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CHAPITRE III

LA FAMILLE SOLAIRE

DANS le premier chapitre de D'où venonsnous ?\di\ déjà eu l'occasion de vous présenter les principaux membres du système solaire, la Terre n'est que la troisième planète de la série; nous connaissons aujourd'hui huit planètes principales : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Plus de 800 astéroïdes tournent entre Mars et Jupiter, et leur nombre, grâce à la photographie, augmente de jour en jour. Si nous ajoutons à cette liste les satellites gravitant autour des grosses planètes, comme le fait la Lune vis-à-vis de la Terre, puis la foule des comètes sillonnant les espaces interplanétaires, nous aurons énuméré les corps appartenant à notre système, ceux, en un mot, qui composent la famille du Soleil.

Les planètes sont-elles habitées par des êtres animés et intelligents? Grave question qui demanderait à elle seule une longue étude.

Notre programme est'tellement étendu, que dans cette troisième partie nous aurons à peine le temps d'effleurer cet intéressant problème.

Toutefois, nous pouvons nous demander en passant quelles sont les conditions climatériques de chaque monde. La vie organique s'est-elle manifestée à leur surface? Nous-mêmes, transportés sur ces

terres lointaines, pourrions-nous trouver des conditions propres à notre existence actuelle?

Puisque nous habitons la Terre, notre devoir n'est-il pas de chercher à nous rendre compte de ce qui se passe autour d'elle; de jeter un coup d'oeil sur le champ céleste qui nous joute, sur les régions que nous côtoyons sans cesse; en un mot, sur nos compagnons de route à travers l'immensité?

Voilà pourquoi je vous convie à une véritable excursion interplanétaire, en attendant un plus long voyage dans les espaces intersidéraux.

Laissons-nous donc emporter par un rayon de lumière : c'est d'ailleurs le seul moyen de locomotion qui nous soit permis; tous les autres, voire ^e boulet de canon de Jules Verne, celui qu'avait lancé la Colombiady ne sauraient nous suffire. En supposant même que le procédé réussît, mus aurions le temps de mourir en route.

La comète de Halley, qui fait à peu près le voyage que nous allons entreprendre, c'est-à-dire tout le chemin aller et retour de Neptune au Soleil, ne met pas moins de 75 années pour accomplir ce grand trajet.

11 est vrai qu'elle n'est pas animée l'un mouvement uniforme, mais les 54 kilo-

mètres qu'elle parcourt à la seconde dans le voisinage de la Terre ne seraient qu'un mouvement de tortue par rapport à la vitesse de la lumière.

En 5 minutes et quelques secondes,

ComèîB de\Ha-ligy. •

La Comète de Halley décrit une longue orbite et s'éloigne du Soleil plus loin que Neptune, la dernière planète connue.

notre rayon luminetix nous emporte vers le Soleil, dans la région voisine de Mercure.

Nous n'y resterons pas longtemps, car nous sommes à 58 millions de kilomètres à peine de Tardent foyer de notre système. En tournant autour de cet astre, la planète s'approche même beaucoup plus près; en plein été, le Soleil, vu de Mercure, occupe dans le ciel une surface lo fois plus large que dans notre ciel.

Or, si la température, au Sénégal, atteint 42 degrés à l'ombre, près de 70 au soleil, je vous laisse à penser ce que nous pourrions ressentir en mettant le pied sur le sol de Mercure : nous ne commettrons pas cette imprudence, d'autant que les astronomes terrestres ont calculé la chaleur que reçoit la planète. En moyenne, le thermomètre marquerait 200 degrés audessus de zéro et pourrait atteindre parfois jusqu'à près de Boo degrés.

De l'endroit où nous contemplons cette terre 18 fois plus petite que la nôtre, ne cherchons donc pas à découvrir des mers ou des océans; l'eau qu'ils pourraient contenir se serait évaporée depuis longtemps, et si des fleuves descendent les

flancs de ses montagnes, ils ne peuvent consister qu'en torrents de lave semblables à l'étain fondu.

Voilà un séjour bien peu engageant pour nous autres, habitants des régions tempérées de la Terre. Nous le quitterons sans regret.

D'ailleurs, notre rayon lumineux nous emporte vers une planète plus hospitalière.

