‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 22 sur 391 · LE BONHEUR ET I.A MORALK · texte numérisé non relu

LE BONHEUR ET I.A MORALK

Votez cet élément, ame dé l'univers.

Source de mille maux, de mille biens divers; Il ramène le jour au sein de l'ombre obscure ; De nos foyers brillants écarte la froidure, Forme le diamant, mûrit les végétaux, Dans la forge embrasée amollit les métaux : Célèbre avec éclat l'hymen et les conquêtes, Et , comme de nos arts , est l'ame de nos fêtes. Mais ce même élément, utile bienfaiteur, Se change quelquefois en fléau destructeur ; S'échappe des volcans , éclate avec la foudre , Met les palais en cendre et les temples en poudre Imagination, ce sont là tes effets.

Source de mille maux et de mille bienfaits , Suivant qu'on abandonne ou règle ton empire , Tu peux nuire ou servir, ou créer ou détruire. C'est donc à la sagesse à diriger ton cours ;

Et comme Raphaël nous a peint les amours , Caressant tour-à-lour ou battant leur chimère, Ce que font ces enfants, la raison doit le faire.

Mais je veux, avant tout, de chaque illusion, Dans les âges divers, suivre l'impression.

Sans soins du lendemain, sans regrets de la v< ille, L'enfant joue et s'endort, pour jouer se réveille; Trop foible encor, son cœur ne saurait soutenir Le passé, le présent, et l'immense avenir. A peine au présent seul son ame peut suffire; Le présent seul est tout : un coin est son empire , Un hochet son trésor, un point l'immensité, Le soir sou avenir, un jour l'éternité. Mais l'homme tout entier est caché dans l'enfance; Ainsi le foible gland renferme un chêne immense.

Par l'ardeur de ses sens le jeune homme emporté , Dévore le présent avec avidité , Mais il ne peut fixer sa fougue vagabonde ; Plein des brûlants transports dont sou cœur surabonde, Il déborde, pareil à l'élément fumeux, Qui croît , monte , et répand ses bouillons écumeux • Devance l'avenir, entend de loin la gloire. Appelle à lui lesaits, les plaisirs, la victoire. Rêve de longs succès , rêve de longs amours , Et d'une trame d'or file en riant ses jours. Age aimable ! âge heureux ! Ion plus bel apanage Ce n'est donc point l'amour, la beauté, le courage. Et la gloire si belle , et les plaisirs si doiLX ; Non , tu sais espérer ; ce trésor les vaut tous.

L'âge mûr, à son tour, solstice de la vie, S'ai'rète, et sur lui-même un instant se replie, Et tantôt en arrière , et tantôt devant soi , Se toinne sans regret , ou marche sans effroi. Ce n'est plus l'homme en fleurs, nous faisant des promesses; C'est l'homme en plein rapport, déployant ses richesses; Ses esprits ont calmé leurs bouillons trop ardents; Sa prudence est active , et ses transports prudents ; Ses conseils sont nos biens, sa sagesse est la nôtre; La moitié de sa vie est la leçon de l'autre; Et sur le temps passé mesurant l'avenir, Prévoir, pour sa raison, n'est que se souvenir.

Hélas! telle n'est point la vieillesse cruelle; Elle n'attend plus rien, on n'attend plus rien d'elle. Si la raison encor lui permet de prévoir. C'est des yeux de la crainte, et non plus de l'espoir. Voyez ce chêne antique ! en son âge encor tendre , Dans les champs paternels il aimoit à s'étendre; Chaque jour, plus robuste et plus audacieux , Il plongeoit dans la terre , il .^'élançoit aux cieux ; Mais quand l'âge a durci sa racine débile , Dans la terre marâtre il languit immobile ; Et voilà la vieillesse ! adieu les grands desseins , Adieu l'amour, les vœux , 1 hommage des humains ! Pour le soleil couchant il n'est point d'idolâtre : Déplacé sur la scène, il descend du tliéâlre; Alors , n'attendant rien ni du temps ni d'autrui , Il revient au présent, se ramène sur lui. Que dis-je.' le présent est un tourment lui-même. Il se rejette donc vers le passé cpi'il aime ;

L'IMAGINATION

U cherche à consoler, par un doux souvenir, El la douleur présenle, et les maux à venir; Et même , lorsqu'il touche à l'extrême vieillesse , Quelque ombre de bonheur charme encor sa foiblesse. Du festin de la vie, où 1 admirent les dieux, Ayant goûté long-temi)s les mets délicieux Convive satisfait, sans regret, sans envie », S'il ne vit pas , du moins il assiste à la vie. Ce qu'il fit autrefois, il le voit aujourd'hui, Et le présent lui-même est le passé pour lui.

Ne vîtes- vous jamais , au bord de la Tamise , Cette noble retraite aux vieux guerriers promise ? La jeunesse , à ses yeux, part , navigue et revient; Que fait le vieux nocher ? il voit , il se souvient , Se rappelle les mers, les nations lointaines. Ses dangers, ses combats, ses plaisirs et ses peines. Il recommande aux vents les jeinics nialelols ; Se rembarque eu idée , et les suit sur les Ilots. Anisi l'homme repose, assis sur le rivage. Et de la vie encore embrasse au moins l'image. Tant le ciel entrelient la douce illusion !

Tout âge a ses faveurs ; n>ais c'est à la Raison A. diriger son cours. Elle dit à l'enfance : « Je ne viens point troubler la douce insouciance; ■Vis , jouis , sois heureux , quand lu le peux encor, Mais laisse mes conseils diriger Ion essor; La vie, en commençant, t'a fait d'heureux mensonges; Je ne veux point t'ôter, mais le choisir les songes. » Au jeune homme, emporté par ses désirs fougueux, Elle dit : « Sois plus sage , et modère tes vœux. Veux-tu , dans la fureur, d un vain regret suivie , De ses plaisirs futurs déshériter la vie .-' User fait le bonheur, abuser le détruit. » Lors(|ue dans ses forêts il veut cueillir un fruit. Du sauvage, dil-ou, l'avide imprévoyance Quelquefois coupe l'arbre, avec lui l'espérance. « Voilà le despotisme, » a dit uu grand auteur. Je dis : « Voilà le vice ; il use le bonheur. Il taril l'avenir. » La vie est un passage ; Ménageons prudemment les vivres du voyage. Le fou vers les plaisirs s'élance avec ardeur : Le sage en prend le miel , mais sans blesser la fleur. Cueille encor, si lu veux , celte fleur fraîche eclose ; Mais laisse le bouton à colé de la rose.

L'âge viril, plus calme, a pourtant son écueil. Alors le doux plaisir fait place au noble orgueil ; Il vient , montrant des croix , des cordons el des mitres. « Reçois, dit la Raison, mais ennoblis ces litres; Souvent au plus haut rang esl le cœur le plus bas; Tout honneur avilit qui ne l'honore pas. » Mais quand l'homme vieillit, « Hâte-toi, lui dit-elle! Qui sait si tu verras la vendange nouvelle .•* Le doux présent échappe; avant qu'il soit détruit. Goûte bien son bonheur, savoure bien son fruit. '. Lorsqu'aux hôtes des bois le chasseur fait la guerre, De moment eu moment l'enceinte se resserre : Ainsi l'âge nous presse ; el , chassant les desii's , Resserre chaque joui- le cercle des plaisirs. Ne sens-je poml déjà la vieillesse ennemie

Déchirer mes liens el dénouer ma vie .' Raffermi sous ces nœuds , au défaut des plaisirs , N'a-l-on pas l'amitié pour charmer ses loisirs.!" N'a-t-ou pas des enfants ? Dirigeons leur jeune âge , Laissons-leur nos vertus, nos projels en partage; Les travaux que pour eux commença notre amour, Nos enfants, dirons-nous, les finiront un jour. Ainsi, prêt à mourir, l'honune apprend à renaître. Et dans l'être (ju'il aime il prolonge son être. Tant le monde est lié ! tant Dieu voulut unir Au père les enfants, au présent l'avenir!

