‹ Oubliés et dédaignésChapitre 10 sur 26 · I . Lettre publiée par M . Du ChateUicr · texte numérisé non relu

I . Lettre publiée par M . Du ChateUicr

93 OUBLIE» ET DÉùAXGtfis.

saient que par sa réputation étaient agréablement surpris de rencontrer un homme d'excellentes manières et d'une conversation particulièrement bienveillante. Il fut conduit un jour chez la présidente d'Aligre, qui s'en faisait une idée horrible, et, sans lui apprendre son nom, il la captiva absolument pendant une heure ou deux par sa parole tour à tour enjouée, spirituelle et éloquente. Quand il lui dit qui il était, elle se fâcha presque; mais, revenant bientôt rt Fréron ou le diable, s'écria-t-elle, qui que vous soyez, vous êtes charmant ! »

Cochin a donné de Fréron plusieurs beaux portraits, tous en profil. La tête répond bien à ridée qu'on se fait de l'homme : elle est solidement construite et rejetée en arrière comme par un mouvement de défi; le front est plein de bosses, le nez aquilin, et carré à son extrémité. La bouche offre deux caractères : la lèvre supérieure est fine, très fine, tandis que la lèvre inférieure est épaisse, commune, avançante. Quant au menton, il appartient à la série dite des mentons de galoche, indice certain d'obstination; Fréron et Voltaire se ressemblent par le menton. Le cou est tout en chair et rebondit sur la cravate. En résumé, c'est un ensemble un peu dur, et j'ajouterais un peu pédantesque, si l'œil ne sauvait tout. Cet œil n'est ni grand ni vif, mais, dans l'arrangement avec le sourcil, j'y lis l'expression légèrement voilée d'une tristesse, quel-

que chose d'inquiet et que je comprends bien. Fréron est d'ailleurs coitfé avec soin, à trois rouleaux poudrés, la bourse s'étalant sur des épaules larges.

Au bas d'un de ses portraits, on lit le quaiiain >;it!v.uif :

Du mauvais goût censeur inexorable,

De l'ignorance il dcdoignc les cris ;

Sa plume oux écrivains l'a renJti rc>^loutable.

Et ton cœur cher à set amis.

Les amis de Fréron ? Oui, certes, il en avait. Un des plus dévoues était ce jeune et intéressant Gilbert, qui lui avait dédié sa belle Satire du Dix-huitième siècle et qui faisait cause commune avec lui contre les encyclopédistes. Les autres... il sufiira de dire que Fréron tenait table ouverte comme un fermier général, et que ses soupers étaient très vantés. Une pointe de licence les animait, au dire des chroniqueurs. « C'étaient une profusion, un désordre, un gaspillage incroyables ; il est vrai que rien n'était si gai que ces soupers. J'ai vu quelqu'un qui a été pendant longtemps un convive assidu de ces orgies, et qui avoue que c'est le temps le plus heureu.x de sa vie '. » Poinsinet y fut en butte à une de ces mystifications qui l'ont autant illustré que ses ouvrages.

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