‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 133 sur 391 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Qu'il sadie mes projets : une jeune pnucesse, Le fruit de mou hymeu, l'oijjet de ma leudrcsse, Si j'eu crois le destin, l'oracle paternel, Et les signes nombreux des volontés du ciel, Doit (et rien n'en saurolt cbani^er la loi sévère) Recevoir un époux d'une terre étrangère. Sans doute ils m'annonçoient le héros d'Ilion ; C'est lui qui jusqu'aux cieux doit porter notre nom : Oui, c'est lui; je le crois, j'en chéris l'espérance, El mon pressentiment m'en donne lassurance. »

Il dit, et fait choisir ses coursiers les plus beaux : L'orgueil de ses haras, trois cents jeiuies chevaux Ornoieut d'un double rang leur superbe demeure. A chacun des Troyens on amène sur l'heure Un coursier dont les vents n'égaloienl pas l'essor ; Sur leur large poilrail descend un collier d'or; L'or couvre leurs harnois, et leur fierté fai'ouche Obéit au frein d'or qui gourmande leur bouche. Pour leur monarque absent part un couple pareil De coursiers, nobles fils des coursiers du Soleil. Ils traîneront son char dans les champs de la guerre; La fille du Soleil les créa pour la terre : Elle-même soimiit , par un heureux larcin , Une mère mortelle à l'étalon divin; Et les fougueux enfants de ce noble adultère Soufflent encor le feu des chevaux de son père. Sur leurs fiers palefrois les Troyens satisfaits Partent, et vont porter des paroles de paix.

Dans ce moment, des dieux l'impitoyable reine Quiltoit sa chère Argos. L'œil perçant de sa haine. Des monts de la Sicile aux bords Laviuiens, Voit triomphante au port la flotte des Troyens; Elle les voit, heureux, vainqueurs, et pleins de joie, Ébaucher les remparts de la nouvelle Troie, Confier leurs destins à ces climats nouveaux,

Adveniat ; voltus ueve cxhorrescat amicos. Pars raibi pacis erit dextram teligisse tyranni. Vos contra rcgi mea nunc mandata referte. Est milii nata, vii-o genlis qiiam jungere nost^a^, Non patrie ex adylo sortes, non plurima cœlo 'TO Monstra sinunt : generos externis adfore ab ori«, Hoc Latio restare canunt, qui sanguine nostrum Noinen in astra ferant. Hune illum poscerc fata Et reor, et, si quid veri mens augurât, opto. » Haie effatus, equos numéro pater eligit orani. Stalianl ter centum nitidi in pracsepibus altis : Omnibus extemplo Teucris jubct ordine duci Instralos ostro alipedcs pictisque tapetis. Aurca pectoribus demissa moniiia pendent : Tccti auro , fulvum manduut sub denlibns auruni. '^° Absent! yKneae currum gcminosque jugalcs, Seraine ab œtberio, spirantes naribus ignem, Illorura de gcnte, patri quos Dscdala Circe Supposita de matre nothos l'urata creavit. Talibus JEacddx donis diclisque Latiui Sublimes in equis redeuut, pacemquc reportant.

Ecce autcm Inachiis scse referebat ab Argis SïEva Jovis conjux, aurascpie invecta tenebat; Et Ixtum ^nean classcmqiic ex »thcrc longo Dardaniam Siculo prospcxit ab usque Pacbjno.

S'emparer de la terre et triompher des eaux. Troublée à cet aspect, la déesse s'arrête. Les yeux élincelanls, et secouant la Icle :

« O race que je hais , infâmes Phrygiens ! Leurs destins osent donc lutter contre les miens! Je les ai faits captifs, et ce vil peuple est libre! J'armai contre eux les mers, les voilà dans le Tilire! Quoi! ni leurs murs croulants n'ont pu les écraser. Ni leurs remparts en feu n'ont pu les embraser ! Ma colère, sans doute, a manqué de constance : Lasse, enfin, j'ai laissé reposer ma vengeance!... Que dis-je! j'ai traîné leurs débris sur les mers. Contre eux j'ai fatigué l'eau, la terre, et les airs : Que m'ont servi la terre, et les eaux, et les ondes, Et l'horrible Chary bde, et ses roches profondes? Les voilà dans le port, sans péril, sans effroi. Fondant leurs murs nouveaux , bravant la terre et moi. Où donc est mon pouvoir .•' Quoi ! le dieu de la Thrace Aura pu du Lapiihe exterminer la race I Diane à ses fureurs immoler Calydon!

