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Gutamaro, nous l'avons vu, de son vivant, avoir un grand nombre d'imitateurs de sa manière, qu'ils se soient formés à son école ou ailleurs; après sa mort c'est un plus grand nombre encore, et parmi lesquels figure en première ligne le nouveau mari de la femme du défunt. Mais ce sont des bas imitateurs, des plagiaires, Outamaro n'a au fond qu'un élève qui l'ait continué avec des qualités personnelles. Cet élève est Shikimaro.
Certes, dans sonlivrequia pour titre : Zenseï Tagû-no-Kurabé, réunion de femmes en grand épanouissement de reauté, les femmes, toutes longues qu'elles sont, dans l'amplitude, l'engoncement, l'ondoiement des robes, dans la somptuosité écrasante des étoffes, clans la surcharge des dessins et des broderies, n'ont plus la distinction élancée des femmes d'Outamaro;
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elles prennent un peu trop de la massivité de Fépithète portentosa, donnée par les Latins à leurs matérielLes déesses, en même temps que leur grâce est plus tortillée, plus contorsionnée, disons-le, plus théâtrale.
Puis encore, ce n'est plus la discrète harmonie des colorations du maître. Il n'y a plus dans ces impressions, les transparences et les finesses des impressions d'Outamaro et de ses contemporains — c'en est fini enfin de ce je ne sais quoi, qui leur ôte l'apparence de papier peint, que vont avoir les impressions modernes.
Ah! les belles impressions de la fin du dixhuitième siècle et du tout premier commencement du dix-neuvième ! Ah ! les belles impressions d'Outamaro, qui ont pour les yeux de l'amateur de goût, le charme séducteur du tirage cl art (Y). Oui, ces impressions quiparaissent
(1) Ici une question. Est-ce que la beauté de ces impressions, on doit la mettre tout entière au compte du peintre, et n'en tenir aucun compte au graveur, ainsi que ça parait se passer au Japon, où le nom du graveur ne signant pas d'ordinaire, arrive bien rarement an public. Eh bien, je le croirais assez. Là-bas le graveur ne me paraît être absolument que l'ouvrier du peintre, et travailler toujours sous son inspiration, et même n'avoir du talent que sous son œil. Je verrais dans cette surveillance de l'imprimeur, des raisons de l'habitation de toute la vie d'Outamaro chez son éditeur, où se trouvait l'atelier delà gravure. Et en effet la preuve de ce que j'affirme, c'est quand le peintre est mort, ou que vivant, le graveur ne tire plus sous sa surveillance, le tirage ne se ressem-
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n'avoir rien perdu à la vulgarisation mécaniquement industrielle qui les popularise, et qui semblent être demeurées, dans leur interprétation par l'imprimeur, des dessins du maître, — des impressions qui ont gardé la clarté, la limpidité, l'aqueux de l'aquarelle !
Oh, quand vous les mettez à côté des impressions modernes, quel contraste entre leurs harmonieux verts, leurs harmonieux bleus, leurs harmonieux rouges, leurs harmonieux jaunes, leurs harmonieux violets, avec les verts qui font mal aux yeux, les bleus durs, les rouges noirs, les jaunes vilainement couleur d'ocre, les violets de cotonnade! Quel contraste entre leur transparence, et le ton mat, sans profondeur, de ces images dont les colorations râpeuses ont l'air faites avec des poudres de couleur à bon marché.
Qu'on regarde chez M. Gonse cette épreuve de la libellule dans les pavots, du livre des Insec-
ble plus. — Oui, au Japon, le tirage n'est pas le tirage indifféremment mécanique de notre tireur européen ; chaque tirage en ce travail non hâté de la commande pressée, est la tentative d'une réussite meilleure, l'effort vers l'obtention ne quelque chose non obtenu jusqu'alors, la satisfaction que se donne l'ouvrier, de faire sortir de dessous le bois, une image autre que la précédente ; une image plus parfaite, une image, pour ainsi dire nouvelle.
