LIVRE II
Loin celte lâcheté ! Partons, volons, brisons Cette voûte infernale et ces noires prisons ; Armons-nous de ces fers forgés pour nos souffrances ; Instruments des douleurs, qu'ils le soient des vengeances. Ces torrents sulfureux (|u'ailuma son courroux , Contre leur propre auteur qu'ils marchent devant nous; Reuvoyons-lui les traits qu'il lança sur nos tètes : Aux tempêtes du ciel opposons nos tempêtes. Qu'il tonne : les éclairs répondront aux éclairs ; Nos foudres heurteront ses foudres dans les airs , Ébranleront son trône, et, dans sa cour suprême, Parmi ses chérul)ins l'ironl chercher lui-même...
<; Mais , du fond des enfers , quel vol audacieux Atteindra jusqu'à lui ? De la hauteur des cieux Son bras peut nous combattre avec trop d'avantage. Vain effroi ! Savons-nous si le fatal breuvage Des ondes de l'Oubli n'a pas de notre corps Assoupi la vigueur, engourdi les ressorts ? L'ange aspire à monter, et résiste à descendre; De ce noble besoin il ne peut se défendre : Nous l'éprouvâmes tous, alors que nos débris Tomboient précipités des célestes lambris, Sous le poids accablant d'une main foudroyante. C'est lui qui suspendoit notre chute effrayante, Luttoit contre la foudre, et, par un noble essor, Vers notre ciel nalal nous emportoit encor. On craint l'événement : il peut , ce Dieu terrible Accroître les horreurs de ce séjour horrible; Sur nous son bras puissant pourra s'appesantir, Achever sa vengeance, et nous anéantir!
Eh! quelle prise encore a sur nous la misère.'* Que peut doue à l'enfer ajouter sa colère .•• Arrachés au bonheur, déshérités du jour,
Accept this dark opprobrious den of shame. The prison of his tyranny who reigns
60 By our delay? I\o, let us rather choose, Arm'd with Ilell-flames and fury, all at once. O'er Heaven's high towers to force resistless way. Turning our tortures into horrid arms Against the torturer; when to meet the noise Of his almighty engnie he shall hear Infernal thunder; and, for lightning, see Blacit fire and horror shot with equal rage Among his angels; and his throne itself Mix'd with Tartarean sulphur, and strange fire,
7° His own invented torments.
But perhaps The way seems difficult, and steep to scale With upright wings against a higher foe. Let such bethink them, if the sleepy drench Of that forgetful lake benumb not still. That in our proper motion we ascend Up to our native seat : descent and fall To us is adverse. Who but felt of late. When the fierce foe hung on our broken rear Insulting, and pursued us through the deep, *" With what compulsion and laborious flight We sunk thus low? The' ascent is easy then. The' event is fear'd; should we again provoke Our stronger, some worse way his wrath may find To our destruction; if there be in Hell
Exilés à jamais dans cet affreux séjour.
Attendant qu'il nous plonge en ses plus noirs abîmes ,
Allez, des feux vengeurs éternelles victimes,
D'un tyran sans pitié misérables vassaux,
Allez tous; attendez que les fouets, les bourreaux,
Forcent le repentir à lui demander grace :
Voilà votre destin. Eh! quelle autre menace
Pourroit vous effrayer ? Dans votre horrible sort
Peut-il rien ajouter à nos maux que la mort ?
Qu'importe d'irriter par un nouvel outrage
Un vainqueur qui ne peut, dans l'excès de sa rage,
Qu'avancer un trépas cent fois moins redouté
Que les longues douleurs de l'immortalité .-'
Ah ! si notre esprit pur ne peut perdre la vie.
Notre durée au moins peut lasser sa furie :
Elle peut (et j'en prends à témoin nos combats)
Porter la guerre au sein de ses heureux états.
Sur son trône odieux fût-il inaccessible ,
Le vaincu peut braver ce despote invincible ,
Insulter en tombant au pouvoir outragé;
Et, s'il n'est pas vainqueur, il est du moins vengé. »
Il dit , grince les dents , fronce un sourcil farouche , Un sourire effroyable a paru sur sa bouche ; Et son air, son regard, plein d'un sinistre feu. Annonce un choc terrible à tout autre qu'à Dieu. Plus aimable en ses traits , plus doux en sa colère , Des anges le plus beau , le mieux instruit à plaire , Bélial lui répond , Bélial dont le cœur C>achoit de vils peusers sous un air de grandeur. La grace à ses discours prête un charme qui touche; Le fiel est dans son cœur, et le miel sur sa bouche ; Il sait , dans les filets d'un discours captieux , Tendre à la raison même un piège insidieux ,
Fear to be worse destrov'd. What can be worse Than to dwell here, driven out from bliss, condemn'd In this abhorred deep to utter woe; Where pain of unextinguishable fire Must exercise us, without hope of end,
90 The vassals of his anger, when the scourge Inexorably, and the torturing hour Calls us to penance? More destroy'd than thus. We shall be quite abolish'd, and expire. What fear we then? what doubt we to incense His utmost ire? which, to the highth enrag'd. Will either quite consume us, and reduce To nothing this essential, happier far Than miserable to have eternal being :
Or, if our substance be indeed divine,
10" And cannot ceas.' lo be, we are at worst On this side nothing; and by proof we fell Our power sufficient to disturb his Heaven, And with perpetual inroads to alarm.
Though inaccessible, his fatal throne :
Which, if not victory, is yet revenge. »
He ended frowning, and his look denounc'd Desperate revenge, and battle dangerous To less than gods. On the' other side up-rose Belial, in act more graceful and humane :
"o A fairer person lost not Heaven; he seem'd For dignity compos'd, and high exploit : But all was false and hollow; though his tongue
PARADIS PERDU
Sait noircir la verlu, sail colorer le vice,
De l'espril corronipii fail souvent son complice;
Timide pour le bien , habile pour le mal ,
Aux plus sages conseils son conseil est fatal :
Mais l'oreille chérit sa voix enchanteresse.
