LIVRE IX
Phalaris mord la poudre , el Gygès chancelant A peine à se traîner sur un genou sanglant : Il désarme, il poursuit la foule qui l'évite, Et de leurs propres trails les atteint dans leur fuite; Junon sert sa fureur. Hal} s n'échappe pas ; Phégée et son pavois sont percés par son bras. D'autres Troyens, rangés le long de leurs murailles, Occupés des assauls, ignoroient ces batailles. Alcandre, Nocmon, Halius, Prylanis, A leurs compagnons morts sont bientôt réunis. Intrépide au milieu de l'immense carnage, Lyncee ose à Turnus opposer son courage, El de ses compagnons appelle le secours Du sommet des remparts et du pied de leurs tours : Le glaive étiucelanl, plus prompt que la tempête, Bien loin, avec son casque, a fait voler sa tête. Plus loin tombe Amy eus , la terreur des forêts , Savant dans l'art cruel d'empoisonner ses traits; Clytius, fils d'Éole, et l'aimable Créihée, Dont la lyre, toujours par les muses montée, Charmoit l'ennui des camps; Créihée, ami des vers. Dont le luth, dont la voix , sur mille tons divers, Chantoit Mars , les combats , les guerriers intrépides , Et le char de la guerre et les coursiers rapides.
Enfin, au bruit lointain de ces mortels combats, Et Mncsthée et Séreste accourent à grands pas. Quel speclacle! Turnus au milieu de leur ville. Et les Troyens forcés dans leur dernier asile ! Mneslhée alors, bouillant de honte et de courroux : « Où fuyez-vous , Troyens ? guerriers , on courez-vous .•* Chassés de ces remparts , quel refuge vous reste .•' Et qui donc a produit ce désordre funeste ? Un homme, un homme seul , dans vos murs prisonnier, Turnus impunément , de sou bras meurtrier,
Ultimus ille dies bello gentique fuisset. 7''" Sed furor ardcntem csedisquc insana ciqiido Egit in adverses.
Principio Phalaiim et subciso poplite Gygen Excipit; liiiic raptas fugleotibus ingerit liastas In tei'giiin : Juiio vires animuniquc niinistrat. Addit Ilalytii coiuitem, et confixa Plicgea parma; Ignaros deinde, in mûris Maitcmque cicutis, Alcandrumque, Haiiumque, IS'ocnionaque, Prytanimque : Lyncea teudcntcra contra, sociosquc vocantem. Vibrant! gladio conoixus ab aggere dexter 7J0 Occupât; huic uno dejectum cnrarainus ictu Cum galea longe jacuit caput : inde ferarum Vastatorem Amycum, quo non felicior alter Ungere tela manu , ferrumque armarc veneno ; Et Clytium vEolidcn, et amicum Crethca musis; Crclbca musarum comilcm, cui carmina semper Et citharx coidi, numerosque iutcndere nervis; Semper equns , aique arma virum pugnasque canebat.
Tandem ductores, audita ca-de suorum, Conveniunt Tcucri, Mucstheus accrque Serestus ; '*° Palantisque vident socios, hostcmqne receptum.
Et Mnestheus : « Quo dcindc fugam ? quo tendltis ? inquit. Quos alios muros, qua: jam ultra mœnia habctis? Unus homo, et vestris, o cives, undique sseptus Aggeribus , tantas stragcs inpune per urbem Edidcrit? juvcnum j)rimos tot miscrit Orco?
Avec tant de héros égorgés sans défense.
Aura donc de l'état moissonné l'espérance 1
Quoi ! vos dieux , quoi ! vos rois , flétris par ces affronts ,
N'ont point touché vos cœurs, point fait rougir vos fronts I
Où sont donc ces Troyens jadis si magnanimes ? »
Ce discours enhardit les cœurs pusillanimes : Leur foule se rallie et revient sur ses pas. Le héros, qu'à-la-fois accablent tant de bras, Devant ses ennemis que l'espoir aiguillonne. Recule jusqu'aux lieux que le fleuve environne : Tous ils fondent sur lui, seul il combat contre eux, Ainsi, quand de chasseurs un escadron nombreux Entoure un fier lion, dans sa colère horrible, "Vaincu mais menaçant, effrayé mais terrible, Retenu par la honte , écarté par la peur, Il éprouve à-la-fois et répand la terreur : Tel l'orgueilleux Turnus , qu'un fier courroux dévore , En cédant aux Troyens les épouvante encore. Trois fois , cédant au nombre , il recule à pas lenls , Et trois fois il revient sur les Troyens tremblants.
Mais le camp tout entier contre lui se rassemble; Turiuis cède à la force , et Junon môme tremble : Elle craint, si Turnus, par elle encouragé, N'abandonne le camp par ses mains ravagé , D'irriter son époux, dont Iris elle-même Vient de lui déclarer la volonté suprême. Turnus ne songe plus lui-même à l'invoquer : Ne pouvant se défendre, et n'osant attaquer. De traits multipliés une horrible tempête Retentit sur son corps , siffle autour de sa tête; Son bouclier d'airain lui-même a succombé. Et de son front hautain son panache est tombé. Point de paix, point de trêve : acharné sur sa proie^ Le terrible Mnesthée à grands coups la foudroie.
Non infelicis patriae, veterumqne deorum.
Et magni jEneae scgnes miserctque pudetque? »
Talibus adcensi firraantur, et agminc dense CoiisistuDt. Turnus paulatim excedere pugna ,
790 Et fluvium petere, ac partem quae cingitur amni. Acrius hoc Teucrl clamore incumbere magno. Et glomerare manum : ceu ssvura turba leonem Quum telis premit infensis ; at terrilus ille, Asper, accrba tuens, rctro redit; et neque terga Ira dare aut virtus patitur; nec tendere contra, Ille quidem hoc cupiens, potis est per tela virosque. Haud aliter retro dubius vestigia Turnus Inproperata refert, et mens exsesluat ira. Quin etiam bis tum medios invaserat bostes;
800 Bis confusa fuga per muros agmina vertit.
Sed manus e castris propere coit omnis in unum. Nec contra vires audet Saturnia Juno Sufficere; aeriam cnelo nam Juppiter Irim Demisit germanae baud mollia jussa ferentem. Ni Turnus cedat Tcucrorum mœnibus altis. Ergo nec clypeo juvenis subsistere, tantum Nec dextra valet, injeclis sic undique telis Obruitur. Strcpit adsiduo cava tempora circum Tinnitu galea, et saxis solida aéra fstiscunt;
810 Discussa-que jubae capiti; nec sufficit umbo Ictibus : ingeminaut bastis et Trocs et ipse Fulmincus Mnestlicus. Tum toto corpore sudor
L'ÊNÊIDE.
Son bras languit; son fer trahit ses vains efforts; La sueur en longs flots coule de tout son corps, Sa bouche est haletante, et sa brûlante haleine De ses flancs palpilants ne sort plus qu'avec peine.
Aussitôt, tout armé, cédant, mais en héros, Dans le Tibre il s'élance; et le dieu dans ses flots. Purifiant son corps souillé d'un long carnage, Le porte mollement et le rend au rivage. Où ses braves guerriers l'accueillent dans leurs bras, Et sous leur noble chef revoient aux combats.