‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 185 sur 391 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

ImpaiienI dija do loiitcr los liasarcls, Énee a revêtu l'or de ses longs cuissards , Abrège les délais dont se plaint son audace, Saisit son bouclier, endosse sa cuirasse. Et sa lance à la main il prélude aux combats : Puis, tendant vers sou fils ses héroïques bras. Imprime un doux baiser sur sa bouche innocente, Le serre tendrement; et d'une voix touchante, « Apprends de moi , mon fils, la roule de l'houneur : D'autres te donneront l'exemple du bonheur. Peu jaloux d'un vain nom , d'une gloire frivole , A ton noble a\enir ton père entier s'immole; Seul tu remplis son cœur : ah ! puissent quelque jour Tes vertus lui payer le prix de tant d'amour ! Puisses-tu te montrer à la terre étonnée . Digne neveu d'Hector, et digne enfant d'Enée ! »

Il dit , et court remplir sou glorieux destin. Un javelot énorme étincelle eu sa main ; De ses braves guerriers la foule l'environne , El du bruit de leurs pas la terre au loin résonne ; lueurs flots lumidtueux laissent leuj-s camps déserts , De nuages épais tous leurs rangs sont couverts. Turnus le voit de loin; les Latins en alarmes Ont frémi d'épouvante à l'aspect de ses armes ; Julurne la première, étonnée à ce bruit, Reconnoît le héros, s'épouvante et s'enfuit. Affamé de vengeance, et plus prompt que la foudre, Enée avec les siens court dans des flols de poudre. Tel un affreux nuage, obscurcissant les airs. Accourt rapidement du vaste sein des mers; Du plus loin qu'il a vu sa noirceur menaçante , Le laboureur tremblant est glacé d'épouvante : Que de maux vont sortir de ses flancs ténébreux ! Les fleurs , les fruits mourront sur son passage affretu. Il approche; avec lui les tempêtes s'avancent. Et les vents en grondant volent et le devancent.

Major agit dcus, atque opera ad majora remittit. » 43" llle avidus pngnae suras incluscrat auro

Hinc at(|ue hiiic, odilquc raoras, hastamque coruscat. Postquam habilis lateii clypeus, loricaque tergo est, Ascaniiim fusis eircura conplectitur armis, Summaque per galeam dclibans oscula fatur : « Disce, puer, virtutein ex me, verumque laborcm; Fortunam ex aliis. Nunc te mea dextera belle Defensum dabit, et magna inter pra;mia ducet. Tu facito , mox quum matura adoleverit setas. Sis memor, et te, anime repetentem exempta tuorum, «1" Et pater .-Eneas, et avunculus excilet Hector! » Haec ubi dicta dédit, poi-lis sese extulit ingens, Telum inmane manu quatiens : simul agmine denso Antbeusque Mnestheusque ruunt ; oranisque relictis Turba fluit castris : turn caeco pulvere campus Miscetur, puisuquc pedum tremit excita tcUus. Vidit ab adverso venientis aggere Turjius, Videre Ausonii , gelidusque per ima cucurrit Ossa tremor. Prima ante omnis Juturna Latinos Audiit, adgnovitque sonum, et tremefacta relugit. <5° llle volât, campoque atrum rapit agmen aperto. Qualis, ubi ad terras abrupto sidère niiuhus It mare per medium : raiseris heu 1 pr;escia longe

Tel apparoîl Éuée; ainsi devant ses pas Ont volé la Terreur, le Trouble et le Trépas. Des bataillons iroyens la formidable élite Forme ses rangs, se presse, et s'élance à sa suite. Le fier Thymbrée envoie Osiris à Pluton, Gyas égorge Ufens , Achate immole Éplon ; Mnesthée , Archétius ; Tolumnius lui-même , Infractcur des traités, voit son heure suprême. Des cris frappent les cieux ; on voit de tout côté Le Rutule à son tour s'enfuir épouvanté : Ou de quelques guerriers; si la fière imprudence Ose d'Enée encore affronter la vaillance. Il passe avec dédain ; pour de plus grands combats , Pour un plus grand rival il réserve son bras. Parmi les flots poudreux, dans ce vaste carnage. C'est Turnus , Turnus seul que demande sa rage : Ses yeux, sa voix, ses traits respirent la fureur.