De la saine raison tel est le doux langage. Suivons ses lois : la vie est un terrain sauvage; Le germe du bonheur n'y croit point au hasard : Enfant de la nature, il demande un peu d'art.

La liberté d'abord nourrit sa jeune plante ^ : Non celle liberté farouche, menaçante.

Qui, d'un peuple superbe, ardent, impétueux. Soulève loul-à-coup les flots tumuhueux, Se plait dans la lempèle, el s'ennuie au rivage; Mais cette liberté douce, discrète et sage, Qui, cheminant sans bruit, d'un pas tranquille et sijr, Va jouir à l'écarl de son bonheur obscur. Les potentats du Nord, du Midi, de l'Aurore, L'écharpe aux trois couleurSjles noirs drapeaux du Maure^ Ne Icpouvautent pas. Sous le casque, en turban, Sous les lois d'un sénat, sous les lois d'un divan. Elle ne reçoit point , ne donne point d'entraves : Il n'est que les tyrans qui soient vraiment esclaves. Qui craint de commander, ristjue peu de servir. Voilà la liberté qu'on ne peut asservir, Qui ne vient point des lois, d'un code, d'un système Qu'on doit à sa raison, qu'on se fait à soi-même. Je la chéris pour moi , je la conseille à tous. Heureux! cent fois heureux, qui, maître de ses gùûts, Règle en paix de ses jours la course volontaire ! Le plaisir le plus doux est celui qu'on préfère. L'Imagination à son gré veut choisir Ses études, ses plans , ses travaux, son loisir; La raison et l'inslinct ont le même langage. Observez cet oiseau dont vous dorez la cage ! Seul, captif, à l'aspect de l'immense horizon, De son bec, de son aile, il heurte sa prison; Il regrette les champs, l'air, le ruisseau limpide : Que sa cage s'entr'ouvre! il part d'un vol rapide; Et les monts , et la plaine , el les prés , et les bois , Il veut tout, choisit tout, est par-tout à-la-fois. Ma muse n'en a point l'harmonieux ramage; Mais elle en a gardé l'humeur libre et sauvage. Eh! quel pouvoir eill pu ravir ma liberté ? Des champs américains, le coursier indompté, Le cerf qui, dans ses bois, dans ses libres campagnes. Choisit ses eaux, ses prés, son gîte, ses compagnes, Redoutent moins le frein, craignent moins les tyrans. Si quelquefois je fus accueilli par les grands, Je cKéris leurs liens, mais sans porter leurs chaînes; El, lorsque les partis allumoient tant de haines, Quand , suivant l'intérêt , le ton , l'ordre du jour, Courageux, circonspect, emporté tour-à-tour.

CHANT VI

Plus d'un adroit Prolée, avec tant de prudence , Plioit à tous les tons sa souple indépendance , Rien ne put arracher un mot à ma candeur, Une ligne à ma plume, un détour à mon cœur 4. Eh! quel bien, dites-moi, vaut le charme suprême D'obéir à son arae , et de plaire à soi-même ?

C'est Irop peu d être libre, il fiiul, d'un soin prudent. Fixer par le travail un cœur indépendant : Sans lui , la liberté nous lournunte et nous pèse; Par lui des passions le tumulte s'apaise, Les chagrins sont calmés, le vice combattu, Il ajoute au plaisir, il nourrit la vertu. Si j'entre dans la chambre où la modeste fille Tient en main le fuseau, la navette ou l'aiguille. D'un parfum de vertu je crois sentir l'odeur : Les réduits du travail sont ceux de la pudeur. De Buffon , de Rousseau l'asile solitaire , Éloil du vrai bonheur l'auguste sanctuaire. Mais loin tout effort vague, indécis, sans objet! On poursuit sans courage un travail sans projet. Voyez cet amateur, dont la main incertaine. Sur vingt arts différents au hasard se promène : Moins ami du travail qu'amoureux du tracas , Tour-à-tour il essaie une lyre, un compas, Prend, quitte le crayon, quitte et reprend la plume, Effleure une brochure, affronte un gros volume : Et consumant sa force en stériles essais. Toujours se met en route et n'arrive jamais. C'est ce fleuve sans lit, qui, couvrant son rivage, Se déborde sans force et se perd sans usage ; Redonnez un cours libre à tous ces flots épars , Ils vont nourrir les champs , vont animer les arts. Le travail veut un but : au bout de la carrière On s'anime à sa vue , et sur-loul on espère ; Les travaux sans espoir nous sont toujours moins chers. Enfin, soit qu'on cultive ou les champs, ou les vers. Qu'on habile la cour, la ville ou la canq)agne, Quelle est du vrai plaisir la fidèle compagne ? Tout dit : c'est la vertu ; c'est là qu'est le bonhein-.

Qu'il est beau, qu'il est grand, ce mol d'un vieil autein- Qui s'écrioit : « Grand Dieu, veux-tu punir le vice.-* Montre-lui la vertu : qu'il la voie , et frémisse ! » Quoique amante du vrai, fille de la raison, Qui, mieux qu'elle, connoît la douce illusion? De l'espoir précédée, et du plaisir suivie, Elle seule embellit tout le cours de la vie. "Vers l'avenir obscur jelte-t-elle les yeux, Au-delà de la vie elle aperçoit les cieux. Revient-elle au présent : déjà pour récompense Elle a de ses bienfaits la douce conscience ; Et , si le souvenir n'en est pas effacé , Avec quel doux transport elle voit le passé ! Cicéron nous l'a dit : les jours de la vieillesse Empruntent leur bonheur d'une sage jeunesse. Malheureux le mortel qui , de ses premiers jours , Interrogeant la trace, et, remontant leur cours. N'y voit qu'un vide affreux et qu'un désert immense ! Semblable au voyageur conduit par l'espérance. Qui fouloil, en partant, des gazons et des fleurs,

S'ils ont du noir volcan éprouvé les fureurs,

Ne retrouve, au retour, que le deuil, le ravage,

Et d'un lieu désolé l'épouvanlable image;

Ainsi, dans ses beaux jours, jadis si pleins d'attraits.

Il ne retrouve plus que douleurs, que regrets ;

Dans ses réduits charmants, dans ses bosquets de rose,

Où sur un lit de fleurs la volupté repose.

Tel cpi'un affreux serpent, le repentir vengeur

Lève sa tète horrible, et s'attache à son cœur.

Cependant le temps fuit : le temps irréparable

Ajoute, chaque jour, au fardeau qui l'accable.

Sans force pour le mal , sans attrait pour le bien ,

N'osant voir dans les cœurs, ni lire dans le sien,

Par les maux à venir, par la honte passée,

Vers un présent affreux son ame est repouxsée,

Et passe sans retour du plaisir au reniord.

