PRÉFACE III
sculpteur en bois, d'un sculpteur en ivoire, d'un bronzier (1), d'un brodeur, d'un potier, j'aurais indiqué le moyen et la méthode de raconter à l'Occident, en ses diverses et multiples manifestations, l'art du Japon, le seul pays de la terre, où l'art industriel touche presque toujours au grand Art.
Ce 26 mai (jour de ma naissance) J891.
Edmond de Goncourt.
(1) Le nom du bronzier Seimin a été oublié sur la couverture.
Le peintre japonais, ayant comme nom de famille Kitagawa ; comme nom d'intimité Yousouké ; comme noms d'élève d'atelier, d'abord Nobou-Yoshi, puis Mourasakiya (1) ; — c'est une habitude des artistes japonais d'abandonner leur nom de famille pour prendre un nom de fantaisie — enfin comme nom de peintre sorti de l'atelier, et travaillant d'après sa propre inspiration, le nom d'OuTAMARO, est né, d'après des recherches récentes, en 1754, à Kawagoyé,
(1) Mourasakiya signifie maison maure, qui est le nom d'atelier d'Outamaro. Il n'a pas signé ce nom sur les estampes, mais il l'a toujours conservé dans sa vie privée.
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dans la province de Mousashi, et non à Yédo ; comme le dit, le Oukiyo-yé Rouikô, ouvrage manuscrit de Kiôden, complété successivement par Samba, Moumeiô, Guekkin, Kiôzan, Tanéhiko, etc. — l'unique biographie des peintres japonais, de l'école Oukiyo, à partir deMoronobou, non encore imprimée, mais dont les collectionneurs japonais se communiquent les copies.
Oulamaro vint tout jeune à Yédo. Après quelques années d'une vie aux domiciles inconnus, on le trouve habitant chez Tsutaya Jûzabro, lecélèbre éditeurdeiivres illustrésdu temps, dont la marque représentant une feuille de vigne vierge surmontée du sommet du Fuzi-yama,se voit sur les plus parfaites impressions d'Outamaro, — et qui demeurait alors à la sortie de la grande porte du Yoshiwara.
Quand Tsutaya Jùzabro déménageait, et établissait sa boutique à Tôri-Abratchô, au centre de la ville, Oulamaro l'y suivait, et demeurait avec lui jusque vers l'année 1797, où mourait l'éditeur. Alors Outamaro logeait successivement rue Kiùyemon-tchô (1), rue Bakro-tchô,
(1) Ce changement de domicile, en 1797, a fait prendre cette date par les biographes de l'artiste, pour la date de sa mort.
puis se fixait, dans les années qui précédèrent sa mort, près le pont Benkei.
D'abord Outamaro étudia la peinture à l'école de Kano, puis devint élève de Torima Sekiyen, qui semble avoir eu une très petite influence sur son talent, d'après la vue de son Hiakki y a ghio, les Cent monstres de la nuit, et d'après l'album baptisé de son nom, où la femme est la femme de Koriusai, Shunshô, Harunobou, et n'est pas du tout la femme, que sera la femme d'Outamaro (1).
Les vrais inspirateurs de la manière, du style d'Outamaro, sont Shighemasa et Kiyonaga, Kiyonaga surtout, qui a doté le talent d'Outamaro, même devenu le fondateur personnel de l'école dont il est le chef et le maître^ d'un peu de l'allongement gracieux de l'ovale de ses figures de femmes, d'un peu de la souplesse molle de ses tailles, d'un peu de l'ondoiement volupieux des étoffes autour des corps.
Cette appropriation du dessin de Kiyonaga,
(1) Dans tout l'œuvre d'Outamaro, je ne trouve qu'une seule planche semblant descendre du faire chinois de Sekiv.en : c'est un paysage, imprimé en imitation d'en- . cre de Chine, faisant partie des six planches du recueil de poésies, ayant pour titre : La nature argentée. (La neige).
elle saute aux yeux, dans ces deux planches représentant une maison de thé, au bord de la mer, où une femme apporte sa robe de dessus, sa robe noire armoriée, à un seigneur japonais prenant une tasse de thé : une composition, qui, si elle n'était pas signée Outamaro, serait prise par tout collectionneur japonais, pour un Kiyonaga, une composition que M. Hayashi croit avoir été exécutée dans l'atelier de Kiyonaga, vers l'année 1770, mais bien certainement pas après 1775, et à une époque, où le peintre avait à peine ses vingt ans, s'il les avait.
