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Où est l'étoile? [microforme]

Mon cer DocTeur! — Avant de quitter l'Amérique, j'ai dû vous envoyer, je crois, une circulaire portant comme en-tête: À M. de Bismarck, l’ Edipe français. Cette circulaire, d'abord écrite à la main et expédiée aux principaux cercles militaires, paraît avoir produit en France, sur le monde officiel, un assez grand effet. Nos bons républicains, assez mal assis sur leurs chaises curules, ayant fort à faire pour se maintenir au pouvoir, et recevant tout à coup, et de tous côtés, avis de cette circulaire, ont cru naïvement à l'existence d'un complot, et, pour protéger leur chère république, vite, ils se sont hâtés d'expulser les princes d'Orléans, mesure inique .et politiquement absurde. Car, en agissant ainsi, ils ont forcé le comte de Paris à sortir de sa réserve et à faire acte de prétendant.

Arrivant en France sur ces entrefaites, et quoique

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ayant pris certaines précautions, j'ai été presque immédiatement signalé et on m'a donné la chasse. Je ne sais pas par qui, ni comment, on à su que j'étais à Nantes et où j'étais; mais on l'a su, et, un soir que, par une voie détournée, je rentrais chez moi il était déjà tard), je me suis aperçu à temps que j'étais suivi et que j'allais être arrêté. Au lieu de prendre à gauche, je prends à droite, et bonsoir les voisins, je m'en vas. Cours après! — J'ai toujours eu, vous le savez, assez peu souci des modes, et J'étais habillé à l'Américaine, très proprement, mais avec un pardessus et un chapeau qui, d'une lieue à la ronde, appelaient l'attention sur moi, et c'est précisément ce qu'il aurait fallu éviter. Après une nuit passée dehors à tourner dans le même cercle, quand j'ai vu, le matin et à mon grand étonnement, que j'étais toujours dans les environs de Nantes, j'ai cru que le mieux, à tous risques, pour dépister mon monde, était de rentrer dans Nantes faire peau neuve et avertir mes amis. Je suis donc rentré; mais rentré, j'ai bien cru que je n'en sortirais pas.

Rien n'est traître comme la police de sûreté. Elle peut être nécessaire; mais c’est là, à mon sens. un vilain métier, et 1] faut avoir bien peu de cœur pour l'exercer. Parlez moi d'un bon gendarme qui agit franchement, ouvertement! En tous cas, elle est dangereuse, et, dans nos pays où les gouvernements sont peu scrupuleux, elle sert à des fins politiques autant et plus qu'à la répression des crimes. Aussi, quand on a intérêt à se cacher, est-il bon d'ouvrir l'œil, et c'est parce que j'étais sur le qui-vive, voyant des agents un peu partout, que je leur ai échappé. Si J'avais partagé la confiance de mes amis, qui ne croyaient pas au danger quand je savais moi qu'il

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existait, j'aurais été pincé, et aujourd'hui je serais entre les mains de ces messieurs; mais ils ont dû voir, à Nantes et ailleurs, qu'ils avaient affaire à un rusé compère.

J'ai eu bien de la peine à sortir de Nantes; mais c'est à Pontarlier, sur les frontières de la Suisse, que j'ai couru le plus grand danger. [ls me croyaient bien pris, et je le croyais moi-même. Nous arrivions à Pontarlier, et, depuis Dôle, ils avaient acquis, je crois, la conviction que j'étais leur homme, celui qui leur était signalé; mais trop sûrs de leur coup, ou ne voulant pas faire d'esclandre, ayant peut-être encore des doutes, me voyant d'ailleurs dans lnpossibilité de fuir; qui sait! désireux de faire un petit voyage aux dépens du gouvernement, ils avaient résolu sans doute de pousser jusqu'à Pontarlier. Là, faudra bien, se disaient-ils, qu'il montre ses papiers. Or, avoir des papiers ou n'en point avoir était pour moi à peu près la même chose, et je n'en avais pas. J'ai eu lieu de m'en repentir en Suisse, et je vous engage, quand vous viendrez en Suisse, à ne pas oublier vos papiers.

Les agents de la police secrète, quoique n'ayant pas de signe distinctif, sont pourtant assez faciles à reconnaître quand on est prévenu ; et, à leur regard qui, par instant, se fixait sur moi d'une manière singulière, j'en comptais au moins six ou sept dans le wagon où j'étais. Au reste, vers la fin du voyage, ils ne paraissaient pas se gêner beaucoup; et l’un d'eux ou quelqu'un ayant eu vent de la chose, vint me dire à moi-même, avec un air de mystère, qu'il allait y avoir une arrestation à Mouchard. Jugez si j'étais à mon aise! On crut mieux faire d'aller jusqu’à Pontarlier, contrairement au proverbe qui dit qu’il

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ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même. A Mouchard, je me regardais comme perdu et j'étais résigné à me laisser prendre; à Pontarlier, je ne l'étais plus. D'un bond, en arrivant à la gare, le train marchant encore, je saute ou plutôt je dégringole à bas du wagon; et aussitôt debout, faisant volte-face, j'enjambe une barrière, puis une autre, et en avant dans la montagne; on me poursuivit, mais j'avais de l'avance, et je pus gagner le bois avant d'être atteint. Dans le bois, je me fichais bien d'eux. Si jamais vous vous trouvez à pareille fête, ayez soin d'emporter avec vous quelque chose à boire. Dieu! que j'avais soif!

En avant de Pontarlier, du côté de la France, il y a une vaste plaine, et du côté de la Suisse, de hautes montagnes qui appartiennent au Jura; et pour aller de Pontarlier en Suisse, quand on ne veut pas escalader les montagnes, il faut passer par une étroite vallée bordée à droite et à gauche, mais surtout à gauche, par des hauteurs à pic. C'est par là, m'a-ton dit, qu'en 1871, l'armée de Bourbaki a passé quand elle s'est réfugiée en Suisse. Après une course rapide à travers le bois, ne sachant trop où j'étais, ne pouvant pas aller aux renseignements, pieds nus pour ne pas faire de bruit, je suivais en silence et avec précaution un sentier qui longe cette vallée et la surplombe, quand un train passa qui m'indiqua la route à suivre; mais cette route était dangereuse et je n'aurais pas dû la prendre. Car, quelques minutes auparavant, en parcourant la forêt, javais entendu dans cette direction une voiture lancée à fon de train. C’étaient évidemment mes argousins, pressés d'arriver, et qui, en gens habiles, voulaient me couper la retraite; mais leurs disposi-

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