De loin, Vénus ressemble à la Terre; même grosseur, ou à peu près, puisque le diamètre de Vénus est seulement de 89 kilomètres plus petit que le nôtre; diff'érence insignifiante, comparée à la grosseur totale du diamètre terrestre mesurant 12756 kilomètres; même aspect, car Vénus est entourée d'uneatmosphèreun peu plus forte que la nôtre, peut-être, avec d'épais nuages comme il en apparaît quelquefois dans notre ciel; à peu près même pesanteur, puisque chez nous, un corps, dans sa première seconde de chute, par-

La planète Mercure

i'ue pendant l'une de ses phases.

(Dessin de Th. Morbcx.)

court 4°\9o alors que sur Vénus, il tombe de 4'",2i.

La grosse diff"érence réside dans une autre circonstance: sa proximité du Soleil. Plus rapprochée de 41 millions de kilo-

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mètres, Vénus subit une chaleur énorme:

80 degrés en moyenne. Heureusement que dans ces conditions l'eau doit être dans un état constant d'évaporation, et que, répandue dans l'atmosphère, elle peut uniformiser la température et même tamiser les rayons du Soleil.

Si nous étions condamnés à vivre ailleurs que sur la Terre, voilà la planète où nous pourrions élire domicile.

A quelque profondeur de la surface du sol, le climat doit être très supportable, et si Vénus porte des habitants, ce que nous n'avons pas le loisir d'examiner ici, nul doute qu'ils n^ construisent des villes souterraines avec des rues semblables aux galeries du Métropolitain. Sur cette planète qui s'approche de nous plus près qu'aucune autre< les saisons doivent être un peu différentes des nôtres, mais elles .se succèdent plus rapidement, car l'année y est seulement de 224 jours.

Voilà encore- une planète bien intéressante à étudier, mais la lumière qui nous conduit ne nous en laisse guère le temps et nous emporte loin du Soleil à raison de 3ooooo kilomètres à la seconde.

Nous voici arrivés dans la région où gravite la Terre; passons sans nous arrêter; descendons plutôt sur notre satellite, le corps céleste le plus rapproché de notre planète et celui que les astronomes coivnaissent le mieux.

La Lune est un tout petit globe tournant autour de la Terre à la faible distance de 384000 kilomètres en moyenne — 96000 lieues — une misère! Bien des capitaines au long cours ou de simples facteurs peuvent se vanter d'avoir accompli ce trajet. Trente globes terrestres mis bout à bout combleraient le fossé qui nous sépare de la Lune, véritable faubourg de la Terre.

Faubourg par la distance, car rien ne ressemble moins à notre séjour.

Vous pouvez en juger par les sensations que vous éprouvez. D'abord notre poids est considérablement diminué; un corps qui pèse chez nous un kilogramme ne pèse plus ici que 170 grammes. Cette circonstance vous expliquera pourquoi vous vous sentez si léger. Plus un globe plané-

Les phases de la planète Vénus, dessinées à l'Observatoire de Bourges par l'abbé Th. Moreux.

taire est petit, moins la force d'attraction s'y fait sentir.

Un homme qui, sur la Terre, fait une chute du cinquième étage, parcour': r'^go, dans la première seconde^ nous l'avons déjà dit; eh bien, sur la Lune, il ne descendrait que de 73 centimètres; il aurait l'impression de flotter dans l'espace, et de tomber comme une plume.

Et puis, quel étrange paysage 1 Un sol tourmenté comme si toutes les forces s'étaient liguées pour construire un dédale inimaginable de volcans, de ravins, de

rochers, entassés pêle-mêle. Au loin, d'immenses cirques dont quelques-uns atteignent jusqu'à 200 kilomètres de diamètre.

Et ces montagnes!

Leurs bords escarpés aux sommets pointus, en forme de pains de sucre, leurs arêtes vives, la lumière éblouissante que jettent leurs flancs éclairés, la teinte noire des parties ombrées où l'œil ne distingue aucun détail, le relief presque stéréoscopique de cette nature figée dans la mort, tout nous avertit que nous avons quitté la Terre.

Jetez maintenant un regard vers le ciel. Autre changement : ici, le bleu d'azur n'existe pas, le ciel n'a aucune couleur, il est d'un noir d'encre, on dirait un abîmel Voilà qui est stupéfiant, il fait grand jour et le ciel parait plongé dans la nuit. Les

\ut <ît quelques cirques lunaires.

En haut, Théophile; au-dessous, Cyrille et Catherine.

