‹ Ou la dictature de m. Witte conduit la Russie;Chapitre 5 sur 14 · I. — Nos Budgets · texte numérisé non relu

I. — Nos Budgets

Dans mes études, je prouve qu'en réalité tous les budgets de MM. Wyschnegradski et Witte se sont

(1) Principaux résultats de la gestion des finances de l'État pendant les dix dernières années. Recherche statistique de Michel KaciikaroF; Membre du Comité scientifique du Ministère des Finances. Publication du Ministère des Finances, 1895.

XXXII ou LA DICTATURE DE M. WITTE

réglés par des déficits chroniques comblés par des emprunts. Si ces ministres et après eux le Contrôle de l'Empire lui-même, ont pu parler des prétendus excédents de ces budgets, c'est seulement parce qu'en portant le produit des emprunts à la rubrique des ressources ou recettes extraordinaires, ils dissimulaient le véritable état des choses. Gomme nous le montrons dans le premier chapitre du présent travail, les importantes disponibilités libres que M. Witte fait tant mousser dans ses rapports ne sont autre chose que des reliquats d'emprunts.

Un pareil jeu de chiffres n'est possible que grâce à la classification fort peu satisfaisante de nos inventaires d'Etat, a La nécessité de modifier l'ancienne classification du budget des recettes », écrit M. Kaschkarof, « a été signalée dès 1886 par I.-I. Wilson, dans sa monographie Reçue statistique du budget de Г Etat russe pour les dix années i8y5'i885 (publication de la Chancellerie de l'Etat). M. Wilson proposait avec beaucoup de raison de séparer complètement les revenus et recettes de l'Etat des ressources dues aux opérations de crédit. D'une façon analogue, les dépenses devaient aussi fermer deux divisions : 1® Dépenses de l'Etat et 2° Amortissement des dettes de l'Etat ».

(( Cette manière d'inscrire les sommes dans les inventaires, dit M. Wilson, ferait cesser divers malentendus et incertitudes qui se rencontrent aujourd'hui à ce sujet, elle correspondrait aux fondements logiques des recettes et des déjjcnses de l'Etat et présenterait les principaux résultats financiers sous un aspect plus clair ». Ajoutons encore qu'elle rendrait impossibles les tromperies criminelles que les deux derniers ministres des finances se sont permises envers l'Empereur et le public.

Comme nous l'avons dit plusieurs fois, le 4 juin 1894,

Tautorité impériale a sanctionné, concernant la subdivision des recettes et des dépenses en ordinaires et extraordinaires, de nouvelles règles élaborées par le Conseil de l'Empire, qui ont supprimé, du moins en partie, les abus si clairement révélés par nous dans notre mémoire sur la gestion financière de I.-A. Wyschnegradski. La première application de ce nouveau règlement a été faite au budget de 1895.

Afin de rétablir la vérité dans nos budgets, nous nous sommes, en étudiant ceux de MM. Wyschnegradski et Witte, inspirés surtout des principes que le Conseil de TEmpire a plus tard rendus obligatoires. Grâce à cela, nous usions pu prouver que tous les budgets, de ces minisires, se sont sans exception, réglés par des déficits énormes.

Voyons à quelle conclusion arrive M. Kachkarof, après avoir, dans son cinquième chapitre, rectifié les budgets pour les dix années 1885-1894, « conformément à l'avis du Conseil de l'Empire, sanctionné le 4 juin 1894 par l'autorité impériale :

« Les chiffres cités montrent que si le nouveau classement avait été appliqué en réalité aux budgets des dix années examinées, pas un d^eux ne se serait réglé sans déficit x> (Page 130).

Rappelons que le travail de M. Kachkarof a été publié par notre Ministère des Finances, en même temps que le rapport de M. Witte où il assurait que,- (lepuis 1888, tous nos budgets sans exception s'étaient réglés par des excédents !!