Du remords aux douleurs, des douleurs à la mort.

Mais heureux ! trop heureux dans sa noble carrière , Celui qui, rejetant ses regards en arrière, Y retrouve par-tout les vices combattus, La trace du travail et celle des vertus ! Je crois voir dans ses champs cet agricole utile Dont j'ai peint le boidicur. Dans son terrain fertile Par-tout il reconnoît le fruit de ses travaux : Il sécha ces marais , il creusa ces canaux ; Il défricha ces bois et ce coteau sauvage; On lui doit cette source, il planta ce bocage; A chaque pas qu'il fait, un souvenir flatteur Rafraîchit sa pensée et rajeunit son cœur. Ainsi jouit le sage; et si, dans sa carrière. Il n'a pas fait toujours tout le bien qu'il put faire, Sa touchanle douleur est celle de Titus , El ses nobles regrets sont encor des vertus.

Dans mes leçons encor je voudrois vous apprendre Quels dangers doivent fuir , et quels soins doivent prendre Les hommes rassemblés dans ce monde trompeur, Où chacun fail son rêve et poursuit sa vapeur; Où tant de faux amis, d'une apparence vaine, Masquent l'indifférence et queUpiefois la haine. Là , dans un doul)le excès vient tomber la Raison. D'un côté, sur ses pas conduisant le Soupçon, Qui, de son inquiète et timide paupière. Semble fuir à-la-fois et chercher la lumièi'e ; Voyant par-tout un piège, el par-lout un danger, Tel qu'un lâche espion sur un sol étranger, Marche, d'un pas craintif, la triste Défiance: De l'autre, la crédule et folle Imprévoyance Erre dans ce dédale et sans guide et sans fil , S'endort tranquillement à côté du péril ; Et, d'un sommeil trompeur, indolente victime, Tombe, el va, mais trop tard ! s'éveiller dans l'abîme.

Entre les deux excès quel guide est le plus sûr ? Ah! c'est l'heureux instinct d'un sens droit, d'un cœur pur, Qui , dans ce grand chaos des passions humaines , Des vices, des vertus, des plaisirs et des peines, Pour les aimer toujours, choisissant ses liens, Sait écarter les maux, sait distinguer les biens; Qui, sans se faire craindre, el sans craindre lui-même, Évite ce qu'il hait , s'attache à ce qu'il aime ;

L'IMAGINATION

Qui, tendre cl réservé, confianl cl discrel,

Sait donner à propos, et garder son secret.

Ainsi la flein- limide, et lente à se produire,

Se ferme au noir Borée, et s'ouvre au do)ix Zéphire.

Il ne veut ni fouiller dans le serrel des cd'urs,

Ni se laisser stn-prendre à des deiiors Iromjieurs ;

Connoit les passions, les plaint, et leur |)ardonne,

Au doux besoin d'aimer sagement s'abandonne,

Fuil le lourmeni affreux de liair ses amis ,

Et dans les méelianls seuls, veul voir ses ennemis.

Ah! (pii ne sait combien, dans ses sombres caprices,

L'extrême défiance est fécoude eu supplices ;

C'est elle qui, régnant dans les c<r(n's soupçonneux,

Corrompt tous les plaisirs, lelàclie tous les nœuds;

Fait de la vie entière une roule épineuse.

Rend le bonheur craintif e( l'amitié douteuse.

A la cour d'un tyran regardez Damocles 5 :

En vain de chants flatteurs résoinie le palais;

En vain sur une table, en délices féconde.

Tous les tributs de l'air, de la terre et de l'onde,

Se montrent réunis; pâle, et tout effrajé

De celte menaç.'uite et sinistre amitié.

Il effleure, en tremblant, de ses lèvres livides.

De ces mets affadis le? douceurs insipides;

Vers les lambris dorés lève un œil éperdu,

Et voit le fer mortel sur son front suspendu.

Telle est la Délianee au banquet de la vie.

Que dis-je ? son poison en corrompt l'ambroisie :

Elle-même contre elle aiguise le jioignard ,

Donne aux ombres un corps , un projet au hasard ;

Charge un mot innoccnl d'un crime imaginaire.

Et s'effraie à plaisir de sa propre chimère :

Ainsi dans leurs forêts les crédules humains [maiiis.

Craignoient ces dieux affreux (lu'avoienl formés leurs

Quel besoin plus pressant nous donna la nature. Que de communiquer les chagrins qu'on endure. De faire partager sa joie et sa douleur , El dans un cœur ami de répandre son cœur.' Toi seul , triste martyr de ta sombre prudence , Toi seul ne connois pas la douce conlidencc ! En vain de Ion secret tu te sens oppresser. Au sein de quels amis l'oseras-lu verser.-* Des amis! Crains d'aimer; les plus pures délices Dans ton cœur soupçonneux se changenl en supplices! Des plus mortels poisons l abeille fait son miel : Toi, des plus doux objets lu composes Ion fiel; Ton cœur dans l'amitié prévoit déjà la haine ; De soupçons en soupçons l'amour jaloux se traine. Un génie ennemi brise tous tes liens; Tu n'as plus de parents ni de concitoyens : Te voilà seul, va, fuis loin des races vivantes; Habile avec les rocs, les arbres et les plantes. Dans quelque coin désert, dans quelque horrible lieu, Où tu ne pourras plus calomnier que Dieu. Mais à voir les humains lu ne dois plus prétendre. Tu ne dois plus les voir, ne dois plus les entendre. Ton aine morte à tout ne vit que par l'effroi : Les morts sont aux vivants moins étrangers que toi : Le re^^rel lea unit; et loi, tout l'en sépare.

Hélas! il le connut ce tourment si bizarre, L'écrivain (|ui nous fil entendre lour-à-lour La voix de la raison et celle de l'amour. Quel sublime talent! quelle haute sagesse ! Mais combien d'injustice ! el combien de foiblesse ! La (iraiute le recul au sortir du berceau : La Crainte le suivra jusipi'aux bords du tombeau. Vous, qui de ses écrits savez goilter les charmes. Vous tous, (|ui lui devez des leçons et des larmes, Pour prix de ces leçons el de ces pleurs si doux. Cœurs sensibles, venez, je le confie à vous. Il n'est pas importun : plein de sa défiance. Rarement des mortels il souffre la présence; Ami des champs, ami des asiles secrets, Sa triste indépendance habile les forêts. Là-haut sur la colline il est assis peut-êlre^ Pour saisir, le premier, le rayon qui va naitre : Peut-être au bord des eaux, par ses rêves conduit. De leur chute écumante il écoute le bruit; Ou, fier d'être ignoré, d'échapper à sa gloire, Du pâtre qui raconte il écoute l'hisloire : Il écoule et s'enfuit; el, sans soins, sans désirs, (facile aux hommes, qu'il crainl, ses sauvages plaisirs, Mais, s'il se montre à vous, au nom de la nature. Dont sa j)lume éloquente a tracé la peinture. Ne l'elfarouchez pas, respectez son malheur! Par des soins caressants apprivoisez son cœur : Hélas ! ce ca'ur brûlant , fougueux dans ses caprices , S'il a fait son tourment , il a fait vos délices. Soignez donc son bonheur, cl charmez son ennui : Consolez-le du sort , des hommes et de lui. Vains discours! rien ne peut adoucir sa blessure; Contre lui ses soupçons ont armé la nature. L'étranger, dont les yeux ne l'avoienl vu jamais. Qui chérit ses écrits, sans connoîlre ses trails , Le vieillard qui s'élcint, l'enfant simple et limide. Qui ne sait pas encor ce que c'est qu'un perfide. Son hôte, son parent, son ami, lui font peur : Tout son cœur s'épouvanle, au nom de bienfaiteur. Est-il quelque mortel , à son heure suprême, Qui n'expire appuyé sur le mortel (pi'il aime ? Qui ne trouve des pleurs dans les yeux attendris D'un frère ou d'une sœur , d'une épouse ou d'un fils .•" L'infortuné qu'il est, à son heure dernière. Souffre à peine une main qui ferme sa paupière! Pas un ancien ami qu'il cherche encor des yeux ! El le soleil lui seul a reçu ses adieux. Malheureux! le trépas est donc ton seul asile? : Ah ! dans la tombe au moins repose enfin tranquille ; Ce beau lac, ces flots purs , ces fleurs, ces gazons frais, Ces pâles peupliers, tout invite à la paix. Respire donc enfin de tes Iristes chimères : Vois accourir vers loi les épouses , les mères ; Regarde ces amants qui viennent, chaque jour. Verser sur ton cercueil les larmes de l'amour ; Vois ces groupes d'enfants se jouant sous l'ombrage. Qui de leur liberté viennent le rendre hommage; Et dis, en contemplant ces doux litres d'honneur : « Je ne fus point heureux, mai» j'ai fait leur bonheur.»