étoiles y jettent un éclat inaccoutumé; le Soleil, un soleil éblouissant, paraît entouré de ses protubérances roses, et la couronne est visible comme pendant les éclipses totales de Soleil sur la Terre.

Oh! quel est cet astre énorme qui brille à l'horizon? Avec son croissant lumineux qui envelopperait treize fois le Soleil, il nous apparaît comme notre Lune vue de la Terre au premier quartier. Quelle planète géante paraît se lever pour les Sélénites?

Cette question, je la vois sur vos lèvres» mais je ne l'entends pas.

Votre enthousiasme ne saurait se manifester que par une mimique plusou moins expressive... V^ous avez oublié que la Lune est le pays du silence.

C'est dans une couche d'air que le son se transmet, et ici il n'y a pas trace d'atmosphère.

Cette constatation explique les phénomènes étranges dont vous êtes témoins.

Ce sont les couches d'air qui, chez nous, absorbent en grande partie les rayons du Soleil et qui nous empêchent de l'apercevoir en plein jour. Ce sont elles aussi qui viennent dégrader les derniers plans de nos paysages et qui nous permettent d'entendre les mille bruits de la nature.

Ni atmosphère, ni eau, voilà les-caractéristiques du sol lunaire. Elles vous donnent la clé des différences qui existent entre l'aspect du paysage que vous avez sous les yeux et celui que nous voyons chaque jour, celui que voient nos amis restés là-bas sur le globe en forme de croissant et dont la présence dans le ciel vous intriguait tout à l'heure.

Sur la Lune les jours sont environ quinze fois plus longs queles nôtres. Imaginez les conséquences d'un pareil régime : pendant la journée, un <o\ soumis au rayonnement d'un soleil de plomb, 354 heures de soleil auxquelles succède une nuit de même durée.

LA FAMILLE SOLAIRE

Relief de la Lune consiruit par la Maison G. Thomas, à Paris.

Le sol lunaire est alors en contact avec îc froid de l'espace, et un thermomètre à gaz marquerait bientôt une température de 267 degrés au-dessous de zéro.

Qui donc pourrait habiter cette terre

desséchée privée d'air et d'eau, ce sol glacial dont nos contrées polaires v^. nous donnent pas la moindre idée?

Ne nous attardons pas davantage : Mars brille dans le ciel; encore 56 millions de

kilomètres à parcourir, un voyage de 3 minutes environ. A mesure que nous avançons, la planète grossit à vue d'oeil. Véritable Terre emportée dans sa course autour du Soleil par la même attraction qui retient notre globe, Mars parcourt son orbite à la vitesse de 24 Icilomètres à la seconde, en 687 jours. Son année est donc environ deux fois plus longue que les nôtres, et ses saisons sont également doubles de celles de la Terre. Car Mars ayant à peu près la même inclinaison que notre globe dans sa rotation sur son axe, et le jour martien ayant une durée presque

climatologie, et bien différente de la nôtre» Sans doute, mais tout s'expliquera lorsque vous saurez que l'atmosphère martienne est extrêmement légère.

Vous avez appris que sur la Terre, la pression atmosphérique diminue à mesure qu'on s'élève. Au niveau de la mer, elle fait équilibre à une colonne de mercure de 76 centimètres de hauteur, au sommet du Gaurizankar, dans l'Himalaya, à 8840 mètres d'altitude, elle n'est plus que de 24 centimètres; si rous montions encore d'une quantité à peu près égale, à 18 kilomètres, par exemple, notre baro-

14c 'ÔC 180 200 2I0 i40 200 2tc- .^o

ii^ e> K> 4.0 oJ àc

Carte de la planète Mars dressée par l'abbé Th. Moreux, d'après ses observations.

égale au jour terrestre, les saisons existent là-bas comme chez nous.

Mais voici que IVlars passe sous nos yeux; ne perdons pas un instant.

Vous voyez cette tache blanche, c'est son pôle Sud. Il y a là des neiges comme chez nous, moins denses et moins pressées que les nôtres, car la pesanteur sur cette terre en miniature est presque trois fois plus faibles qu'ici. Pendant plus d'une année terrestre, ce pôle va être exposé aux rayons du Soleil, il n'est donc pas étonnant que la fusion de cette calotte neigeuse s'accomplisse entièrement.