Eh! quel crime à ces dieux défendoit le pardon? Jupiter permit tout; et moi, moi son épouse. Moi la reine des dieux , dont la fureur jalouse A pris, imagine, lassé tous les moyens. Malheureuse, il m'immole à ce roi des Troyens! Eh bien! si j'ai perdu ma suprême puissance. Il n'est rien qu'aujourd'hui n'invoque ma vengeance; Cherchons-nous des appuis dans un autre univers : J'ai contre moi les cieux, j'armerai les enfers. Je ne puis leur ravir le sceptre d'Ausonie, Mais je puis arrêter l'hymen de Lavinie, Mais je puis différer celte grande union , Mais je puis séparer Laurcnte d'Ilion.

Que tous deux de leui's rois paieront cher l'alliance ! Qu'un double châtiment venge une double offense !

^O" Moliri jam tecta videt, jam fidere terrse; Dcseruisse rates : stetit acri fixa dolore. Tum quassans caput, ha?c cfiundit peclore dicta : « Heu stirpcm invisam ! et fatis contraria nostris Fata Pbrygum! num Sigeis occumbere campis, Num capti potuere capi ? num incensa creniavit Troja viros? médias acics mediosque per ignés lovenere viam. At, credo, mea numina tandem Fessa jaccnt, odiis aut exsaturata quievi!... Quin etiam patria excussos infesta per undas

300 Ausa sequi, et profugis toto me ojiponerc ponto : Absuinptae in Tcucros vires cœlique marisque. Quid Syrtes, aut Scylla mihi, quid vasta Charybdis Proiiiit? oplato eonduntur Tbybridis alveo, Securi pelagi, atque mci. Mars perdere gentem inmanem Lapithum valait; concessit in iras Ipse dcum antiquam geuitor Calydona Dianae : Quod scelus aut Lapitbas tantura, aut Calydona merentem? Ast ego, magna Jovis conjux, nil linquere inausura Quae potui infelix, quae raemet in omnia verti, 3'° Vincor ab jEneal Quod si mea numina non sutit

Magna satis, dubitem baud C((uidem implorare quod usquan Flectere si nequco suporos, Aciieronta raovcbo. [est.

Non dabitur rcgnis (cslo) prohibcre Latinis, Atque inmota roauet l'atis Lavioia conjux :

LENEIDE.

Oui, des loirenls de sang, fille d'un foil)le roi,

Voilà l'alTreuse dol (|ue j'appirle pour loi.

A Ion saiii;lanl liymcn que l'.clloue préside!

Hécube n'a pas seule, en sa couche lioniicide,

Entante le flan)l)fau de la division ,

Vénus a son Paris pour une autre liion;

Huée emijrasera la nouvelle Perçame,

El ma haine deux fois aura vu Troie en flamme. »

Sur la terre, à ces mots, la déesse descend; Elle ordonne. Aleclon sort à son cii puissant, Aleclon qui se plail au meurtre, aux incendies, Au\ noires trahisons, aux basses perfidies : Pluton même, son père, et ses barbares sœurs Ont en liorreur ce monsire et ses lâches noirceuis. Tant ses li'aits sont liideux, lanl son ame esi cruelle, Tant ses aH'reux scrpenis fourmillent autour d'elle! " Viens, fille de la Nuit, dit Junon; viens, sers-moi; Sers ma jusie vengeance, elle a besoin de loi. La haine à Ion aspccl s'empare des familles; Devant loi plus d'époux, ni de sœurs, ni de filles; Tu liens ies fouels vengeurs, les funèbres flambeaux; Tu détruis les palais, lu creuses les tombeaux : Va, cours, romps cet hymen où leur espoir se fonde; Fouille dans les trésors de ta rage féconde; E!puise tout ton art, déchaîne tout l'enfer; Toi-même foi'gc, aiguise, ensanglante le fer; Arme lout, confonds lout : e'esl Junon (pii l'ordonne. >

Empreinte des poisons de l'hoMible Gorgone, Aleclon prend l'essor, vole au palais des rois. Pénètre jusqu'aux lieux où, pleui'anl à-la-fois El l'affront de Tin nus, el le Irisie hjménée Qui remetlra bienlôl sa fille aux bras d'Huée, Nourrissant eu seerel dans son cœur dédiiré

Al Iraherc, atqiic moras lanlis licct addcre retins; Al licct ainboriiiii [io|ml()S cxsciiidcio icgiiiii. Ilac j»cncr alqiie soccr coeaiil nicicode siioiinn. Saiijriiiiio Tidjaiio et Hiitiilo dolabcrc, virgii; El Ik'llona nianet le proiiuba. \ec face laulum

3'o Ciiseis [ir.Tgiians ignet eni\a jugalcs;

Ouin idem Vcncri (larliis smis, el l'aris aller, Fiincstxqiic ileriiin récidiva in Pergaina ta'da;. » Ihrc 111)! liicla dec'it, terras horrcnd.i pelivit. Li'clificaiii Allcelo dirariiin ah sedc dearnin Infernisqiic eiel tenchris; ciii Iristia liclia, Ira'q'ie, insidi:e(iiie . el eriiiiina rioxia cordi. Odil el ipse paler Pliiloii, oderc snrores Tarlarea; munslriiin : loi scsc verlil in ora, Tarn sa;va; faciès, lot [iiilinlat alra colnl>ris.