CHANT VI

Mol, cependanl, au piid de celle loml)e at^reste, D'un nom si glorieux monumenl si modcsle, Par loi-nicme inspiré, je reprends mes pinceaux : Je peindrai de la vie el les biens el les maux. L'Imagination, donl je vante les charmes, Aux tristes préjugés prèle souvent des armes; De ce que nous craignons elle augmente Vcffroi ; Contre elle la raison va combattre avec moi. La mort, la pauvreté, l'obscurité que j'aime , Pour les ambitieux , pire que la mort même , Ces maux exagérés par une lâche erreur , De leur masque effrayant vont perdre la terreur ; Le sage , qui de loin redoute leur menace , Apprend à les braver, s'il les regarde en face.

Voyez ce fier coursier qui, farouche, indompté, Au moindre objet nouveau se cabre épouvanté ! Que son guide prudent doucement l'y ramène , Il avance avec crainte , il approche avec peine ; Mais bientôt, mieux instruit, il calme sa terreur. Et reprend son courage en perdant son erreur. Ainsi fait la raison , et ce fidèle guide , Aguerrissant noire ame ombrageuse el timide , BiCnd moins affreux les maux observés de plus près.

Mais la sagesse même a souvent ses excès. Pourquoi veux-lu, dis-moi, sage et profond Montagne, Que l'aspect de la morl en tout temps m'accompagne ? Je ne me sens point fait pour un si triste effort : C'e5t mourir trop long-lemps, que voir toujours la morl ! Je sais qu'au bord du Nil, un solennel usage^ De la mort aux festins associoit l'image; Mais ce récit m'étonne, et ne me séduit pas. Que le galant Horace , au milieu d'un repas , En nous montrant de loin les funèbres demeures, Nous invite à saisir le vol léger des heures , Je suis son doux conseil ; et , quand la mort m'allend. Par quelques vers encor je lui vole un instant. Mais pourquoi, m'entourant de fantômes et d'ombres. Me plonges-tu vivant dans les royaumes sombres ? Quel bien ne corromproit un si sombre avenir .-' Quel cœur ne flélriroit un si noir souvenir ? Regardez ce mortel qu'envoya la justice Du lieu de son arrêt au lieu de son supplice : Sur sa route offrez-lui des festins, des palais! Les palais, les festins, sont pour lui sans allrails; Croyant toucher déjà le terme qu'il redoute , Il compte les instants, il mesure la route. Subit déjà sa peine; et , certain de son sort , Entend dans chaque pas sa sentence de mort. Tels seroient nos desims ; cher Montagne , pardonne : Ah ! quels tristes conseils ta sagesse nous donne ! Que la mort, disois-tu , sur un ton moins chagrin. Me trouve oublieux d'elle et bêchant mon jardin 9! Pourquoi donc aujourd'hui , dans ta sombre manie , Pour apprendre à mourir, veux-tu perdre la vie.' O combien la nature est plus sage que toi ! En nous voilant la morl , elle en bannit l'effroi ; Sa marche est invisible, el notre heure dernière Ne vient pas tout d'un coup , ne vient pas tout entière. La nature vers nous l'amène pas à pas :

Elle rend par degrés tes sens moins délicats ;

Elle assourdit des sons les routes sinueuses,

Endurcit du palais les houppes chatouilleuses;

Chaque jour tu sens moins la beauté des couleurs ,

Les charmes du toucher, le doux esprit des fleurs.

Ainsi sa lenle mam, sans choc et sans secousse,

Nous roulant mollement par une pente douce ,

Dérobe de la mort l'insensible progrès;

Les dégoûts ont d'avance affoibli les regrels :

La morl ainsi se glisse ; el , quand le ciel l'ordonne ,

L'homme , comme un fruit mûr , au trépas s'abandonne.

Eh ! comptes-tu pour rien ce profond sentiment

Qui nous fait espérer jusqu'au dernier moment ?

En vain de ce mourant les membres s'engourdissent ,

Le pouls meurt , l'œil s'éteint , h^s muscler se roidissent :

Son (lalteur même en vain dit que le terme est prêt ;

L'espoir opiniâtre appelle de l'arrêt.

Suis donc son doux instinct, el bénis la nature.

Bien plus cruel encor, le chantre d'Épicure Qui, fidèle à ses vers, el mécontent du sort , Calomnia la vie en se donnant la mort "> ; Quand du monde et du jour nous regrettons les charmes Nous promet le néant pour calmer nos alarmes ! En vain l'homme s'écrie : O regi'els superflus ! C'en est donc fait! je mgurs: je ne reverrai plus Mes folâtres enfants, objet de mes tendresses. Accourus dans mes bras , disputer mes caresses ; Je ne cueillerai plus, moissonné par le temps. Ni les fruits de l'été , ni les fleurs du printemps. Cesse tes pleurs, dil-il, et termine ta plainte; Le regret ne vit plus quand la vie est éteinte.... Cruel ! quand le trépas vient tout anéantir. Le beau soulagement que de ne rien sentir ! Ainsi donc au trépas un long trépas succède : Ah ! je souffrois mes maux , mais non pas leur remède. Non , non , si quelque espoir peut calmer mon effroi , Ce n'est pas de mourir , c'est de vivre après moi , De vivre dans ces vers épanchés de mon ame . Dans l'ètie que j'aimai, qu'un même attrait enflamme. Ah ! sans doute le cœur, dont le siupide ennui. Mort aux sentiments doux, n'a vécu que pour lui, Devroit craindre la mort, qu'un long oubli va suivre: Au cœur de ses amis il ne peut se survivre; Mais celui qui connut, qui sentit l'amitié, Laisse encore de lui la plus chère moitié: Aussi de cette mort, dont tout est tributaire. Je ne me forme pas l'image volontaire ; Mais , s'offre-t-elle à moi , je ne l'écarté pas ; De mes illusions j'environne ses pas ; Je la pare pour moi; j'éloigne ses ténèbres. Ses lugubres lambeaux, ses fantômes funèbres; Loin de mon lit de mort ces sinistres apprêts, De crêpes , de flambeaux , d'héritiers , de valets . De cœurs intéressés , donl l'hypocrite joie , Se lamentant tout haut, saisit tout bas sa proie; Et laisse au cœur flétri ce sentiment affreux D'être à charge aux humains et d'être oublié d'eux.