A peine cette neige est-elle fondue qu'elle s'évapore dans l'atmosphère, l'air s'en imprègne et les vents emportent cette humidité vers l'équateur.

Voilà, direz-vous, une bien singulière

mètre n'accuserait plus qu'une pression de 1 1 à 12 centimètres.

Evidemment, aucun de nous ne pourrait vivre à une telle hauteur, puisque deux aéronautes, Berson et Suhring, ont failli périr dans une ascension de 10800 mètres. Ils n'ont pu échapper à la mort qu'en aspirant de l'oxygène dont ils s'étaient munis au départ. Fh bien! sur Mars, la pression atmosphérique n'est certainement pas supérieure à celle que constatent nos ballons-sondes à l'altitude de 16 kilomètres.

Voilà encore un séjour peu enviable pour des êtres organisés comme nous.

Mais ce qu'il y a d'aussi pénible sur ce globe 6 fois plus petit que le nôtre^ c'est le froid rigoureux qui y règne, surtout la nuit.

LA FAMILLE SOLAIRE

Sans atteindTe les basses températures de la Lune, le sol de Mars est certes moins bien partagé que notre pôle Sud.

Si, à l'équateur martien, le thermomètre monte au-dessus de zéro pendant la journée, par contre, en raison de la perte de chaleur par rayonnement, il descend très bas pendant Ja nuit, beaucoup plus bas qu'en n'importe quel endroit sur la Terre, probablement vers 100 degrés audessous de zéro, et même davantage.

Toute l'humidité contenue dans l'atmosphère se dépose sous forme de gelée blanche, et je ne puis mieux comparer le climat martien qu'à un climat désertique, celui du Sahara, par exemple, transporté au pôle à une hauteur de 16 kilomètres au-dessus du niveau de la mer.

Quelles plantes peuvent pousser dans de semblables régions? Et cependant, voyez ces étendues vertes, à côté des continents rougeâtres.

Quel dommage que la planète s'éloigne si rapidement, nous aurions pu l'examiner plus longuement et .faire encore •d'autres déductions.

Mars est un monde plus vieilli que la Terre, une partie de ses océans ont été absorbés par les roches, par les terrains; les mers de Mars sont comme celles de la Lune, desséchées complètement. Ce que les anciens astronomes appelaient mers ne sont que des plaines basses; les canaux^ de larges vallées où pousse une végétation rabougrie.

Mars n'est pas encore arrivé dans sa vie astrale au point où nous voyons la Lune, il tient le milieu entre la Terre et notre satellite; mais, depuis longtemps rheure de la décadence a sonné pour lui, c'est un monde qui se hâte lentement vers la mort.

Si vous doutiez que les planètes, comme les soleils dont leur vie n'est que la continuation, sont soumises aux lois inexorables du temps; que rien n'échappe aux lois posées par le Créateur; que tout a été créé et que ce monde matériel passera, le reste de notre excursion serait de nature à vous faire comprendre ces vérités.

La Lune et Mercure paraissent des astres morts, la planète Mars est à l'agonie, la Terre se meurt, et, depuis longtemps, des rides flétrissent son écorce, Vénus semble moins vieillie; toutes ces petites planètes ont perdu très vite leur chaleur d'origine, et le froid de l'espace en a eu rapidement raison.

11 n'en est plus de même des deux grosses planètes que nous allons aborder. Jupiter et Saturne sont des mondes relativement jeunes; en raison de leur volume énorme, ils ont lutté victorieusement, mais déjà la lumière nous emporte, nous voici dans la zone des petites planètes circulant généralement entre Mars et Jupiter.

Actuellement les astronomes terrestres en connaissent près de 900. Chaque année là photographie en découvre d'autres.

Dans cet espace de 55o millions de kilomètres, qui sépare l'orbite de Mars de celle de Jupiter, il y aurait place pour une belle planète certainement, et voici que nous rencontrons une foule d'astéroïdes dont k plus gros n'a guère que 700 kilomètres, et les plus petits i5 kilomètres à peine.

A une certaine époque, on s'est très sérieusement demandé si tous ces mondicules ne seraient pas les restes d'une planète qui aurait éclaté en morceaux.

