de complaisance peut perdre pour toute la vie.
D'après le docteur Ernest Naville, dans son mémoire à l'Académie des sciences, « la folie et Timmoralité ont été les seuls fruits de cette pratique qui devait donner aux natures ingrates tant d'intelligence et d'énergie. » Aussi les signale-t-il à la réprobatioo de tous les honnêtes gens (1).
THEORIES EN COURS PARMI LES CATHOLIQUES. — THÉORIE PHYSIOLOGIQUE. — M. GUIBERT, DE SAIN r« SULPICE (2).
L'hypnotisme a donné lieu, chez nous autres catholiques, à deux théories. Nous allons les exposer d'après leurs meilleurs et leurs plus complets interprètes : le P. Touroude, prêtre de Picpus, et M.Guibert, le savant prêtre de Saint-Sulpice.
Ce dernier (3) ne trouve dans l'hypnotisme rien qui ne puisse être expliqué naturellement.
(1) Académie des sciences morales, bulletin du 8 nov. 1886.
(2) L'auteur n'expose ici que deux théories, celles de MM.Guibert et Touroude, par l'excellente raison que ces deux auteurs interprètent d'une manière suffisante les opinions qui ont cours chez es catholiques. Les lecteurs qui tiendraient à avoir de plus lonjra
ilétails sur la question pourront consulter le nouveau livre de M- Jeanniard du Dot : L'Hypnotisme et la science catholique, (not»