Deux déesses viendront m'assister en silence : L'une, c'est l'Amitié, l'autre, c'est l'ERpérancc;

Mais ce cortege heureux n'appartient pas à tous.

Oh ! que n'ai-je un langage assez tendre , assez doux ! Je conicrois comment un véritable sage De la mort autrefois sut adoucir l'image. Poëte philosophe, il avoit dans ses vers Célébré la nature et chanté l'univers.

L'épouse qu'il ainioit , secondant son délire , Joignoil ses sons touchants aux doux sons de sa lyre. Mais , pour durer toujours , leur bonheur fut trop grand ! Elle et qucl(|ues amis renlouroicnt expirant : Trop heureux, que sa main lui fermât la paupière ! Sa voix lui confloit , à son heure dernière, Non ces vœux des mourants, reçus par des ingrats, Ces dons trop attendus, ces vains legs du trépas, Ecrits à la lueur des flambeaux funéraires, De la nécessité tributs involontaires; Mais les vœux de son cœur. Dieu ! par quel doux transport Il prolongeoit la vie et reculoit la mort ! Ce n'étoit point l'effroi de ce moment terrible ; Du départ d'un ami c'eloit l'adieu paisible : M Viens là, viens, disoit-il , ô loi (pie j'aimai tant! Né pauvre, je meurs pauvre, et j'ai vécu content. Ah ! c'en est fait ; reçois de ma reconnoissance Ce peu que notre amour changcoit en opulence. Tout ce luxe indigent qui , sons nos humbles toits, Egaloit à nos yeux l'opulence des rois. Vois ces vases sans art; leurs formes sont vulgaires, Mais nos chiffres unis te les rendront plus chères; Mais ils faisoient l'honneur de ce léi'er festin Qui charmoil près de toi les heures du malin. Hélas ! le ciel pour moi ne marquera plus d'heures 1 Reçois encorde moi, de l'ami que tu pleures, Cette image du temps dont tu trompois le cours : Puisse-t-elle , après moi , te marquer d'heureux jours 1 Cette boîte, en mon sein si doucement cachée, Qui par le trépas seul pouvoit m'étre arrachée, Et qui , de ton absence adoucissant l'ennui , Senloit battre ce cœur et reposoit sur lui, Détache-la : je souffre à me séparer d'elle ; Mais j'emporte en mon ame un portrait plus fidèle. Le mien sera-t-il cher à tes tendres douleurs ? Sera-l-il en secret mouillé de quelques pleurs .►' Ce fidèle animal, témoin de nos tendresses. Qui long-temps entre nous partagea ses caresses. Que j'ai vu si souvent, fier de me devancer. Reconnoitre ton seuil, bondir et m'annoncer. Et qui , dans ce moment , les yeux gonflés de larmes , Semble prévoir ma fin et sentir les alarmes. Je le lègue à tes soins : puisse de nos amours Le doux ressouvenir protéger ses vieux jours ! Vois-tu cette tablette , où , sans faste s'assemble Ce peu d'auteurs choisis que nous lisions ensemble ? Mon crayon y marqua les traits goûtés par toi; Tu ne les liras pas , sans l'attendrir sur moi. Tiens, reçois cet écrit; c'est mon plus cher ouvrage; Tous ces portraits, de moi trop infidèle image. Ne peignoient que mes traits ; celui-ci peint mon cœur ; J'y déposai mes vœux , mes plaisirs , ma douleur ; Ma défaillante main le fie à ta tendresse :

Dans cet écrit si cher , c'est moi que je te laisse*, C'est moi qui me survis; un sévère destin. Hélas ! avant le temps, l'arrache de ma main; Mais il devra le jour à des mains que j'adore. »

Ainsi son cœur pensoit, sentoit, vivoit encore; Ainsi, loin de promettre à son cœur isolé De l'horrible néant l'empire désolé, Lui kissanl son silence et son repos funeste Du bonheur social il savouroil le reste; Ainsi, s'environnant de la tendre amitié. Du fidèle regret, de la douce pitié.

De la reconnoissance à ses pieds éplorée. D'un choix de vieux amis, d'une épouse adorée, Les regards attachés sur leurs yeux attendris. Il recueilloil un mot, lui soupir, un souris; Et , jusqu'au dernier souffle , heureux de leur présence . Reculoit de la mort l'irréparable absence; Se rattachant encore à. ceux qui l'entouroient, Rendoil encor des pleurs à ceux qui le pleuroient; Et, dans ce grand festin on le ciel nous convie, Ramassoil en mourant les miettes de la vie; Tantôt dans le passé cherchoil un souvenir, Tantôt anticipoit le bonheur à venir; Et, plaignant sa compagne, et consolé par elle. Lui dounoit rendez-vous dans la paix éternelle. Ah! dans la volupté de ces touchants adieux. Quel homme a le loisir de se plaindre des dieux ? Oui, sûr, en la pleurant, des pleurs de son amie. Bien avant dans la mort on peut sentir la vie; Tandis que les cœurs durs, les cœurs qui n'aiment pas, Long-temps avant la mort ont senti le trépas.

De loin la pauvreté semble encor plus cruelle; J'ai doublement le droit de réclamer pour elle : Je fus pauvre long-temps, sans me plaindre des dieux; Je fus riche un moment, sans être plus heureux. Un vain accroissement de jouissances vaines Ne fit que varier mes plaisii's et mes peines. A mon premier état le destin m'a rendu: J'avois bien peu gagné , j'ai donc bien peu perdu ! Mais l'honmie soutient mal tout ce qu'il exagère. J'aime la pauvreté qui n'est pas la misère. Horace la nommoit la médiocrité :

Il faut un peu d'aisance à la félicité; La fortune a son prix; l'imprudent en abuse, L'hypocrite en médit, et l'honnête homme en use.

Toi qui, dans ton tonneau, mal nourri, mal vêtu, Y logeas la folie auprès de la vertu.

Tu peux jeter la coupe, orgueilleux Diogène, Et boire dans tes mains ; moi , je garde la mienne ; Et , si la. mode encor vouloit que les Houdon, Les Moreau, les Pajou, rivaux d'Alcimédon, Gravassent sur ses bords le lierre qui serpente. Ou les bras tortueux de la vigne rampante " , Malgré loi je saurois en connoitre le prix. Mais combien tu me plais, lorsque, d'une souris Les miettes de ton pain l'attirant la visite, Tu t'écriois gaiment : « J'ai donc un parasite I J'ai donc le superflu! » Voltaire, avec raison. Le jugeoit necessaire, et je le crois fort bon.

CHANT VI

Mais , dès que le travail a vaincu la misère , Le superflu n'est pas l)ien loiu du nécessaire : 1,'heureuse pauvreté le trouve à peu de frais.