L'explication paraît plus simple. Jupiter, le premier-né du système solaire, ce monde énorme formé longtemps avant le Soleil, a attiré vers lui une foule de matériaux circulant non loin de son orbite. Ceux qui ont échappé auraient pu évidemment former une terre de grosseur convenable, mais la planète ijéante a gêné leur agglomération, elle a agi à la façon du policeman qui, de loin, disperse tout rassemblement. Par son attraction puissante, Jupiter n'a pas permis aux amas peu éloignés de s'agglomérer et de se réunir en une seule masse.

Mais déjà nous sommes, nous aussi, dans la sphère d'attraction du roi des planètes.

Dans D'où venons-nous?^ il vous en

La planète Jupiter.

souvient, nous avons déjà jeté un coup d'oeil à travers l'oculaire du télescope. et contemplé ce monde géant; de loin, nous avons aperçu ses bandes alternativement sombres et claires.

Jupiter est i 309 fois plus gros que la Terre; malgré cela on peut le dire relativement léger; si nous le placions dans le plateau d une balance, il ne faudrait pas 1 309 terres de l'autre côté pour lui faire équilibre; 314 globes suffiraient. Voilà qui vous surprend. Que signifie cette apparente anomalie? Simplement ceci, que la Terre est beaucoup plus agglomérée que Jupiter. De même, dans un plateau de notre balance, nous pourrions mettre une grosse boule de bois; dans l'autre, quelques billes de plomb lui feraient équilibre.

Et, en fait, on a calculé combien pesait un litre de Jupiter, et on a trouvé i kilogramme 325 grammes; or, l'ensemble des mesures entreprises pour faire le même calcul vis-à-vis de la Terre a montré que si l'on mélangeait tous les matériaux terrestres, un litre de noire Terre pèserait 5 kilogrammes 52o grammes, c'est-à-dire quatre fois environ le nombre précédent.

Néanmoins, comme Jupiter est très

gros, il arrive encore à peser deux fois plus que toutes les planètes réunies du système solaire.

Quel énorme poids et quel volume!

Un train lancé à la vitesse de 100 kilomètres à l'heure mettrait 16 jours et 17 heures pour faire le tour de la Terre à l'équateur; sur le monde géant de Jupiter, il lui faudrait près de 186 jours de 24 heures.

Et malgré cela les jours de la planète sont très courts, puisque ce monde tourne sur lui-même en 9 heures 55 minutes.

Alors qu'à notre équateur, un point, grâce à la rotation diurne, tourne à la vitesse de 465 mètres par seconde, une région analogue sur Jupiter est animée d'un mouvement de 12496 mètres dans le même temps.

On comprend qu'une pareille masse se refroidisse très lentement. Jupiter n'est pas encore arrivé dans sa formation à l'âge de la Terre aux temps primaires.

C'est un océan de feu qui roule à 777792000 kilomètres du Soleil. Il y a quelques dizaines de millions d'années, Jupiier brillait d'une lumière propre et formait avec notre Soleil une jolie étoile double. Plus petit que l'astre-roi, il s'est éteint avant lui.

Aucun organisme ne pourrait résister dans sa lourde et brûlante atmosphère, toute saturée de vapeurs métalliques.

Entre les gaz extérieurs et la masse interne, il se forme un échange incessant de matériaux; à mesure que la planète se refroidit, les gaz emprisonnés et dissous dans le magma intérieur explosent violemment et projettent de véritables pluies de feu, gouttelettes brûlantes de métaux fondus dans une atmosphère de fournaise. Huit satellites accompagnent ce géant du système solaire et assistent à ces tempêtes des éléments déchaînés.

Lorsque ce monde sera refroidi et que sa surface pourra recevoir les germes de

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vie que l'Auteur de la nature voudrait y laisser croître, notre Soleil assistera de très loin à ce spectacle, sans pouvoir, par ses rayons fécondants, contribuer à réchauffer cette surface glacée. A une telle distance, en effet, la chaleur solaire actuelle ne saurait maintenir la température du sol jovien qu'à 140 degrés audessous de zéro.

Que dire alors des planètes extérieures à l'orbite de Jupiter? Bien qu'elles soient perdues dans les abîmes glacés et qu'elles tournent lentement loin du Soleil, source de chaleur et de vie, continuons cependant notre visite.

Au reste, le rayon lumineux nous emporte avec une vitesse vertigineuse :

nous sommes à un milliard de kilomètres du Soleil et nous marchons toujours, ne rencontrant sur notre route que de légères comètes sillonnant l'espace. Encore quelques centaines de millions de kilomètres, et nous voici dans la sphère d'attraction de Saturne.