Elle est également sensible cette appropriation dans la belle impression montrant celte grande femme, à la robe semée de fleurs de cerisier sur fond rouge, et à laquelle on apporte une poupée de lutteurs, et qui, toujours d'après le sentiment de M. Hayashi, aurait été publiée avant 1773.
Elle existe môme enfin cette appropriation, dans les six admirables planches des g uesha célébrant le Niwaka, le Carnaval du Yoshiwara, dont la première édition serait de 1775, et où les planches, tout en appartenant un peu plus à Outamaro, sont signées du style puissant, de la rablure un peu junonienne, si l'on peut dire, donnée à ses femmes par le maître, qui a pré-
".". moins vingt ans dans la vie. le peintre des Maisons Vertes, mais où encore Oulamaro emprunte à Kiyonaga des détails, comme celui ie ses jolis aeeroche-cœurs échevelés autour des tempes st les joues, apportant aux figures un si amoureux caractère.
La première connaissance que fit le public japonais du talent <f Outamaro. ce fut dar. lustration de romans populaires, dans l'illustraïe petit format, à la couverture jaune, au .irage en noir, au papier commun, à l'impression un peu à la diable, et qui s'appellent au Japon u ¥i es ; z~ lirant leur nom de la couleur de leurs couverture s — publications à bon marché, et d'une grande
: ivailla depuis le jour tts, en 1783, jusqu'en 1790.
Dr s petits livres à cinq sous, j'ai un exemplair- est 1 histoire du sapèque de Aoto. par Kioden Kitao Masayoshi. Aoto-gaancien juge bien connu, perdit un jour, dans une rivière, un sapèque, et eut l'idée d'engagei les hommes pour le retrouver, ce qui lui ..: fois plus, que la petite pièce de mon-
naie qu'il avait perdue. A la suite de quoi, il dit : « Ce qui est payé aux hommes n'est pas perdu, mais ce qu'on laisse dans la rivière, ne porte pas d'intérêt. » En ce petit livre, il y a déjà un rendu spirituel des attitudes et des mouvements de grâce de la femme, et dans une composition représentant une lutte d'hommes et de femmes, commence à se montrer, chez l'artiste, une certaine connaissance des formes anatomiques.
Le succès de ces petits livres imprimés en noir, amenait les éditeurs à lancer dans le public des1 séries d'un format plus grand, d'une, exécution plus soignée, et où, tous les ans, le talent d'Outamaro grandit. Ce sont : le bouquet
DE LA PAROLE, 1787 ; LES MOINEAUX DE YÉDO, 1788 | LES DIFFÉRENTES CLASSES DE LA POPULATION JAPO- NAISE, 1780; la danse de surugha, 1790, etc., etc.
En 1785, débutaient, comme ses aides dans l'illustration des livres' jaunes, Mitimaro et Yukimaro, deux élèves qu'avait formés Outamaro.
A ses débuts, Outamaro se singularisa par une originalité. C'était l'habitude des artistes de ce temps, de faire un peu leur popularité avec la popularité des acteurs qu'ils représentaient, et en ce pays, où les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes étaient et sont encore fanatiques des célébrités théâtrales, de mettre à profit, pour leur nom, la vogue d'un tel ou d'un tel. Outamaro se refusa à dessiner des comédiens, disant fièrement : « Je ne veux }Xts briller à la faveur des acteurs, je veux fonder une école qui ne doive rien qu'au talent du peintre ».
Et quand, dans la pièce de Ohan-Tchôyémon, l'acteur Jtikawa Yaozô avait un immense succès, et que son portrait dessiné par Toyokouni, obtenait un débit considérable, lui, Outamaro représentait la pièce, mais seulement
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figurée par d'élégantes femmes, jouant dans des compositions imaginaires , démontrant ainsi dans cette série d'images, que les dessinateurs de l'école vulgaire, qui avaient répété ce sujet, à la façon de Toyokouni, étaient une troupe surgissant de leurs ateliers, une troupe comparable à des fourmis sortant du bois pourri (1).
(1) En dépit de son hautain mépris pour les compositions de ses confrères, représentant des scènes de théâtre, je ne sais pas si Outamaro en a dessiné luimême plusieurs, mais je puis assurer qu'il en a dessiné une, que j'ai sous les yeux. C'est un long sourimono d'un format beaucoup plus grand qu'à l'ordinaire, ou est figuré un drame japonais, dans lequel sont réunis dixsept acteurs.