Vois donc que de travail , que de soins , que d'apprêts, Dans ses pompeux besoins cxi{:;e l'opulence ! ^ toute la nature elle fait violence; jG printemps sur l'hiver usurpe ses jardins, .es glaces en été rafraîchissent ses vins. )u fougueux aquilon craint-cllc la furie, )es pièges sont dressés aux rats de Sii)érie : •our elle il faut braver les saisons, les climats; 1 faut des matelots, du canon, des soldats; 1 faut, pour ses habits, que le Mexique enfante ,a pourpre d'un insecte , et l'azur d'une plante ;

I faut, pour ses festins, tirer d'un sol nouveau, ,a fève dun arbuste, et le miel d'un roseau.

)ù courent ces vaisseaux voguant à pleine voile !

)ans le fond de l'Asie ils vont chercher la toile

)ui, gonflée en cravate, ou pliée en turban,

are le cou d'un fat ou le front d'un sultan;

►u ces cailloux brillants que Golconde nous donne,

lu ce globe argenté que la nacre emprisoiuie,

tu l'émail du Japon , ou le thé des Chinois.

'or commande : partez , tourmentez à-la-fois

es hommes et les vents, et la terre et les ondes :

e déjeuner du riche occupe les deux mondes.

La pauvreté ne trouble et ne tourmente rien : ourson goût, pour ses yeux, tout est beau, louteslbieu; t, sans chercher au loin la douce Malvoisie, e vin de ces coteaux pour elle est l'ambroisie. Lpprochez ; pénétrez sous ces rustiques toits ; teux déesses que j'aime y régnent à-la-fois : lu pauvre vertueux l'une el l'autre est l'amie; 'une est la propreté : l'autre, l'économie; 'une embellit sa table, assaisonne ses mets, ait reluire l'èlain de ses humbles buffets; t, du doux avenir préparant les délices, 'autre impose au présent de légers sacrifices.

O que l'homme est trompé ! combien il connoîl peu t les secrets du monde et les desseins de Dieu ! a fortune à ses yeux d'abord paroil bizarre : ibérale pour l'un, pour l'autre elle est avare; lie crée au hasard des petits et des grands , orme l'ordre inégal et des biens et des rangs; l'une main dédaigneuse, au hasard elle jette iC sceptre d'un coté, de l'autre la houlette : lais bientôt, compensant ses rigueurs, ses bienfaits, llle-mème se rit des pvésents qu'elle a faits. '.n peines, en plaisirs, l'illusion féconde Létablit en secret l'équilibre du monde; ;t la crainte et l'espoir, balançant nos destins, )nt, bien avant vos lois, nivelé les humains. )ui, tout paie un tribut à la misère humaine; -e riche par l'ennui, le pauvre par la peine;

II l'un le travail pèse , à l'autre le loisir. ;omI)ien vont, l'or en main, mendier le plaisir! iC ciel partage à tous les biens et la misère '*;

.e riche s'inquiète, et l'indigent espère.

^'entends crier par-tout : « Où donc est le bonheur ! »

Il est chez l'ouvrier que nourrît son labeur ; Chez le simple bourgeois qui, cher à sa famille. Du produit de ses soins fait la dot de sa fiile; Chez l'honnête marchand qui chiffre, à son retour, Les achats de la veille el les produits du jour. Déserteur des palais, dans son luimble retraite, Il vient à petit bruit visiter un poète. Je l'éprouvai moi-même; el sous mes humbles toits Loge plus de bonheur qu'il n'en lient chez les rois. Il ne va point chercher les biens d'un autre monde ; Avec l'or du Pérou , les pierres de Golconde , Les pehsses du Nord, les tissus de Madras, L'avide commerçant ne le déballe pas.

Hélas! passant le but, dans l'ardeur qui l'agite. Nul mortel ici-bas n'est content de son gite. Heureux! si, l'eposanl sur leurs biens entassés. Les hommes quelquefois se disoienl : c'est assez ! Orgon étend, alonge, élargit son domaine; Mais il a des voisins , et l'horizon le gêne : Appauvri par ses vœux, ruiné par l'espoir. Il voit moins ce qu'il a, que ce qu'il veut avoir. Ce poète , l'honneur de la lyre romaine , Le favori d'Auguste et l'ami de Mécène, Horace, dans Tibur, heureux d'un petit bien, D'un bois, d'un filet d'eau, ne souhaita plus rien. Qu'on me donne un arpent de son petit empire; Que l'echo me renvoie un des sons de sa lyre. Tous mes vreux sont remplis. Pour vivre ici contents , Il faut si peu de chose, et pour si peu de temps! Alexandre demande un monde pour domaine; L^ne tonne suffit au pauvre Diogcne.

Je ris , lorsque je vois son orgueil sans pareil Au fils de Jupiter disputer le soleil ; Mais du luxe et de l'or sa noble négligence Nous apprit à chérir l'honorable indigence. Pourquoi donc formons-nous, mortels ambitieux, Dans nos jours si bornés , de gigantesques vœux .■' A quoi bon tant d'apprêts pour un si court voyage .•• Ce qu'il faut au besoin, suffit aux vœux du sage. En vain par l'opulence on se laisse éblouir , Pour savoir posséder, il faut savoir jouir. Ma déesse elle-même , en prestiges féconde, Pèse bien plus que l'or sur les deslins du monde. Fait les maux et les biens , un jour sombre , un beau ciel ; Et ses rêves souvent sont le seul bien réel.

Pauvres riches ! ces biens , que vous croyez les vôtres, Combien l'illusion souvent les donne à d'autres ! A qui sont ce grand parc et ce pompeux jardin ? Sur la foi d'un vain titre ou d'un vieux parchemin , Tu les crois honnemenl au seigneur de la terre; Mais , non , ce n'est point là le VTai propriétaire : Veux-lu le voir ? regarde; il est dans ce bosquet. Un Virgile à la main , comparant , en secret , Le poète et les champs , l'art avec la nature , El, devant le modèle, admirant la peinture : Pareil à ces oiseaux dont il entend la voix , Comme eux, sans soin , sans gêne , il jouit de ces bois; C'est pour lui qu'on traça ces belles promenades, Que s'étendent ces lacs , que tombent ces cascades :

L'IMAGINATION

Leur» seigneurs rarement en supporlent l'ennui; Les dioils en sont pour eux , les délices pour lui : Tel , chez son noble ami , dans sa belle vallée , S'empïwant d'un bosquet, d'un berceau, d'une allée, Sans soin, sans gens d'affaire, et partant sans souci, Jean- Jacques fut souvent le vrai Monlmorenci.

La crainte d'être obscur nous touche plus encore; L'homme craint d'ignorer, mais sur-tout qu'on l'ignore. Écrivain ou guerrier, artiste ou magistral. Chacun cherche bien moins le bonheur que l'éclat. Mais connois-tu , réponds , un plus triste servage Que le joug de la gloire et sou dur esclavage. Qui condamne un mortel à vivre hors de lui , Et le fait respirer par le soufîle d'autrui .•*... L'amour-propre inquiet souffre de peu de chose : C'est un voluptueux que blesse un pli de "rose. De nos prétentions le rhalouilleux orgueil S'offense d'un oubli, d'un geste, d'un coup d'œil ; D'un seul mol de Louis, le grand Piacine pleure '3; La 'censure déchire, et la louange effleure. Sont-ce les grands emplois et les litres d'honneur Qui séduisent tes voeux ? Leur éclat suborneur Ne couvre point la houle : un illustre coupable. Dans un rang élevé, paroîl plus méprisable; Le ciel en fait justice eu le plaçant si haut. Et le trône du vice en devient 1 échafaud '4. Voilà quel sort affreux l'ambitieux s'auprêîe.

