‹ Ouvrages de Méry Une nuit du midiChapitre 11 sur 29 · OUS · texte numérisé non relu

OUS

(Elles rentrent.)

M. DUMEURIER.

Monsieur Cobard, écoutez bien ce que je vous dis.

M. COBARD.

J’écoute.

M» DUMEURIER.

Vous allez faire une sottise; mais je m’en lave les mains, comme Pilate.

M. COBARD.

Monsieur Dumeurier, je vous parie...

Oh ! vous pariez toujours, mais vous ne mettez jamais sur jeu, vous.

M. COBARD.

Eh bien, je mettrai.

M. DUMEURIER.

Alors, ce sera la première fois;

M. COBARD.

Je vous parie ce que vous voudrez qu’il ne nous arrive rien, el que le drapeau blanc est à Marseille. Comment! avec tout ce qu’on nous a dit...

' M. DUMEURIER.

Eh! qu’est-ce qu’on nous a dit?

M. COBARD.

Ah ! c’est trop fort!.. Moi, M. Godeau...

M. DUMEURIER.

Trrrrrrr! M. Godeau, M. Godeau... Vous n’avez pas vu la Révolution, vous.

Ah! vous allez recommencer... 11 n’y a que vous qui ayez vu la Révolution!...

M. DUMEURIER.

Je ne dis pas qu’il n’y ait que moi ; mais vous ne l’avez pas vue, vous, avec votre conte de la garde départementale et de Cartaux...

M. COBARD.

Monsieur Dumeurier, monsieur Dumeurier, vous Êtes chez vous...

M. DUMEURIER.

Oh ! vous ne vous gênez guère parce que vous Êtes

chez moi.

UME NUIT DU MIDI

M. COBAItD.

Je vous parie...

M. DUMEURIER.

Ah ! nous y sommes encore.

M. COBARD.

Je vous prouverai quand vous voudrez que j'étais dans la garde départementale.

M. DUMEURIER.

Lieutenant?

M. COBARD.

Oui, sous-lieutenant.

M. -DUMEURIER.

Ah I voyons, qui est-ce qui commandait la garde départementale?

M. -COBARD, avec assurance.

Le commandant delà garde départementale.

. M. DUMEURIER.

Oui, oui; mais quel était ce commandant?

M. COBARD.

C’était ce grand... qui est mort... qui était dans le commerce du Levant... Pauvre homme! il me semble que je le vois. Que son tune ait bonne gloire et bon repos* !

’ Proverbe du pays.

M. DUMEURIER.

Oui, mais son nom?... Allons, vous êtes un parleur; eh bien, c’élait moi qui la commandais.

M. COBARD.

Vous?

M. DUMEURIER.

-Moi, et je ne m’en vante pas, parce que, depuis Sepiêmes jusqu'ici, nous avons battu en retraite devant quinze cents Allobroges qui n’étaient pas plus hauts que trois mottes.

' M. COBARD.

Comment! c’est vous qui nous commandiez?...

M. DUMEURIER.

Oui, c’est moi qui commandais la garde départementale... abl

M. COBARD.

Voilà deux ans que je vous connais, vous ne m’en avez jamais parlé!...

M. DUMEURIER.

Comment voulez-vous que je vous croie après, quand vous me dites que vous avez vu vos lettres de Paris, que Louis XVII doit débarquer, qu’il y a le drapeau blanc à la ville, et un tas de fariboles que vous inventez en chemin, quand vous venez manger

la soupe chez moi? A présent, je ne dis pas qu’une bonne nouvelle soit impossible; mais j’aimerai toujours mieux la tenir d’un autre que de vous... surtout depuis que vous êtes engagé dans la garde départementale.

(Il rit aux éclats.)

M. COBARD.

Allons, allons, finissonscelte plaisanterie, monsieur Dumeurier.

M. DUMEURIER.

Comme vous voudrez. Mais vous n’avez pas vu la Révolution.

M. COBARD.

A la bonne heure ! <a part.) Être mortifié par un gros benêt comme çâ. Ah! quand il ne sera plus chez lui !...

MADAME DUMEURIER et MADEMOISELLE AUZET, arrivant ; toilette royaliste : robes blanches, lis de jardin au bonnet.

Nous voici ! nous voici !

M. COBARD.

Charmantes! charmantes!

MADAME DUMEURIER.

Voilà comme nous étions habillées quand nous

fûmes voir dîner le comte d’Artois! Vive le comte d’Artois! J’ai entendu rire mon mari, tantôt; il est de bonne humeur à présent.

M. COBARD.

Oui, nous riions ici comme des fous; M. Dumeurier est si farceur !

MADAME DUMEURIER.

Oh! vous ôtes deux bons compères ensemble.

M. COBARD.

Il me faisait des contes du Martigues.

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