On se tait, on 1 écoute, et d'un ton plein d'adresse :
« Guerriers, j'aime , dit-il , voire noble chaleur, Et la guerre sans doute eût tenté ma valeur; Mais souvent la fureur donne un conseil perlide : Tout ce qui vous rassure est ce qui m'inliniide. Et qui de nous a pu se flatter du succès, Quand l'appui de l'état, l'anie de nos projels. Ce chef, dont le ciel même admira la vaillance , Met dans le désespoir toute son espérance, Ne voit conire ses maux d'asile que la mort , Et, pourvu qu'il se venge, est content de son sort? Se venger! et comment? Une Iroupe Adèle, Sur les remparts des cieux exacte sentinelle. Nous en défend l'approche, et des plaines de l'air Quelquefois vient camper aux portes de l'enfer ; Ou même, délachant des éclaireurs sans nombre. Visite tous les coins de ce royaume sombre. F.t ({uaud de noire enfer les bataillons nombreux , Redoublant de la nuit les voiles ténébreux, Iroieut des rangs épais de notre armée entière De la voûte éihérée obscurcir la lumière , N'en doutez point, du haut de son trône immortel , Où dans tout son éclat brille un jour éternel, Opposant ses rayons à nos lueurs fimèbres, Le Dieu victorieux perceroit les ténèbres ; El, jusqu'au noir abîme envoyant ses clartés, Terrible, éblouiroit nos yeux épouvantés.
Dropl manna, and could make the worse appear The better reason, to perplex and dasli Maturest counsels: for his thoughts were low; To vice industrious, but to nobler deeds Tim'rous and slothful : yet he pleas'd the ear. And with persuasive accent thus began :
« I should be much for open wai-, 0 peers,
'20 As not hehind in hate; if what was urg'd Main reason to persuade i[nniediate war, Did not dissuade me most, and seem to cast Ominous conjecture on the whole success; When he, who most excels in fact of arms. In what he counsels, and in what excels, Mistrustful, grounds his courage on despair And utter dissolution, as the scope Of all his aim, after some dire revenge. First, what revenge? The towers of Heaven are fill'd
'3o With armed watch, that render all access .
Impregnable : oft on the hordering deep Encamp their legions; or, with ohscure wing. Scout far and wide into the realm of night. Scorning surprise. Or could we hreak our way By force, and at our heels all Hell should rise With blackest insurrection , to confound Heaven's purest light : yet our great enemy All incorruptible, would on his throne Sit unpolluted, and the' ethereal mould, 'io Incapable of stain, would soon expel
Her mischief, and purge off the baser lire ,
On veul qu'accumulant outrage sur oulrage , D'uu Dieu lent à frapper nous irritions la rage : Du moins nous péririons, et trompant son courroux , Nous devrions la mort au dernier de ses coups.
•■ La mort ! quel triste asile ! Et qui , malgré ses peines. Par ses hideuses mains veut voir briser ses chaînes. Veut perdre pour jamais celte pure clarté, Cet esprit dont le vol parcourt l'immensilé ; Et tomber, des splendeurs d'une vie immortelle , Dans le sein ténébreux de cette ombre éternelle. Où les sens , la pensée et l'être ne sont plus .-• El, fût-ce un bien si grand de les avoir perdus. Ce Dieu d'anéantir notre affreuse existence Aura-l-il le pouvoir, am-a-t-il l'indulgence.'' Sou pouvoir est douteux, son refus est certain. Ce Dieu sage est-il fail pour un courroux sans frein ? Ce Dieu, dont on connoil la puissance suprême. Maître de l'univers, l'esl-il moins de lui-même? Voudra-l-il lout-à-coup, par la haine emporté, Révoquer un arrêt que la haine a dicté ; Et, conduisant la mort dans ces brûlants abîmes, Se priver de sa proie et manquer de victimes ?
«Pourquoi donc, disent-ils, craindre des chocs nou- Peut-il rien ajouter à l'excès de nos maux? [veaux? Eh quoi! dans ce palais où leur chef les rassemble, Siéger, délibérer et conspirer ensemble, Est-ce l'excès des maux?... Rappelez-vous ce jour Où , chassés par ce Dieu du céleste séjour, Contre les traits brûlants du foudre inévitable. Nous invoquions l'abîme où son bras redoutable En foule nous plongeoit dans ces gouffres affreux. Parlez, n'étiez-vous pas alors plus malheureux ?
Victorious. Thus repuls'd, our final hope
Is flat despair. We must exasperate
The' Almighty Victor to spend all his rage.
And that must end us; that must be our cure.
To he no more.
Sad cure! for who would lose.
Though full of pain, this intellectual being. Those thoughts that wander through eternity. To perish rather, swallow'd up and lost
■^o In the wide womb of uncreated night.
Devoid of sense and motion? And who knows. Let this be good, whether our angry (be Can give it, or will ever? how he can. Is doubtful; that he never will, is sure. Will he, so wise, let loose at once his ire. Belike through impotence, or unaware.
To give his enemies their wish , and end Them in his anger, whom his anger saves To punish endless?
Wherefore cease we then ?
'''o Say they who counsel war; we are decreed, Beserv'd, and destin'd to eternal woe; Whatever doing, what can we suffer more. What can we suffer worse? Is this then worst. Thus sitting, thus consulting, thus in arms? What, when we fled amain, pursued and struck With Heaven's afflicting thunder, and besought The deep to shelter us? this Hell then seem'd A refuge from those wounds; or when we lay