33o Qiiaii) Jnno liis acuit verbis, ac lalia fatur:

<■ Hnne niilii d:i projirinni, virgo sala Nocle, laborcm, liane o[icrain; ne noslcr lionos infraclave ccdal Faina loeo; ncu eoiinnbiis ainbirc Lnliniim .Kneadic possint, Itainsvc obsidcre fines. Tii polci nnaninios arniarc in [irrelia fral''es, AUine odiis vrrsarc doinos;tu vcrl)ora Icclis riiiR'reas(|ne inlerrc faces; libi nonjina niille. Mille noceudi arles : fccnndinn coneiUe perles, Disjiec coni|insItam |.'aecni, scrc eriniina belli :

'•<>' Arma velit, poseaUinc siiunl, ra|>ial(inc juvenlns. » Exiii Gorgnneis Allecio infecta venenis Principio l.alinni el I.anrenlis lecla lyraoui

Les cuisantes douleurs de l'orgueil ulcéré, Dans ses dépils amers Amale solitaire Et sindignoit en reine, el gémissoil en mère, Aleclon d'un serpent arme aussitôt sa main. Le lance sur Amate, el le plonge eu son sein. Entre elle el ses liabils, d'une course légère. Ce monsire va, revient, la parcourt tout enlière, 'J'anlol de ses nœuds d'or lui compose un collier; Tanlol, dans ses cheveux habile à se plier, En longue bandelette autour d'eux se renoue, El sur elle, en glissant, se promène el se joue. Tant que le noir poison, dans ses accès naissants. Sons violence encor pénètre tous ses sens, El que le feu caché (pii déjà la dévore Dans lonle sa fureur n'éclate pas encore. Mère tendre el sensible, avec un Ion plus doux Sa gémissanle voix implore son époux :

« Hélas! esl-il donc vrai .•" vous doiuiez l.avinie Au misérable chef d'une race bannie ?

De grace , ajcz pitié de vous , de mes douleurs , D'une fille chérie, et d'une mère en pleurs. Qu'un ravisseur barbare, el prél à disparoilre. Au premier a(|uilon va délaisser penl-éire. Eli ! n'esl-ce pas ainsi ipi'iin berger phrygien Par un rapt odieux fléiril le nom Iroyen? Où donc sont vos scrmciils et vos saintes promesses A Tiirnus lanl de fois comblé de vos tendresses, Tiirnus, (priinit à vous le sang de mes aïeux? Si l'oracle de Faune el les ordres des dieux Demandent un époux d'une race élrangère, Ne pcul-on expliquer cette loi si sévère .►" Tout pays (pii n'est pas gouverné par vos lois, Dans le sens de l'oiacle, est élranger, je ciois;

Celsa petit, lacitnmqnc obscdil liinen Aniat.x : Qnain snpcr advcnln Tcncrnin, Turni([Me bvmena^Is, Feininc.T ardenlem eurxqnc ir.xqne coqiicbant. Unie dea cacruleis nnum de crinibus angncin Conjicil, inqnc sinnin pr.xcordia ad uilinia snbdit. Quo fnribunda dnmum monslro periuisceal oinncin. 111e, inler vestes el levia peelora lapsus,

3bo Volvilur adladn nullo, faliilqne furenlem, Vii)ercani iiispiraus aniniani : /il lorlilc collo Anrnni iugcns coluber; (il Iniig.i; la-nia vill;c, hincetilque comas, et inenibris lubiicus cr.'at. Ac dnm prima lues ndo sublapsa vcneno Pcrlculal sensuj, alque ossiiins inplieat ignem, ^eednm aiilmns lo'.o [lercepit peclore flannnam; \?ollins, cl sf.lilo nialruni de more, loeula est, Mulla super iiala larrymaus fMirygiisqnc bymena^is : « Exsniibusue daliir duccuda Lavinia Tencris,

3fio O gcnilor, née le iniscrcl nal.-cqre Inique?

Nec matris misercl.. qnani primo aquilonc relinqnct Pcrfidus, alla peicns abdnela virginc, prado? Al non sic l'brvgius pénétrai Laccdacmona pastor, l.efbcaniquc Ilelenain Trojanas vexil ad urbes? Quid liia sancla fidcs? Quid cura anTnpia Inornin, l'i eonsangninco loties data de\tcra Turno? Si gêner externa pclilur de genlc Latinis, Idqnc sedel, Fanniquc prenunit lejnssa paientis; Oinnein eqnideir» sccplris lerram qua; libera nostr.3

■""o Diisidel, cxlernam reor, el sic diecre divos.

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