tes choisis, — non l'épreuve du livre qui est déjà très belle dans les éditions anciennes, — mais une épreuve du tout premier tirage, une épreuve d'essai peut-être, ce n'est pas de l'impression, c'est un dessin avec toute la finesse, la légèreté, le côté mahi d'homme d'un vrai dessin, d'une chose non reproduite à plusieurs exemplaires. Qu'àcôté, on regardecetteplanchereprésentant deux femmes et une petite fille , à l'entrée d'un pont, ce n'est pas encore vraiment une impression, c'est une aquarelle, une aquarelle, où Je relief délicat de la broderie rehaussée d'un peu d'or fait si bien, car du gaufrage, de ce décor cheznous de confiseurs, ils en ont fait un accessoire d'art dans leurs impressions; et qu'on regarde, chez M. Gillot, toutes ces surprenantes épreuves, où il y a un si doux évanouissement de la couleur, une diffusion si tendre des tons, qu'ils vous apparaissent, ainsi que les colorations d'une aquarelle baignant un moment dans l'eau, ou plutôt, ainsi que les colorations moelleusement lumineuses des miniatures d'enfants, jetées à l'état d'esquisse par Fragonard, sur le gras d'une feuille d'ivoire.
Mais dans ce nombre énorme, invraisemblable d'impressions admirables, parlons un moment de ces séries au fond d'argent, avec les
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miroirs, devant lesquels les femmes font leur toilette, ces miroirs au cadre, et au petit chevalet, laqués en vraie laque. Parlons de ces impressions,auxmilledétails d'une exécutionprécieuse, au rendu par mille petits traits, de la naissance fourmillante des cheveux, sur les tempes et sur le front, — des cheveux qui ne sont dans les impressions modernes qu'une masse confuse, boueuse (1), de ces impressions, ou dans l'argentement du fond, mettant sur ces images comme un blanc reflet lunaire, les femmes, en leur discrète coloration, ont des chairs rose-thé, et apparaissent dans des robes bleu turquin, rose groseille, jaune d'or vert, enfin habillées de couleurs d'une tendresse, que je n'ai rencontrées sur aucune estampe coloriée d'aucun pays.
Du reste, les fonds, ça été toujours une grande préoccupation chez Outamaro. Il n'a jamais consenti à donner à ses femmes, comme fond, la blancheur crue du papier, les enlevant tantôt sur une teinte jaune paille ou orange, dont il brisait l'uniformité par de petits nuages d'une poussière micacée, à la fois noire et brillantée, tantôt sur une teinte grise ayant quelque chose
(1) C'est surtout à la finesse et à la netteté du travail de la gravure en bois dans les cheveux, que se reconnaissent, à première vue, les bonnes épreuves.
dans son travail du piétinement de la mer, sur une plage qu'elle a quittée. Plutôt de les laisser blancs, ses fonds, il les fera traverser de l'ondulation d'une vague violette ou tabac. Parfois, ainsi que dans la série dont nous venons de parler, ses fonds autour des figures montreront comme Fargentement baveux du passage d'un colimaçon, produit par de l'argent ou par du blanc d'argent fait avec de l'ablette. Parfois ses fonds auront une apparence de métal oxydé, en un rappel des fonds de son prédécesseur Shirakou : — fonds bizarres, étranges, surprenants, avec leurs coloriages audacieux sur le métal, des fonds sur lesquels, on dirait vraiment qu'en ces images de papier, le peintre a voulu la patine multicolore des bronzes japonais. Enfin le croirait-on, cette recherche de ce qui peut accidenter un fond, a été tellement grande, tellement poussée à l'ingéniosité, chez Outamaro, que dans une épreuve de choix.tlu «Bain chaud donné par une mère à son enfant » , le bas de la planche est artistiquement empoussiéré ducharbon pilé, avec lequel on chauffe un bain.
Dans cette étu de des belles impressions, la collection de M. Gillot nous offre les éléments de comparaison les plus instructifs, par la réunion de plusieurs états différents de la même compo-
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siiion. Voici par exemple pour le « Nettoyage du
MATIN D'UNE MAISON VERTE, A LA FIN DE l' ANNÉE, ))
trois états différents de coloration : un premier état, ou dans la linéature des contours les plus fins, c'est un assemblage de teintes délavées, et presque entièrement tenues dans des tons verdâtres, jaunâtres; un deuxième état, où se se perçoit comme l'introduction de soupçons de tons bleus et violets ; un troisième état dans ses couleurs naturelles, toujours harmonieuses, mais d'une polychromie moins distinguée.