Après les Kibiôshi, les livres jaunes, à l'impression en noir, Outamaro aborde l'image en couleur, dans des gravures polychromes de grand format, dans les Nishiki-yé, (nishiki, brocart, soie aux dessins artistiques, et yé, peinture, dessin, image) : gravures polychromes, où, d'après ses biographes, Outamaro atteint « le sublime de la beauté et du luxe».
Ces merveilleuses impressions commencent par être des compositions formées de deux, de trois, de cinq, de six, de sept feuilles.
Dans les impressions composées de sept feuilles, qui ne sont pas nombreuses, citons :
Cortège de l'ambassadeur de Corée, reproduit dans un Niwaka (carnaval) par des gnesha (chanteuses et danseuses).
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Un interminable défilé de femmes à pied et à cheval, escortant une des leurs, dans une litière ressemblant à une châsse : toutes ces femmes coiffées d'étranges chapeaux verts pointus, et habillées d'harmonieuses robes, où le bleu, le vert, le mauve, le jaune, rappellent la décoration des porcelaines chinoises de la famille verte, — colorations qui ont eu une si grande influence sur l'aquarelle des maîtres japonais, antérieurs à Outamaro.
Dans la série des impressions composées de cinq feuilles, citons :
La fête des garçons.
Une femme penchée sur un album, près d'une autre femme, le pinceau à la main, s'apprêtant à peindre : toutes deux regardées par un enfant dans une pièce, où sur un chevalet tournant couronné d'un petit parasol, est fixé un kakémono représentant, en un rouge, couleur de. sang, le terrible Shôki, l'exterminateur des diables, une sorte de patron des garçons.
Et donnons ici, d'après M. Anderson, la légende de cet exterminateur des diables :
Ghung Kwei, le chasseur des diables, un des mythes favoris des Chinois, passait pour être
un protecteur surnaturel de l'Empereur Ming Hwang (713-762 de notre ère) contre les mauvais esprits qui hantaient son palais. Son histoire est ainsi racontée dans le E-honko-jidan : L'Empereur Genso fut pris une fois de la fièvre, et dans son délire, il voyait un petit démon en trainde voler laflûte de samaîtresseYokiki (Yang-Kiveï-fei) , au même moment un robuste esprit apparut, saisitle démon, etle mangea. L'Empereur lui ayant demandé son nom, il répondit : « Je suisShinshi Shôki, de la montagne de Shunan. Pendant le règne de l'Empereur Koso (Kao-tsu) de la période Butoku (618-627 de notre ère), je ne pus obtenir le rang, auquel j'aspirais dans les emplois supérieurs de l'Etat, et de honte je me tuai. Mais à mes funérailles, je fus élevé par ordre impérial, àunedignitéposthume, et maintenant je cherche à reconnaître la faveur qui m'a été octroyée. C'est pourquoi je veux exterminer tous les démons sur la terre » . Genso se réveilla, et trouva que sa maladie avait disparu. Il donna alors à Godoshi l'ordre de peindre l'exterminateur des diables, et d'en distribuer des copies dans tout l'Empire.
Le marché du jour de l'an.
Le Marché ayant lieu pendant les dix der-
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niers jours de l'année, et qui se tient devant la grande porte du temple d'Assa-Kousa. Une l'oule marchant au milieu de montagnes de baquets, de tamis, d'ustensiles de ménage, et que surmonte çà et là, porté sur une tête, un cadeau de Jour de l'An, particulier au Japon : une langouste sur un lit de fougère, un tortil de paille pour chasser les diables des maisons, etc. Au plus pressé de la foule, où deux fillettes pour ne pas se perdre, se tiennent reliées par un morceau d'étoffe serré entre leurs mains, un garçonnet élève en l'air, au bout de ses bras, une petite pagode, une pagode -joujou à vendre.
L'averse.
Une pluie torrentielle, noyant, sabrant le paysage.
Une jeune fille se bouchant les oreilles au bruit du tonnerre lointain. Un enfant en pleurs tendant ses petits bras à sa mère, pour qu'elle le prenne sur elle. Partout des parapluies qui s'ouvrent avec précipitation. Et dans la planche du milieu un couple amoureux, courant abrité sous le même parapluie, la femme dans le joli élancement de l'Atalante du jardin des Tuileries ; le couple rejoint et suivi
de tout près par un ami, emboîté dans la vitesse du trio.
Je ne connais pas d'image donnant une représentation, plus réelle, plus voyante, et pour ainsi dire, plus en l'air des jambes de gens se livrant aune course affolée.
Le grand nettoyage d'une maison verte a la fin de l'année.
