‹ Ou en est l'hypnotismeChapitre 6 sur 7 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si Dieu a fait nos sens bornés, c'est qu'il l'a voulu pour notre bien, dans sa sagesse et dans sa bonté suprêmes. Leur hyperesthésie est un désordre qu'il est téméraire de provoquer. La vaine curiosité est le penchant de l'homme et, depuis le paradis terrestre, c'est à elle que le tentateur s'est toujours adressé. Non, il n'est pas possible qu'un tel désordre existe et que le démon s'en désintéresse. On dit en droit : Qui» feeîtf Is cui prodest. Or à qui servent le plus ces troubles effrayants de la nature physique, intellectuelle et morale de l'homme si ce n'est à celui que saint Ignace appelle si profondément Vennemi de la nature humaine ? Si ce n'est pas lui qui a troublé l'eau, peut-il manquer d'y jeter son filet î

M. l'abbé Monnin, qui vivait dans l'intimité du Vénérable Viann^v, a r»<»onté dans sa vie l'histoire

d'une possédée qui resta longtemps à Ars et que la bénédiction du saint Curé finit par soulager. C'est lui qui nous a conservé un intéressant dialogue entre la possédée et le thaumaturge, dialogue que M. Vianney dicta le jour même où il eut lieu. M. Monnin y a joint quelques réponses qu'elle fit encore dans ses crises de possession. Quelqu'un lui demanda : « Qui est-ce qui fait tourner les tables ? » Elle répondit : C^est moi. Le magnétisme, le somnambulisme, tout cela est mon affaire.

Le diable s'est-il vanté ? Nous ne le croyons pas . n y a une telle ressemblance entre le spiritisme et ^hypnotisme que certains faits connus ne pourraient être classés exclusivement dans l'un ou dans l'autre, -et chevauchent sur tous les deux à la fois.

Tel est le sommeil des esprits^ dans l'Inde, cette auto-suggestion des fakirs lesquels obtiennent d'une catalepsie mystérieuse, sans rien faire, des résultats prodigieux dont les Européens sont souvent les témoins stupéfaits.

Le P . Coubé, qui a professé les sciences pendant tant d'années au collège anglais de Trichinopoly et qui a compté beaucoup de jeunes brahmes parmi ses élèves, est absolument convaincu des rapports fréquents des brahmes avec le démon (1).

En présence de l'incrédulité systématique des gens 4'étude et de savoir, de l'incrédulité machinalement

Voyage au pays des castes

ou BN EST L'HYPNOTISMS 59

imitatrice et crédule des autres, les missionnaires n'osent souvent écrire ce qu'ils ont vu, ce qu'ils savent. Mais souvent, quand on les interroge, ils le disent.

Tel est peut-être aussi le sommeil des médiums en Angleterre, vrai somnambulisme lucide qu'ils appellent transes et dont les savants de ce pays ont été souvent témoins .

« Comment, se demande le docteur Gibier (1), faire la part de l'hallucination et du je ne sais quoi lorsqu'un savant comme M. Russel Wallace vient confirmer une observation comme celle que nous allons reproduire et qui a été faite par son ami M. Serjeant Cox, jurisconsulte et philosophe éminent de la Grande-Bretagne? Voici le récit de M. Serjeant Cox confirmé par M. Russel Wallace :

« J'ai entendu un garçon de comptoir sans éducation, soutenir, quand il était en transe^ une conversation avec un parti de philosophes, sur la raison et la prescience, la volonté et la fatalité, et leur tenir tête. Je lui ai posé les plus difficiles questions de théologie et j'ai reçu des réponses toujours sensées, toujours pleines de force et invariablement exprimées en langage choisi et élégant. Cependant un quart d'heure après, quand il était dans son état naturel, il était incapable de répondre à la plus simple question sur un sujet philosophique et avait toujours peine à trouai) L« SpiritUme, fakirisme occidental. Voir Le Spir. déo. p. 27,

ver un langage suffisant pour exprimer les idées les plus communes. »

Voilà, certes, un cas de spiritisme. D'autres diraient peut-être un cas de possession.

Une si étonnante élévation des facultés est-elle plus admissible que le fait, pour un sujet, de parler une langue qu'il n'a jamais connue ?

On peut se demander, semble-t-il, s'il n'y a pas ici substitution d'un esprit à un autre.

Satan se vante, paraît-il, d'être l'inventeur du spiritisme et de l'hypnotisme. Soit. Nous ferons seulement observer que cette révélation, si elle était authentique, éclairerait la question d'une façon singulière.

Nous pourrions conclure de cet aveu maladroit que, dans les opérations hypnotiques, l'hypnotiseur n'est qu'un agent du démon chargé de monter la machine humaine dans la personne de l'hypnotisé, et cela pour des fins qu'ignorent également l'hypnotisé et l'hypnotiseur.

A ce compte^ les quelques avantages qu'on peut tirer de l'hypnotisme, au dire de la Faculté, n^eii compenseraient pas les inconvénients.

Page 1