‹ Où est Louis Riel, etc. [microforme]Chapitre 2 sur 4 · NATIONALE · texte numérisé non relu

NATIONALE

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Se u est Riel ?

A Si jamais homme a été doué du don f d’ubiquité, c’est bien le fameux agitateur du Nord-Ouest.

Il y a quelques jours, je rencontre un brave garçon qui m’aborde et me dit :

— J'ai à vous parler, venez.

— Mais, lui répondis-je, pourquoi cet air de mystère, je vous écoute,

—Chut 1 pas ici, venez, je vous prie.

Je le suivis, et bientôt nous arrivâmes sur le Champ-de-Mars, et ce n’est au’arrivé au milieu, à l'endroit où s'élevait l'hiver dernier le Condora, après avoir regardé de tous côtés qu’il se décida à desserrer les dents.

Il les desserra très peu, du reste, car, s’approchant de mon oreille et se mettant la main près de la bouche pour étouffer sa voix, j'entendis un murmure faible comme le plus léger soupir :

chut !

Et, me regardant, le doigt posé sur la bouche, il s'éloigna en me laissant planté au beau milieu du Champ-de-Mars.

Et, involontairement, je répétais les mots mystérieux : Riel est à Montréal.

Le même jour, une heure plus tard, rue Saint- Laurent, un homme qui sait tout et même beaucoup plus encore, traverse la chaussée et vient me serrer la main.

ont cæœ caractère d’étrangeté qui s'attache aux personnages légendaires et fabuleux et a son charme.

Qui de nous n’a rêvé de remplir tout un pays de son nom ? Quel enfant n’a pensé à devenir semblable aux héros de Cooper, parcourant les prairies | et les bois à la poursuite d’un ennemi sauvage et terrible, l'œil au guet, sondant l'horizon d'un œil sur. Puis, tout à coup, faire retentir la plaine de la voix sonore de la bonne carabine qu'on ne quitte jantais. Les -eillées autour du feu de camp, les récits de guerre et de chasse.

—Avez-vous du nouveau au journal? Quelles dépêches ?

—Mon Dieu ! toujours la même chose. On s’envoie des coups de fusil, mais de Métis, pas l’ombre.

—Et Riel, savez-vous où il est ?

—On m'a dit tantôt qu’il était à Montréal.

—A Montréal ? Erreur. J'arrive de voyage et je puis vous certifier qu'il est à Saint-Hyacinthe.

—Allons, bon! Vous en êtes sur?

— Aussi certain que vous n'aimez pas les mauvais vers de. Chose.

— Diable ! cela devient sérieux. Il est ici, il est là-bas, et pourtant il conduit tout au Nord-Ouest, où trois mille hommes sont allés le chercher. Décidément, ce gaillard-là doit avoir retrouvé l’anneau de Gizèle qui le rend visible et invisible à volonté.

—Plaisantez tant que vous voudrez, Riel est à Saint-Hyacinthe.

Savez-vous que ces rumeurs diverses, ces racontars, ces entretiens mystérieux, au sujet d’un homme,

Et, malgré soi, on se prend d’une admiration inexplicable pour l’homme audacieux qui s'impose ainsi à l'intérêt de tout un peuple.

Allez dans les villes, parcourez les campagnes, et partout vous n’entendrez que ce nom : Riel !

* UK

Car, et c’est un des côtés les plus remarquables |

de la guerre actuelle, il n’est pas un homme de bon sens qui, tout en désirant l’étouffement de la rébellion, ne convienne que le soulèvement des Métis est presque excusable, |

J'ai entendu des hommes politiques des deux!

partis, des juges, des avocats, des grands commerçants, des cultivateurs et des ouvriers s'accorder à reconnaître que ces pauvres diables de Métis ont | été maltraités, malmenés et trompés. |

Les volontaires eux-mêmes ne peuvent s'empêcher de dire : |

—Que voulez-vous, nous savons bien que ces!

gens-là n’ont pas tous les torts, mais la consigne est

| là, et nous saurons bravement mourir. |

Les Métis, de leur côté, ne semblent pas être animés de beaucoup de haine.

—Et nous, croyez-vous donc que c’est par plaisir que nous avons pris les armes. Nous n'ignorons pas que ce :;ue nous faisons est absurde, mais entre mourir de faim où être tués, mieux vaut une balle.

Et on se bat quand on ne demandait qu’à se

serrer la main.

* JF

St FR ES Le ... - LD ?

DS e 8, e

Après avoir parlé de liberté, il me faut vous entretenir de captivité ; les contrastes ne sont Las rares dans la vie.

Les lettres de correspondants, qui accompagnent la petite armée du général Middleton, nous donnent quelques détails sur Riel et la manière dont il est traité.

Ce prisonrier de guerre, qui, en fin. de compte, est descendu au rang de capitulard, est enchaîné comme une bête fauve ; les fers'qu'il porte aux pieds sont reliés par une chaîne, dont la longueur lui permet.de marcher; au bras gauche est suspendu un boulet de quinze livres.

Pourquoi cette cruauté, pourquoi ce déploiement de tortures ?

Comme le d'sait dernièrement le Sar avec beaucoup de bon sens : “ Si ce boulet, ces fers et ces chaînes ont pour but d'empêcher la fuite du prisonnier, il faut avouer que la police et l’artiilerie de garnison, qui sont chargées de le garder, ne sont guère utiles ou que, tout au moins, on a bien peu

de confiance dans les soldats qui composent ces corps.”

On donne pour raison de cette mesure que déià plusieurs prisonniers se sont évadés et qu'il a été impossible de les repincer.

Cette explication n’en est pas une : si vous n'êtes pas capables de garder vos prisonniers, ce n’était pas la peine de les prendre, et quand, comme le peuple anglais le prétend, on est si scrupuleux sur les questions de civilisation, de religion et d’humanité, on devrait avoir au moins la pudeur de mettre de temps en temps ces grands principes en pratique.

Riel a été pendu. en effigie.

Ce sont des soldats qui ont eu l'esprit de com-|' mettre cette lâcheté bête.

La chose s'est passée à Kingston, où campent en ce moment plusieurs bataillons de la province d’Ontario.

Les officiers non-seulement étaient présents, mais ils encourageaient encore les saltimbanques en uniformes à poursuivre leur œuvre.

On a fait un mannequin que l’on a pendu, dépendu et mis en terre en grande cérémonie.

Ce qu'il y a de remarquable dans tout ceci, c’est qu'aucun de ces braves qui insultent ainsi un prisonnier, n’a fait campagne et n’a été au feu.

Dans tout autre pays, les autorités mettraient à | la raison des polissons qui se conduisent de la sorte, | mais la province d’Ontario en est venu à un tel degré d’abatardissement et de fanatisme, que ces choses-là se font sans qu’un seul citoyen ose pro-

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