Julurne en a pâli : sa prudente frayeur, Pour guider de Turnus la course téméraire, Renverse Métiscus , écuyer de son frère ; Et tandis que poussant un cri mal entendu Le char le laisse au loin sur la terre étendu , La nymphe, poursuivant son adroit stratagème, Prend sa taille et ses traits; c'est Métiscus lui-même Et les coursiers , trompés par le son de sa voix , De leur vieux guide encor pensent suivre les lois. Jutiu-ne cependant conduit le char docile : El telle qu'en son vol une liirondelle agile , Qui, d'un maître opulent partageant le séjour. Suspendit à ses toits les fruits de son amour. Va , vient , revient , parcourt d'immenses galeries , Rase tantôt la rive, et tantôt les prairies, El, portant à son bec son modeste butin. De son nid babillard revient calmer la faim ; En cent lieux à-la-fois la nymphe ainsi voltige : Ainsi trompant les yeux par un heureox prestige,

Horrescunt corda agricolis; dabit iUe ruinas Arboribus: stragemque satis; ruet omnia late: Ante volant, sonitumque ferunt ad litora venti. Talis in adversos ductor Rhœteius hostis Agmen agit; densi euneis se quisque coactis Adgiomerant : ferit ense gravem Tbymbraeus Osirira , Archetium Mnestheus, Epulonem obtruncat Achates,

■iCo Cfentemque Gyas; cadit ipse Tolumnius augiir. Primus in adversos telum qui torserat hostis. ToUitur in eœlum clamor, versique vieissim Puiverulenta fuga Rutuli dant tcrga per agros. Ipse neque aversos dignatur slernere morti; Nec pede congresses aequo, nec tela ferentis Insequitur : solum densa in ealigine Turnum Vestigat lustrans, solum in certamina poscit. Hoc concussa mctu raentem Juturna virago Aurigam Turni media inter lora Metiscum

^1° Excutit, et longe lapsum temone relinquit.

Ipsa subit, manibusque undantis flectit habenos, Cuneta gercns, voccmque, et corpus, et arma Metisci. IS'igra velut magnas domini quum divitis sedis Pervolat, et pennis alla atria lustrât hirundo, Pabula parva Icgcns, nidisque loquacibus eseas; Et nunc poiticibus vacuis, nunc bumida circum

L'ENÉIDE

Aux ailes, dans le centre, errant de rang en rang, D'un cours toujours rapide et toujours différent , Monirant par-toul Turnus et traversant l'armée, Elle échappe au combat dont elle est alarmée; Et cberdiant qui l'évite , évitant qui la suit , Se montre et disparoîl , reparoît et s'enfuit.

Cependant le Troyen, que son adresse irrite, Sur les pas de Turnus redoiJ)le sa poursuite ; Et, des rangs sous sa trace entassant les débris. Il le cherche des yeux , il l'appelle à grands cris. Vains efforts ! chaque fois qu'il rencontre sa vue , Chaque fois, éludant sa poursuite imprévue, S'échappe comme un trait le char insidieux. Que faire ? que tenter ? mille contraires vœux Combattent à-la-fois dans son ame incertaine. Messape alors paroît sur cette horrible scène ; Il tient en main deux dards; l'un des deux est parti : Le héros menacé le voit fondre sur lui ; Son bras au trait qui vole oppose son égide, Et sa Icte baissée échappe au trait rapide ; Mais il atteint son casque, et de son front altier Détache et jette au loin son superbe cimier. Las de perdre Turnus à travers la poussière, Après avoir aux dieux adressé sa prière, Attesté les serments et la foi des traités , Ces traités solennels par lui seul respectés, Il part , vole , et , de morts joncliant ces tristes plaines , A son libre courroux lâche toutes les rênes.

Oh ! qui retracera tant de scènes d'horreur ? Que de chefs, de héros, moissonnés dans leur fleur. Ensanglantent la plaine, et deviennent la proie Ou du héros d'Ardée ou du héros de Ti'oie ! Quel démon l'un par l'autre égorgeoit tour-à-lDur Ceux qu'un jour doit unir un éternel amour .•' Terminez, justes dieux, cette lutte- sanglante !

Stagna sonat : similis mcdios Juttrrna per hostis Fertur equis, rapidoque volans obit omnia curru; Jamque hic germauum, janjque hic ostcntat ovantem;

480 i>jec conl'erre manum patitiir : volât avia longe. Haud minus jEneas tortos legit obviiis orbis , Vestigatque virum , et disjecta per agmina magna Voce vocat : quoties oculos conjecit in hostem , ' Alipedumque fugam cursu tentavit equorum : Avcrsos toties currus Juturna retorsit.

