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i taJi-^. Jo Berlm de Ptr-i'tboiu <r jf>r
Spécimen d'une carte céleste d'Argelander ; toutes les étoiles ont été repérées à la lunette.
instruments, ils consacraient depuis longîetnps dans leur modeste atelier de Mont- Touge tous les moments de liberté que leur
laissait leur service très actif à l'Observatoire de Paris à l'étude de la taille et du polissage des grands verres d'optique *
Un coin de la constellation des Gémeaux.
Il leur fut donc facile de construire, à titre d'essai, un premier objectif de 1 6 centimètres d'ouverture destiné à prendre des clichés du ciel.
C'est la reproduction d'un de ces clichés que vous avez sous les yeux; merveille de netteté que m'ont offerte les frères Henry eux-mêmes.
Cette photographie représente un coin de la constellation des Gémeaux'. Des milliers d'étoiles, pendant la longue pose, sont venues automatiquement peindre leur image sur la gélatine imprégnée de bromure d'argent. Si Ton a soin de la comparer avec le dessin de la même
région obtenu au télescope, après des nuits de labeur, cela peut se passer de tous les commentaires.
Après ces brillants succès, la supériorité de la nouvelle méthode était démontrée une fois pour toutes.
La plaque sensible agrandissait l'Univers en nous révélant des astres que l'œil humain, même aidé de plus puissants instruments, ne pourra jamais contempler.
Ce fut alors que l'amiral Mouchez, directeur de l'Observatoire de Paris, conçut l'idée grandiose d'une oeuvre internationale destinée à nous donner en quelques années la figure exacte des régions célestes.
Dix-huit Observatoires du monde entier répondirent successivement à son appel, et, en 1887, l'exécution de la carte photographique du ciel fut décidée. Les frères Henry taillèrent dix-huit objectifs identiques^ de 33 centimètres d'ouverture, et l'habile artiste qu'était M. Paul Gauthier se chargea de la construction des équatoriaux destinés à recevoir les lentilles.
M. P. Gautier,
constructeur français,
mort en igo?.
Peu à peu, les observatoires s'organisèrent, et différents Congrès purent fixer les conditions dans lesquelles les photographies seraient obtenues.
Une résolution importante concerna l'utilisation des clichés 16 X 16. 11 fut décidé qu'une pose donnerait d'abord le catalogue d'étoiles repérées; leur nombre atteindrait deux millions. Une seconde pose aurait pour but la confection d'une carte du ciel. A première vue, celle-ci pourrait comprendre trente millions d'étoiles, mais il est probable que ce chiffre est déjà dépassé; si les clichés enregistrent les étoiles de i8« grandeur, il sera supérieur à cent millions.
Afin de ne pouvoir confondre sur les plaques photographiques les plus faibles images des étoiles avec les grains de poussière et les défauts de la plaque, on imagina de prendre certains clichés avec trois poses successives en donnant un léger déplacement à la lunette. De cette façon, chaque étoile fournirait trois images, trois petits points disposés en triangle.
Le nombre moyen des clichés pour chaque observatoire devait atteindre i 200.
L'amiral Mouchez avait estimé que la carte complète couvrirait une surface de 170 mètres carrés, mais comme les photographies ont été prises plusieurs fois et que, pour les vérifications des mesures (voir pages 24 et 3o), chaque angle d'un cliché vient coïncider avec le centre du cliché suivant, la superficie couverte sera au moins égale à plus de 5oo mètres carrés.
Comment utiliser de pareils documents?
Comment arriver à compter un aussi grand nombre d'étoiles, à en dresser un catalogue exact? Ce travail a été réservé en grande partie à un personnel de jeunes filles travaillant dans un bureau spécial de l'Observatoire de Paris.
Pour faciliter la tâche, un réseau quadrillé a été imprimé sur les plaques qui sont ainsi divisées en tout petits carrés. J Dès lors, la question du nombre d'étoiles contenues dans chaque cliché ne devient qu'affaire de temps et ouvrage de patience.
LA GÉOGRAPHIE DU CIEL
Reste à fixer la position de chaque étoile. A cet effet, l'objectif d'un microscope peut parcourir la plaque de gauche à droite et de haut en bas, et le centre de chaque image stellaire est amené à hauteur du centre du champ de vision. A chaque opé-
sidns droites et en déclinaisons; et ce travail que l'oeil, même secouru par les plus puissants instruments, n'aurait osé entreprendre sera bientôt accompli, grâce à la sensibilité autrement grande de la rétine photographique; grâce aussi, il faut le
Spécimen d'un cliché réduit de la carte photographique du ciel.
ration, on évalue les déplacements correspondants à l'aide de tambours gradués placés latéralement et assez précis pour donner les vingtièmes de millimètre.