Dis-nous à quel degré l'ambition s'arrête. Vois ce mortel avide accumuler son or : Sans accroître ses biens, il accroît son trésor. Ainsi que l'intérêt, la gloire a ses avares; Ajoutez les honneurs aux honneurs les plus rares , Rien ne le satisfait; le désir amorti Revient au même point dont il éloit parti.

Combien durent d'ailleurs leurs grandeurs fugitives ? Météores d'un jour, leurs splendeurs les plus vives Nous j)résagenl la fin de leur éclat trompeur : Telle de l'arc d Iris^ fluide vapeur S'embellit dans sa chute, et, sur un beau nuage. Du soleil qui s'éteint nous rétléchit Tmiage, De sa pompe empruntée orne un moment les cieux , Puis se rend à la terre, et disparoît aux yeux. Mirabeau nous l'a dit , croyons-en sa parole : La roche Tarpéienne est près du Capitole '5. Lui-même , secondé par un heureux hasard , Mourut fort à propos; peut-être, un jour plus tard. Du haul du tribunal nous l'aurions vu descendre. Eh! qui sait quel destbi le sort garde à sa cendre ! Tout ce peuple, qu'il vit suivre son char en deuil, Peut-être va demain outrager son cercueil >6. Ah ! si l'orgueil encor refuse de me croire , Qu'il contemple Necker , et connoisse la gloire. Jeune , il avoit déjà , dans ses emplois obscui-s , Pressenti la grandeur de ses destins futurs : Élevé par degrés auprès du rang suprême, . Son roi le consulloil , il étoit roi lui-même; Paris ridolâtroil! Adoré des hameaux.

On leur nommoit Necker , ils oublioient leurs maux. Aux Français , rassemblés sous ses fameux auspices ,

Son astrt promettoit des destins plus propices ;

Un exil triomphant ajoute à tant d'éclat :

En pleurant un seul homme, on croit pleurer l'Étal.

Par-toirt le deuil est pris, la douleur ordonnée.

Les tribunaux déserts, la scène abandonnée.

Peuple heureux, calmez-vous ; on le rend à vos vœux:

Préparez son triomphe, et rendez grace aux dieux.

Il revient ! près de lui , siégeant en souveraine ,

Sa fille, ivre d'honneur , se croit bien plus queieine :

Les hommes , les chevaux , de sa gloire lassés ,

Tardent trop de le rendre à nos vaux empressés.

Le rebelle désir de le voir reparoître

A brisé le pouvoir et délroné son n.aître.

Parmi les cris, les vœux, les flots d'adorateurs.

Il vient ! son char rapide échappe aux orateurs.

Infortune! jouis quand tu le peux encore;

Le peuple peut demain haïr ce qu'il adore.

Il entre , enfin ! il entre ! ô douleur ! 6 regret !

L'idole s'est montrée , el le dieu disparoît 1

Ainsi le peuple ingrat trahit le grand Pompée;

Tel, plutôt, un enfant rejette sa poupée.

Que dis-je ? le dédain fait place à la fureur.

Poursuivi dans les bois, promenant sa terreur,

Des murs, qu'enorgueillit sa triomphale entrée,

Précipitant dans l'ombre une fuite ignorée,

Il part; il va revoir ces lieux pleins de son nom.

Et témoins aujourd'hui de son triste abandon.

Mais un billet fatal a trahi son passage;

Au heu de cris d'amour, j'entends des cris de rage.

Tout ce peuple qu'il vit, dételant ses coursiers

S'atteler à son char couronné de lauriers,

Qui l'avoil proclamé père de la patrie.

Tout honteux maintenant de son idolàli'ie ,

L'insulte , l'emprisonne. Aux mains de ses bourreaux

Il échappe avec peine ; et , pour comble de maux ,

Présentant en spectacle, à la haine vengée ,

Sa popularité par le peuple outragée ,

A travers les débris du trône des Capet ,

Il fuit , il se relègue au donjon de Copet

Malheureux , et prêtant une oreille alarmée

Aux mourantes rumeurs de tant de renommée !

Ainsi, mé.connoissant les biens, les maux reels, L'Imaghiation égare les mortels.

Le sage emploi du temps, l'active solitude, Le doux charme des champs , la consolante élude , Préviennent ces écarts : joignez-y ces auteurs Qui forment la raison et dirigent les mœurs. Tel l'ami du bon sens , l'ingénieux Horace , Se joue autour du cœur, nous instruit avec grace, Fait aimer le repos , la médiocrité , Et donne à la morale un air de volupté. Rousseau, plus inflexible en sa mâle droiture , Prend l'homme dans les bois, tout près de la nature; Chez lui la vérité parle avec passion , Et c'est avec fureur qu'il prêche la raison. Fontenelle, craignant toujours quelque surprise, Aux passions sur lui ne donne point de prise , Soigne allenlivement son timide bonheur.

Même dans l'amitié mel en garde son cœur ;

CHANT VI

A.mi des vérités, par crainte les enchaîne, Et s'abstient dii plaisir, pour éviter la peine. Écoulant moins son cœur, et bien plus son esprit. Voltaire orne avec art la raison qu'il chérit ; Mais sa philosophie, avec plus de souplesse, Sur les mœurs de sou temps compose sa sagesse ; Et l'auteur du Mondain, à nous plaire occupe, Immole la morale au succès d'un soupe:

Abandojine la vie à la fougue des vices, Néglige ses devoirs, recherche ses délices : Jamais sou cœur n'admil de sentiments profonds. Riche du fonds d'auliui, mais riche parson fonds, Montagne les vaut tous : dans ses brillants chapitres , Fidèle à son caprice, iiilidèle à ses litres, Il laisse errer sans art sa plume et son esprit, Sait peu ce qu'il va dire, et jieint tout ce qu'il dit ; Sa raison, un peu libre et souvent négligée, N'attaque point le vice en bataille rangée; Il combat , en courant , sans dissimuler rien ; Il fait notre portrait en nous faisant le sien : A-imant et haïssant ce qu'il hait , ce qu'il aime, Je dis ce que d'un autre il dit si bien lui-même : « C'est lui, c'est moi. » Naïf, d'un vain faste ennemi , Il sait parler en sage et causer en ami. Heureux ou malheureux , à la ville , en campagne , Que son Ii\Te charmant toujours vous accompagne.

TSe peut-on pas aussi, dans le choix des auteurs, Consulter ses besoins, et son âge, et ses mœurs ; Graves , ils calmeront le feu ae la jeunesse ; Gais, lis leront encor souiire ia viellicssc. Tel Voltaire naissant étudioit Newton; . Vieux, lisoit Arioste, et composoit Memnon ; Et, près du froid Jura, dans l'hiver de sa vie, A. tous nos jeunes fous faisoit encore envie. Telles, filles de l'art, des fleurs parfument i'air, Font régner le printemps et douter de l'hiver. Ainsi, de la raison empruntant le langage, Contre les passions de tout rang, de tout âge, Je dictai des leçons ; mais, contre st-s ennuis. Le malheur à son tour implore des appuis.