Uue autre impression des plus curieuses est l'impression de « La princesse descendue de son chariot impérial, et se promenant dans la campagne » qui est une impression à l'état ordinaire où domine le violet, et qui dans ce premier état de coloration, semble une tentative essayée par l'imprimeur, pour donner la sensation d'une planche au tirage fait avec de l'or, et où tous les tons sont jaunes ou d'un bistre jaunâtre, au milieu desquels se détachent les beaux noirs des roues laquées du chariot impérial.
Des résultats au fond obtenus par des moyens techniques (1), par l'épaisseur de papiers moel-
(1) On sait que dans la pâte du papier fabriqué avec l'écorce de l'arbrisseau, nommé en japonais Kozo,
leux, ou la coloration n'est pas uniquement à la surface, mais a pénétré, a traversé le papier, en sorte que le gros de la coloration est bu et retenu dans l'intérieur, et qu'il n'apparaît d'elle que la transparence à travers la soie du papier japonais, à l'instar d'un ton sous un glaçage.
Mais ce n'est assez, il existe dans ces impressions, une décomposition de la couleur qui aide encore à l'illusion d'un lavage à l'aquarelle, aux tons rompus par le pinceau, une décomposition non seulement produite par l'air, par le jour, par le soleil, mais une décomposition voulue. C'est là, la conviction de l'nabile imprimeur en couleur, M. Gillot,une décomposition préparée à l'avance (1) par des substances mêlées aux couleurs, par des jus d'herbe, par des secrets du métier qu'on ignore, et qui font des roses si pâles, des verts si délicieusement jaunes de vieille mousse, des bleus si languissamment malades des mauves où il y a de la gorge de pigeon : une décomposition qui, dans les aplats, où joue la
Broussonetia papifer, est ajoutée une substance laiteuse, préparée avec de la fleur de riz, et une décoction gommeuse du Hydrangea paniculataet&e la racine de YHibiscus Menichot.
(1) Bracquemond me disait avoir fait des essais semblables sur des colorations de porcelaine.
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couleur, amène des veinages, des marbrures, des agatisations, comme il s'en rencontre dans les malachites, les turquoises, les pierres dures, et prépare ces dessous si extraordinaires, si adorablement nues, presque changeants, et n'ayant plus, si j'ose le dire, l'immobilité d'une teinte plate, sous le décor, sous la richesse de la broderie d'une robe.
Dans la recherche de l'harmonie générale l'imprimeur va encore plus loin : l'épreuve qu'il tire, il la tâche, oui, il y jette des salissures, ressemblant à l'empreinte, qu'aurait pu prendre la planche en couleur dans le frottement d'une planche en noir, encore humide; mais comme ces salissures ne sont répandues que sur les terrains, les boiseries, qu'elles ne touchent jamais aux visages, aux chairs des femmes, il est incontestable que ces salissures sont l'œuvre de l'imprimeur, sur l'indication du peintre.
Maintenant, qu'on le sache bien, les impressions, sorties de dessous ce tirage d'art, n'étaient pas, comme quelques-uns le disent, des impressions à l'usage du gros public, elles s'adressaient aux amateurs délicats, aux hommes de lettres, vivant autrefois au Japon dans l'intimité des artistes, aux femmes des daimios, et elles demeuraient de luxueuses images, jusqu'au
moment où elles sont devenues, dans les premières années de ce siècle, de la marchandise vulgaire, entre les mains d'éditeurs, désireux de faire de l'argent et s'adressant au goût de la basse classe, et sur du mauvais papier avec des bois mal coupés, remplaçant les colorations discrètes, amorties, harmonieuses des anciennes impressions, par des colorations criardes, canailles : colorations contre la brutalité desquelles, en 1830, le peintre Hiroshighé, lutta en vain pour ramener les colorations du dix-huitième siècle.