Les servantes, en toilette du matin, se livrant au nettoyage à fond de la maison, qui a lieu vers les derniers jours de décembre, et dans le boulvari des meubles et des paravents renversés à terre, faisant fuir avec les balais, les plumeaux, l'eau du lessivage, de petites troupes de souris.
Dans mon premier travail, j'avais cru cette impression composée seulement de trois impressions, parce que c'est l'état où on la trouve d'ordinaire, mais elle en a cinq.
La quatrième planche représente une femme soulevant sous les bras, pour le mettre sur ses pieds, un jeune japonais tout ensommeillé, qu'il est l'heure de mettre à la porte, et dont la main lâche cherche à attacher son sabre à sa ceinture.
La cinquième planche représente le réveil
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d'un vieillard, si drolatique dans ses contorsions et son étirement ridicule, qu'une femme se sauve en riant.
Quant aux compositions de trois feuilles d'Outamaro, ces images tryptiques, particulièrement affectionnées par les artistes japonais, sont innombrables.
Citons-en quelques-unes dans les genres les plus différents :
Le premier jour de l'an.
Un intérieur, où se tire une loterie au moyen d'une devinette assez originale. Une femme présente un tordion emmêlé de ficelles, aux bouts dénoués, et le lot est gagné par celle qui choisit le brin de ficelle, auquel est attaché le lot. Dans le fond, une femme apporte un lot, pour remplacer le lot qu'on est en train de tirer.
Le mariage.
Le daimio et la femme noble sont assis en face l'un de l'autre. La mariée a devant elle les trois coupes, dans lesquelles elle doit boire trois fois : ce nombre trois ayant une signification, car multiplié il fait le nombre neuf, regardé là-bas
comme le nombre le plus productif dans la multiplication des espèces.
Et pendant que dans le fond une femme remporte les deux bouteilles de saké offertes aux kami, esprits, une femme, à côté de la mariée, a sur un plat un poisson sec, qu'on ne mange pas, mais qu'on sert superstitieusement comme portant bonheur aux mariés, une autre femme apporte de la soupe dans des bols de laque aux dessins d'or, une autre femme fait chauffer le saké dans une théière au long manche, appelée tchôshi (1).
(1) Voici la description du mariage, donnée par Hayashi, dans la livraison sur le Japon, publiée par Gillot.
Le cadeau des fiançailles se compose de deux robes de soie, blanche et rouge, de trois fûts de saké, de trois poissons ; mais dans la classe pauvre, ce cadeau se réduit à une robe de coton.
La dot n'existe pas, mais la mariée apporte de quoi monter son ménage, en vêtements, en meubles, en objets d'usage journalier, et dans un mariage riche, ces objets qu'on transporte constituent un véritable cortège.
La cérémonie du mariage consiste à remplir la formalité du Sakadzuki (coupes spéciales à saké). La salon principal est le lieu choisi. La fiancée prend d'abord la place de la maîtresse de la maison, le prétendu s'asseoit à la place de l'invité principal, en cas ordinaire. L'homme porte le costume officiel et la femme la robe blanche. Les parents et les amis y prennent place selon l'ordre indiqué.
La cérémonie est présidée par une dame d'hon-
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Danse d'une guesha dans un palais de daimio.
Dans un palais, à la succession de bâtiments à jour au milieu de jardins, montrant les personnages dans ces légères perspectives aériennes du pays, une danseuse en robe rouge, danse, un chapeau de fleurs sur la tête, un chapeau de fleurs au bout de chaque main, regardée admirativement par les femmes de premier plan, et tout au fond, tout au fond, par le daimio et ses intimes.
Dans la planche de droite, c'est une femme étendue à terre dans une pose de triste affaissement, et comme prête à s'évanouir, près d'une lettre tombée à côté d'elle.
Dans la planche de gauche, c'est le peintre littérateur Kioden Masayoshi, — oui, le peintre lui-même portant sur sa manche son nom — s' éventant avec un éventail, où est écrit : II est bon pour un poète, d'être un maladroit,
neur chez les seigneurs ou par un intermédiaire chez le peuple. On porte devant l'homme trois coupes à saké, placées sur un présentoir spécial. L'homme prend d'ahord la première coupe, et boit à trois reprises différentes. Ensuite il commence la seconde coupe qu'il offre à la femme. Elle y boit à. trois reprises, puis commence la dernière coupe, et l'offre à l'homme qui l'achève en trois fois. Ceci accompli, le mariage est conclu. Viennent ensuite le diner et la fête.
car si ses vers avaient le talent d'ébranler le ciel et la terre, il serait vraiment bien malheureux! C'est sur cet éventail, un Kioka, une petite poésie légère, une petite poésie ironique, moquant une poésie lyrique du septième siècle, affirmant, que le vrai poète a le pouvoir de faire trembler par ses vers le ciel et la terre.