Eh ! peux-tu dédaigner, muse compatissante. Du malheur éploré la voix attend rissan le ? Souvent des cœurs ingrats la noire trahison , La mort de ce qu'on aime, accable la raison. Tantôt, c'est de l'exil la langueur importune, Tantôt, l'écroulement d'une haute fortune. Dirai-je les horreurs de la captivité ? Combien de l'ame alors je crains l'activité ! C'est alors que le cœur, loin de tout ce qu'il aime. Se repliant sur lui , se dévore lui-même : Alors tout s'exagère ; alors de la raison Les songes douloureux sont pour elle un poison ; Et l'homme, de ses maux instrument et victime, Du malheur, en rêvant, approfondit l'abîme. Quels que soient vos chagrins, garde/, que la douleur D'une seule pensée occupe votre cœur !

Par des distractions , doni s'amuse votre ame , De ses feux dévorants amortissez la flamme : Les flèches de Diane, ainsi que ses filets.

Souvent de Cythérée affoiblirent les traits.

Des beaux-aris, à leur tour, le doux apprentissage

S'empare de l'esprit, le distrait, le soulage;

Et, d'un joug trop pesant notre esprit échappé,

Par leurs jeux inuocenls est doucement trompe.

Ainsi , lorsqu'à grands flots un noir torrent bouillonne

Notre art ouvre une issue à la vague qui tonne;

Alors le fier torrent court moins impétueux ,

Et vient baiser son frein d'un flot respectueux.

Ainsi l'ame, élancée en sa vasie carrière.

Veut des amusements plutôt qu'une barrière,

Ainsi, trente tyrans, dans Athene auli-efois,

Régnoient moins durement en régnant à-la-fois ;

Comme dans la nature , ainsi notre ame libre

Par d'heureux contrepoids conserve l'équilibre.

De la distraction tel est l'effet puissant!

Au pouvoir qui la dompte elle eu oppose cent.

Des prisonniers français contemplez l'industrie : Retenus dans les fers , privés de leur pati'ie . Leurs épouses, leurs fils, leurs amis sont absents; Mais d'un travail heureux les soins divertissants Consolent leurs regrets; là, la paille docile Prend mille aspects nouveaux sous une main agile, De mille riens charmants amuse leur ennui , Se dessine en navette, ou se roule en étui; Ou, d'un chapeau léger composant la parure, Va des beautés d'Ecosse orner la chevelure. Leurs ongles pour canifs , leur rasoir pour ciseau, Us travaillent le lin, l'écorce, le roseau : L'un tresse son panier, et l'autre sa corbeille; A la journée active ils ajoutent leur veille. Ailleurs , les vils débris de leurs sobres banquets , Des os taillés, sculptés, et façonnés sans frais. Chefs-d'œuvre ingénieux de la constance adroite. Sont changés en coffrets, sont transformés en boite; Et sous un doigt léger présentent, chaque jour, Des dons pour l'amitié, des presents pour l'amour; Et d'un art inventif l'élégante merveille S'en va rendre plus pure ou la bouche ou l'oreille : Le chef-d'œuvre imprévu charme les yeux surpris, Et l'art de la matière a surpassé le prix. Chaque heure a son emploi; ces simples bagatelles Vont charmer les amis, les amants et les belles; Et le bonheur oisif, en dépit des verrous. De l'adresse captive est lui-même jaloux. Ainsi souvent les arts, de l'ennui sont l'ouvrage, Et l'esprit inventeur est né de l'esclavage; Le captif solitaire est soulagé par lui ; Il trompe la douleur, et le temps et l'ennui. Tou-t prêt à s'échapper par des routes nouvelles, Dédale en sa prison se fabriqua des ailes. En arma sou enfant ; et , libre de ses fers , Nocher audacieux , navigua dans les airs ; Mais , avant de quitter ses lugubres demeures , Combien sur lui du temps pesoient les lentes heures] Le travail l'abrégeoit , et son cœur désolé , Avant que d'être heureux, fut du moins consolé.

Ah ! sous le poids des fers si l'esprit peut s'éteindre, Combien légarenient est encor plus à craindre,

L'IMAGINATION

Pour un ami des arts, de qui l'esprit ardent Veut dans le monde entier errer indépendant; Et de qui l'ame fière, ombrageuse et sauvage, S'effarouche et s'irrite au seul nom d'esclavage!

Tel fut ce Pé'.isson , dont la constante foi Brava , pour un ami , le courroux d'un grand roi. . Digne élève des arts , sa généreuse audace De lillustre FouqucI embrassa la disgrace; Et, tandis que dans Vaux, aux Naï.adcs en pleurs, La Fontaine faisoit répéter ses douleurs, Pélisson dans les fers suivit celte victime : Aimer un malheureux , ce fut là tout son crime. Trop souvent du pouvoir les agents détestés Joignent à ses rigueurs leius propres cruautés. Du triste Pélisson pour combler la misère, On avoit retranché, de sou toit solitaire, Ses livres, ses travaux, et l'art consolateur Qui confie au papier les sentiments du coeur. Déjà, dans les langueurs de sa mélancolie. Il sentoit par degrés s'approcher la folie. Pour tromper ces chagrins il invente un secret . Frivole en apparence, et puissant en effet: Des milliers de ces dards, dont les pointes légères. Fixent le lin fiotiant sur le sein des bergères, Jetés sur ses lambris, ramassés tour-à-lour, Trompoienl dans sa prison les longs ennuis du jour; Mais bientôt ce vain jeu ne fut qu'un soin pénible ; L'être qui sent, lui seul, console un cœur sensible. Au défaut des humains, souvent les animaux De l'homme abandonné soulagèrent les maux ; Et l'oiseau qui fredonne, et le chien qui caresse, Quelquefois ont sulTi pour charmer sa tristesse. L'infortune n'est pas diflieile en amis : Pélisson l'éprouva.. Dans ces lieux ennemis. Un insecte aux longs bras, de qui les doigts agiles Tapissoienl ces vieux mnrs de leurs toiles fragiles. Frappe ses yeux : soudain, que ne peut le malheuj-! Voilà son compagnon et son consolateur'?! Il l'aime : il suit de lieil les résean\ qu'il déploie; Lui-même il va chercher, va lui porter sa proie. Il l'appelle, il accourt, et jusque dans sa main L'animal familier vient chercher son festin. Pour prix de ces secours, il charme sa souffrance; Il ne s'informe pas, dans sa reconnoissauce. Si de ce malheureux, caché dans sa prison. Le soin intéressé nail de son abandon.

Trop de raisonnement mène à l'ingralitude : Son instinct fut plus juste; et, dans leur solitude Défiant et barreaux, et grilles, et verrons, Nos deux reclus entre eux reudoient leur sort pins doux ; Lorsque, de la vengeance implacable ministre. Un geôlier au eirur dur, au visage sinistre. Indigné du plaisir que goûte un malheureux. Foule aux pieds son amie, et j'écrase à ses yeux : L'insecte étoit sensible, et l'homme fut barijare! Ah! tigre impitoyable et digne du tartare, Digne de présider au tourment des pervers, Va, Mégère l'attend au cachot des enfers 1 Et toi , de qui Pallas punit la hardiesse ,

Et qui par ton bienfait reconquis ta noblesse, Dont peut-être l'instinct, dans ce mortel chéri, Devinoit des beaux-arts l'illustre favori, Arachné, si mes vers vivent dans la mémoire, Ton nom de Pélisson partagera la gloire; On dira ton bienfait , ses vertus, ses malheurs, Et ton sort avec lui partagera nos pleurs.

CHANT VIL

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