La position de toutes les étoiles sur les plaques une fois connue, il devient possible, au moyen d'étoiles repérées, de transformer tous les nombres en ascen-
dire bien haut, à l'initiative de la Science française, au zèle et au dévouement de travailleurs souvent obscurs, concourant à l'œuvre commune et gigantesque de la confection d'un Atlas du ciel.
Et maintenant, nous pouvons nous demander quelle précision nous devons espérer de la méthode photographique.
ou SOMMES-NOUS r*
Autrefois, et même encore aujourd'hui, pour fixer la position des étoiles de repère, les astronomes ont dû passer bien des auits l'œil rivé à l'oculaire de leur lunette méridienne.
Ces oculaires sont traversés de fils plus fins que les fils d'araignée, et lorsqu'une étoile, par son mouvement dans le ciel, parcourt ces divisions, l'observateur attentif note à l'aide d'un pendule à secondes le moment exact du passage, afin de con- Tertir l'heure en degrés, minutes et secondes d'arc.
Par la pratique, on arrive facilement à évaluer le dixième de seconde, et le tra- Tail actuel est grandement facilité par l'adjonction à la lunette d'un appareil électrique qui peut inscrire, au gré de l'observateur, le temps exact à quelques centièmes de seconde près.
Sous ce rapport, la technique moderne surpasse tout ce que l'on pourrait imaginer. Lors de l'éclipsé totale de Soleil que ma mission a étudiée à Sfax en igoS, j'ai pu me servir d'un chronographe sorti des ateliers de M. P. Ditisheim, constructeur à LaChajx-de-Fonds; cet instrument, merveille de précision, peut donner le centième de seconde sur une bande de
Le chronomètre enregistreur construit par M. P. Ditisheim (de La Chaux-de-Fonds).
papier analogue à celle d'un télégraphe Morse ou Hughes. Dans certains observatoires, on utilise même des instruments imprimant en chiffres le dixième de seconde, et le résultat est bien suffisant pour le repérage des étoiles.
Eh bien! l'inscription sur la plaque photographique, grâce à la perfection des appareils construits par M. Paul Gautier, de regrettée mémoire, est de même nature; si quelques esprits chagrins ont pu manifester une certaine méfiance lors de la
M. Lœwy, astronome français,
ancien directeur de l'Observatoire de Paris
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mise en train du catalogue photographique, leurs craintes doivent disparaître maintenant.
Sous l'initiative de M. Lœwy, directeur de l'Observatoire de Paris, un Congrès international décida, en igoo, d'utiliser les lunettes employées à la confection de la Carte du Ciel à la recherche de la distance du Soleil à la Terre.
Cette distance, qui est l'unité fondamentale des mesures célestes, était connue avec une incertitude assez grande avant le XX" siècle.
La découverte, en avril 1898, de la petite planète Eros, qui gravite entre Mars et la Terre et s'approche de nous à une distance plus faible que tous les astéroïdes connus, pouvait servir à fixer la grande unité astronomique.
Mais, pour cela, il fallait des mesures extrêmement précises de sa position, et le temps faisait défaut.
C'était donc le cas ou jamais de faire servir à cette déierminaiion la plaque photographique. Quarante-sept observatoires se déclarèrent prêts pour la campagne
LA GÉOGRAPHIE DU CIEL
astronomique entreprise par M. Loewy.
En quelques années, on put réunir plus de loooo observations photographiques d'étoiles, et on se mit à l'œuvre pour la réduction des clichés.
L'entreprise était colossale, mais les résultats dépassèrent encore l'espoir des astronomes.
Les mesures ont atteint aujourd'hui une précision de l'ordre du millième de seconde d'angle, ce qui revient à dire qu'on peut à l'aide de cette méthode mesurer l'épaisseur d'un cheveu vu à 2400 mètres! C'est presque incroyable.
En admettant même que le chiffre seul des centièmes de seconde soit exact, nous avons la distance du Soleil à un millième près, et, en mesurant cette immense longueur, les astronomes ne commettent pas une erreur plus grande que ne le ferait
un arpenteur appréciant à un mètre près la distance de i 660 mètres.
Les dernières évaluations ont donné 149495000 kilomètres, mais les mesures seront reprises en 1931, prochain passage d'Eros, et la distance du Soleil à k Terre sera plus précise encore; nous ne ferons pas un écart de un décimètre sut I 660 mètres!
C'est grâce à ces données que nou^ pouvons maintenant aborder un problème autrement difficile, la distance du système solaire aux étoiles.
Sa solution va nous renseigner définitivement sur notre infinie petitesse, sur la grandeur de l'Univers que nous habitons, et peut-être aussi sur la place que la Terre occupe dans l'immensité des cieux où elle est semblable à un minuscule grain desabte perdu au milieu du grand désert africain.
Lunette méridienne pour le repérage des étoiles.