« Si le nouveau mode de classement avait été appliqué au budget de 1894, au lieu d'un surplus de 23.600.327 roubles, il aurait accusé un déficit de 2y .;^2y .у34 roubles (1) », écrit M. Kachkarof (page 38).

(l) Ces mots sont en italiques dans le texte.

XXXIV ou LA DICTATURE DE M. WITTE

Quand, plus loin, nous prouvons que le budget de 1894 s'était clôturé sans aucun excédent, nous étions donc encore trop indulgents.

M. Kachkarof s'est donné la peine de rechercher en détail, année par année, les causes de Taccroissement des revenus du Trésor. Le deuxième chapitre de son livre est entièrement consacré à cette question. Ici encore, dans les détails aussi bien que dans le résultat général, ses conclusions sont identiques aux miennes. Ainsi, par exemple, il voit la cause de Taugmentation des revenus pendant les premières années de la gestion de L-A.\\^yschnegradski, « dans des mesures législatives prises déjà les années précédentes en second lieu dans l'aggravation des

impôts existants et l'établissement de nouvelles taxes », etc. (page 25).

Nous avons dit presque textuellement la même chose dans notre Bilan de la gestion de ce Ministre. (Voir page 27 et suivantes). Que les récoltes exceptionnellement brillantes des années 1888 et 1893 ont joué un rôle incontestable dans l'augmentation des revenus, cela va de soi ; de même que la reprise par l'Etat de 15.000 werstes de voies ferrées appartenant à des Compagnies, a considérablement accru les recettes du Trésor. Mais il est vrai aussi, comme nous Talions voir, que, parallèlement à l'accroissement de revenus résultant de ces lignes, les dépenses ont presque doublé.

Ainsi que nous l'avons fait nous-mêmes plus d'une fois, M. Kachkarof critique les artifices de comptabilité, le fait de calculer le rouble or sur le pied tantôt de 1 r. 80 кор. ou 1 r. 70 кор., tantôt de 1 r. 50 кор., ce qui comporte dans la balance des comptes les résultats les plus arbitraires (page 30). Dans le Bilan de la gestion de Wyschnegradski (page 2), nous ayons énergiquement protesté contre cet abus.

Les lecteurs ont vu, dans le chapitre premier de la présente étude, quels déficits donnent les budgets de M. Witte, si on défalque des revenus les ressources extraordinaires obtenues par les emprunts. Dans le "Bilan de la gestion financière de Ivan-Alexiévich AVyschnegradski, nous avons aussi indiqué les déficits de certains budgets de ce Ministre.

M. Kachkarof procède de la même manière pour les budgets réglés pendant toute une période de dix ans, c'est-à-dire qu'il place les recettes réelles en regard des réelles dépenses.

Les ressources provenant des emprunts n'entrent pas en ligne de compte et les dépenses faussement dénommées extraordinaires sont classées parmi lés dépenses ordinaires.

Les différences entre les recettes et ^es dépenses, c'est-à-dire les déficits, d'après le tableau de M. Kachkarof (page 185), étaient :

Pour 1885 — 150 . 855 . 327 roubles

Pour 1891, nous avons calculé un déficit de 186 millions de roubles; pour 1892, de 139 millions de roubles; pour 1893, de 15 millions de roubles; pour 1894, le déficit, suivant notre calcul, approximait zéro. Gomme le lecteur le voit, nous avions, pour les deux premières années, indiqué des déficits inférieurs à ceux que M. Kachkarof a calculés ! Il est vrai qu'à la page 58 et

suivantes de notre livre : M. Witte, etc., nous exprimions la conviction que les chiffres donnés par nous étaient au-dessous de la réalité. Pour les années 1893 et 1894, les résultats de nos calculs sont presque identiques à ceux de M. Kachkarof.

Après cela, nous avons le droit de demander à M. Witte, qui répand systématiquement le mensonge sur nos finances : Le Ministre affirmant gratuitement dans son rapport à l'Empereur que, depuis 1888, les budgets de la Russie ne connaissent plus le déficit, ou nos études qui démontrent le contraire?

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