Heu, quid agat, vario nequidquara fluctuât a;stu ; Diversœque vocant auim^um in contraria curae. Huic Messapus , uti Iseva duo forte gerebat Lenta, levis cursu, pra'lixa hastilia fcrro,

W" Horura uniiin certo contorquens dirigit ictu. Substitit jEneas, el se conlcgit in arma, Poplite subsidens : apiccm tamen incita summum Hasta tulit, snmmasque cxcussit vertice cristas. Turn vero adsnrgunt irae , insidiisque subactus, DiTcrsos ubi sensit equos currumquc refcrri, Multa Jovem et laesi testatus fœderis aras. Jam tandem invadit medios, et Marte secundo Terribilis, saevam nullo discrimine caedcra Suscitât; irarumque omnis effundit habenas.

^00 Quis mihi nunc tot acerba deus, quis carmine cscdcs Divccsas, obitumquc ducum, quos scquore toto

Par-tout Tumus , Énée , apportent l'épouvante.

Un Rutule (Sucron est son nom malheureux)

Le premier du Troyen sent le bras valeureux ;

Sa mbrt aux Phrygiens a rendu le courage :

A l'endroit où des os le robuste assemblage

Recouvre sa poitrine, un homicide acier.

Abrégeant son trépas, s'est plongé tout entier.

Amycus renversé , Diorès qui s'élance ,

L'un d'un coup de poignard , l'autre d'un coup de lance,

Soul percés par Turnus; même après le trépas,

Ces frères malheureux ne se séparent pas.

Turnus pend à son char leurs tètes dégouttantes.

Part, et porte, en volant, ces dépouilles sanglantes.

Célhégus , Tanaïs et Talon à-la-fois ,

P)ravent tous trois Turnus , et succombent tous trois.

Un malheureux Tkébain, enfant de Péridie,

Onyte, sans regret perd son sang et sa vie.

Trois frères lyciens descendent chez Pluton :

Ah ! pourquoi quittoient-ils les beaux champs d'Apollon ?

Plus malheureux encor, le timide Menète

De Rellone toujours abhorra la trompette ;

Pau%Te cultivateur des domaines d'autrui ,

Son père ne senioil, ne cueilloit pas pour lui ;

Le fils, abandonnant son chaume, sa rivière,

Et les rets du pêcheur pour la lance guerrière,

Arraché malgré lui de ses rustiques toits,

Est venu s'immoler à la cause des rois.

Comme aux deux bords d'un bois, par les vents enhardie,

La flamme en l'embrasant forme un double incendie;

Ou tels que deux torrents, impétueux rivaux.

De deux monts opposés précipitent leurs eaux.

Et, parmi les débris se frayant un passage.

Suivent chacun le lit que s'est creusé leur rage :

Tels Énée et Turnus s'élancent en courroux,

Tels bouillonnent leuis cœurs, ainsi tonnent leurs coups.

Inque virera nunc Turnus agit, nunc Troius héros. Expédiât? tanton' placuit concurrere motu, Juppiter, sterna gentis in pace futuras ! .Cneas Rutulum Sucronem ( ea prima ruenlis Pugna loco statuit Tcucros) baud multa moratus Excipit in latus, et, qua fata celerrima, crudum Transadigit costas et crates pectoris eosem. Turnus equo dejcctum Amycum, fratremquc Diorera,

i'o Coogressus pedes : hune veuientem cuspide longa, Hune mucrone ferit; curruque abscisa duorum Suspendit capita, et rorantia sanguine portât. 111e Talon, Tanalmque ncci , fortemque Cethcgum, Tris uno congressu, et mœstum raittit Onyten, Nomen Echionium , matrisque genus Peridiae : Hic fratres Lycia missos et Apolliuis agris, Et juvenera exosum nequidquam bella Menœten Arcada : piscosse cui circum flumina Lernae Ars fuerat, pauperque domus; nec nota potfialum

520 Limina; conductaque pater tellure serebat. Ac velut inmissi diversis partibus ignés Arentem in silvam et virgulta sonantia lauro; Aut ubi dccursu rapido de montibus altis Dant sonitum spumosi amnes, et in xquora currunt, Quisque suura populatus iter : non segnius arabe 4:neas Ttu-nusquc niunt per prœlia; nunc, nunc

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