A propos de cet éventail, à propos de l'éventail décoré soit de feuilles d'or, soit de peintures d'oiseaux et de fleurs, soit de kioka, — de l'éventail d'un usage si général chez tous les japonais de tout sexe, et à toutes les heures de la vie, disons que les meilleurs, les plus artistiques, se fabriquent à Kioto, et racontons la curieuse origine de l'éventail.
Sous le règne de l'Empereur, Tenji, vers l'année 670, un habitant de Tomba, voyant des chauves-souris ployer et déployer leurs ailes, eut l'idée de faire des éventails à feuilles, qui. par suite portèrent à cette époque, le nom de Kuwahori, ce qui signifie chauve-souris.
Il est deux espèces d'éventails au Japon, l'une dite Sensu, qui se plie, et l'autre de forme ronde qui ne se plie pas, et qu'on fabrique avec le bambou ou le chamœ cyparis obtusa.
Il est une troisième espèce d'éventail fort riche, et qui sert aux danseurs, soit pour battre la me-
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sure ou développer des gestes gracieux, qu'on appelle uchiwa, et qui est quelquefois en soie.
Pendant la période de Kuwambun, un prêtre nommé Gensei, célèbre par son goût artistique, et par ses poésies, se mit à fabriquer lui-même à Fukakusa, des éventails d'une perfection admirable, éventails qui acquirent une grande réputation, et qui étaient connus sous le nom de Fukakusa uchiwa'.
Cette composition de la danse d'une guesha dans un palais de daimio, où Outamaro met en scène son confrère Kioden Masayoshi, a tout l'air d'avoir été tirée en couleur, d'après un dessin d'une scène de la vie réelle au Japon, ce qui est assez rare dans l'œuvre du maître.
Un prince japonais, tenant à la main un panier de coquillages, au milieu de porteuses de sel.
C'est la mise en scène d'une histoire ou d'une légende d'un prince, relégué en exil dans une île (1), où il était devenu l'amant de deux sœurs
(1) Sans doute l'île de Fatsisio, île pénitentiaire, ou étaient déportés les princes et les courtisans en disgrâce, et employés à fabriquer et à orner, d'après le dire de M. Fraissinet, les admirables robes du musée de la Haye.
porteuses de sel, qu'il eut toutes les peines à abandonner, quand il fut rappelé et rétabli dans ses honneurs.
Le combat entre ses amours et ce qu'il devait à son rang, a donné lieu aux scènes les plus touchantes, dans un roman intitulé Matzugdzé-Mourasàmé : les noms des deux pêcheuses. Et l'anecdote amoureuse et sentimentale a fourni également nombre de pièces de théâtre.
Une harmonieuse planche est la composition représentant des femmes, la nuit, s'amusant à attraper, des lucioles.
Elles sont là, six jeunes femmes, dans leurs robes doucement voyantes, au milieu du clairobscur des pâles ténèbres d'une nuit tiède d'août, elles sont là qui font tomber, avec des écrans, les lucioles lumineuses des branches d'arbres, en mettant dans cette chasse une grâce ingénument maladroite. Et l'on voit une fillette s'aventurer, les jambes nues, en un ruisselet, pour s'emparer des vers luisants, brillant dans les roseaux, pendant qu'un petit garçon et une petite fille portent les boîtes qui leur servent de prison, en regardant curieusement dedans.
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La culture des gravures a yédo, la production CÉLÈBRE DE CETTE VILLE.
Une première planche montre l'intérieur d'une boutique, aux- murs couverts de kakémonos, au plafond tout rempli d'images en couleur suspendues à des ficelles, pendant qu'un marchand forain vient acheter des impressions, que lui montre une femme. La seconde planche, de la plus grande rareté, et que possède seul à Paris M. Gonse, nous introduit dans l'atelier, où une femme entaille le bois avec un ciseau qu'elle frappe à coups de maillet, où une autre femme appuyée à une table s'apprête à tracer les filets d'une planche, tandis qu'une troisième femme, accroupie dans un coin, aiguise ses outils sur une pierre à repasser.
Dans la troisième planche, on voit dans la pièce du fond, en ces compositions allégoriques qu'aiment les Japonais, on voit Outamaro, sous la figure d'une femme, soumettre à une autre femme, qui serait la personnification de l'éditeur, un dessin à graver.