Quelle merveille!

Planète énorme, 733 fois plus grosse

que la Terre, Saturne est encore plus léger que Jupiter. Nous avons vu qu'un litre de cette dernière pesait i 326 grammes; Eh bien 1 le même volume de Saturne ne pèse que 700 grammes, il est plus léger qu'un litre d'eau. Saturne, placé à la surface d'un immense océan constitué comme les nôtres, émergerait ainsi qu'un bouchon de liège.

Au milieu de cet amas gazeux, au sein de cette bouillante atmosphère, la vie organique ne pourrait résister, mais rien ne nous empêche d'imaginer le spectacle qui ravirait nos regards sur le monde saturnien.

Un immense anneau formé de poussières lumineuses, parce qu'elles réfléchissent la lumière solaire, circule autour de la planète à i5 ou 16 kilomètres de sa surtace; de l'endroit où nous sommes^ il s'élance au-dessus des nuages comme un gigantesque arc-en-ciel aux formes changeantes. Large de près de 60000 kilomètres — 4 fois le diamètre de la Terre^ — son épaisseur de i5o kilomètres, tout au plus, cache à peine les détails du cieL

Leyer Je Saturne yu de son premier satellite.

Grosseur apparente du disque du Soleil pu des différentes planètes.

Dix lunes tournent en même temps autour du globe saturnien. De quel spectacle encore ne jouirions-nous pas sur le satellite le plus proche? Saturne au globe étincelant, encerclé de son anneau multicolore, s'élève lentement dans le ciel; il occupe à l'horizon une surface loo fois plus grande que la Lune vue de la Terre- SI des êtres pensants habitent ces régions, à quelle illumination étrange et féerique ne doivent-ils pas assister'. Et comme ils peuvent étudier à l'aise cette planète qui leur offre les plus beaux problèmes astronomiques posés à une intelligence!

Encore un milliard de kilomètres et

nous arrivons dans le voisinage d'IVanus, planète 71 fois 1/2 plus grosse que la Terre, monde presque inconnu des astronomes au point de vue physique; marchons toujours, et abordons Neptune.

Le rayon lumineux qui nous a transportés au sein de l'espace est parti du Soleil depuis plus de 4 heures! Quatre heures de vo}'age à raison de jSooo lieues à la seconde, cela représente 4493084000 kilomètres, et c'est à celte énorme distance que gravite le monde prob^blcaient glacé de Neptune.

Arrivés à ce point extrême du sysicme planétaire, portons noire regard en arrière et cherchons à embrasser dans une vue

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d'ensemble le système solaire tout entier.

De ce monde lointain, Mercure, Vénus, la Terre, Mars sont invisibles, perdus qu'ils sont dans le rayonnement du Soleil» Jupiter lui-même ne peut être aperçu que lors de ses passages sur le disque solaire sous la forme d'un tout petit point noir; Saturne, lui-même, n'est que le Mercure des Neptuniens, s'ils existent. Aux époques favorables, il possède à peine l'éclat d'une étorle de sixième à septième grandeur, tandis qu'Uranus, la planète la plus proche, brille comme le Sirius de nos ciels d'hiver.

Quant au Soleil, c'est une belle lampe à arc sans disque apparent, assez intense toutefois pour éclairer le sol de Neptune comme une lumière électrique d'une puissance de mille bougies, placée à quelques mètres seulement.

Tandis qu'Uranus a quatre satellites,

Neptune n'en possède qu'un seul comm« la Terre.

Cette lointaine planète, dont le volume équivaut à 70 globes terrestres, est-elle la dernière du système solaire? Ce n'est guère probable.

Ay mesure que se précisent les observa^ tions, il devient de plus en plus éviden-t qu'Uranus est troublé dans sa marche; et divers astronomes attribuent à une ou deux planètes extérieures ces perturba, tions encore inexpliquées.

Une première planète transneptunienne serait à 5o fois la distance du Soleil à la Terre, tandis qu'une seconde se placerait à une distance double : 3 fois et demie la distance de Neptune au Soleil.

Le jour où la photographie enregistre* rait cette découverte, notre système planétaire s'étendrait à près de 16 milliards de kilomètres!

Anciens dessins de Saturne.

(D'après Gassendi et Hutgens.)

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