‹ Ouvrages de Méry Une nuit du midiChapitre 21 sur 29 · UNE VOIX DU FOND · texte numérisé non relu

UNE VOIX DU FOND

Ah ça! Brune est décampé depuis ce matin; allez lui courir après. Nous étions à Castellane quand sa voiture a passé ; nous l’avons criblée de balles, mais il n’y avait personne dedans.

LE SERGENT

Il est fin, le camarade Brune ! Ah! si celui-là n’est pas poltron! Bonaparte le connaissait bien. Un jour, il lui dit : « Brune, tu es un lâche, et... »

ANGLES, sc levant.

Eh! mon bon ami, où avez-vous lu ce conte?

LE SERGENT

Moi, je ne l’ai pas lu, je ne sais pas lire; mais tout le monde l’a lu dans la Vie de Brunei Demandez-le à M. Duteuil quand il viendra.

ANGLES, se rasseyant.

Ça fait pitié.

ANTOINE

Ah! laissez-les dire, brave homme. Si vous allez vous disputer avec eux, ils vous feront devenir fou.

(Au sergent.) J’ai envie d’aller voir si Y étranger etM. Duteuil ne seraient pas là-bas au corps de garde ; on n’a pas besoin de moi ici.

LE SERGENT, d'un ton d'autorité.

Personne ne peut sortir... C’est ma consigne; j’em réponds sur ma tête.

ANTOINE

Ab bah ! c’est l 'étranger qui vousa donné cette consigne; c’est un farceur qui a voulu rire.

LE SERGENT

C’est un farceur qui me brûlerait la cervelle si je n’obéissais pas; je le connais...

(On entend des cris dans la rue, le sergent se replace !i la fenêtre.}

ANGLES

Ah ! mon Dieu! les voici... Antoine, ne me quittez pas, au nom de Dieu.

Soyez tranquille, brave homme... Mon Dieu! mon Dieu! ne vous allumez pas votre pauvre sang; je vous dis encore que vous ne risquez rien, non, rien ; comment voulez-vous que je vous le dise? en chantant?

ISO

ANGLES

Ne vous fâchez pas, oe vous fâchez pas, mon ami... Ce n’est pas la mort que je crains, croyez-le bien; à mon âge, deux jours de plus ou de moins, ça n’en vaut pas la peine... mais mourir assassiné !... Ah!... assassiné dans mon pays! Que lui ai-je donc fait, à ce misérable?

ANTOINE

Vous ne risquez rien.

(Entre un volontaire d'un air triomphant.)

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