‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 261 sur 391 · LIVRE \'I · texte numérisé non relu

LIVRE \'I

De brillants séraphins compose son escorte.

Il vient : dix mille chars, dix mille autres encor,

Volent à ses colcs et suivent son essor ;

De son tronc d'azur partent des étincelles;

De brillants chérubins le portent sur leui's ailes;

Il vient, il vole, il fend l'iunnensilé des cicux.

De son armée à peine il a frappé les yeux,

Tous , ivres des transports que sou aspect fait naître ,

Ont senti sa préseuce et reconnu leur maître.

Déjà s'est déployé le saint drapeau du ciel,

Le drapeau du INIessie. A la voix de Michel,

Son innombrable armée autour de lui se range.

Par-tout régnoit l'effroi : Dieu paroît , et tout change;

Les monts déracinés retournent en leur lieu ;

La nature eu riant félicite son Dieu;

Le coteau reverdit, le vallon se colore;

Et les fleurs sous ses pas recommencent d'éclore.

<i Ses ennemis l'ont vu : témoins de son pouvoir. Leur espoir désormais est dans le désespoir; De leurs soldats troublés ils rassemblent les restes : Tant d'orgueil enire-l-il dans les âmes célestes.'' Eh ! l'orgueilleux jamais peut-il être dompté ? De ce qu'ont vu leurs yeux leur cœur est irrité; Contre ce Dieu puissant, que la nature adore, De leur dépit jaloux la fureur les dévore. Pour ces cœurs endurcis les prodiges sont vains; Us veulent, ou ravir le sceptre dans ses mains , Ou , si dans leur fureur le sort ne les seconde , Tomber ensevelis sous les débris du monde: A.ucun ne veut céder, aucun ne songe à fuir; Tous ont dit dans leur cœur : « Ou régner, ou périr ! Et cependant des siens , disposés sur deux ailes , Dieu harangue en ces mots les cohortes fidèles :

« Soldats, reposez-vous, dit-il; votre vertu A pour nos droits sacrés vaillamment combattu ;

When the great ensign of Messiah blaz'd Aloft by angels borne, his sign in heaven; Under whose conduct Michael soon rcduc'd Tlis army, circuml'us'd on either wing, Under their head imbodied all in one.

760 Before him Power Divine his way prepar'd; At his oonimand the' uprooted hills retir'd Each to his place; thev heard his voice, and vr'cut Obsequious; heaven hLs wonted face renew'd, And with fresh flowerets hill and valley sinil'd.

■< This saw his hapless foes, but stood obdur'd, And to rebellious light rallied their powers. Insensate, hope conceiving from despair.

In heavenly spirits could such perverseness dwell? But to convince the proud, what signs avail,

57" Or wonders move the' obdurate to relent?

They, harden'd more by what might most reclaim. Grieving to see his glory, at the sight Took envy; and aspiring to his hightli. Stood re-embattled fierce, by force or fraud Weening to prosper, and at length prevail Against God and Messiah, or to fall In universal ruin last; and now To final battle drew, disdaining flight. Or faint retreat; when the great son of God «0 To all his host on cidier hand thus spake :

De vos nobles efforts le ciel reçoit l'hommage : Dans vos cœurs généreux il a mis le courage ; Ce que Dieu fil pour vous , vous l'avez fait pour lui. Que vos vaillantes mains s'arrêtent aujourd'hui; Il faut de ces ingrats que le crime s'expie : Mais, pour exterminer leur faction impie. Et mettre enfin un terme à ces tristes combats. Le ciel n'exige plus le secours de vos bras; Dieu seul doit châtier leur désobéissance : Oui , Dieu seul , ou le bras chargé de sa vengeance. Le nombre est inutile à ce triomphateur ; Que chacun reste ici tranquille speclaleur. L'orgueil méconnut Dieu ; sur l'orgueil téméraire Vous verrez si ce Dieu fait peser sa colère. Par eux , bien plus que vous , son fils fut outragé ; Maudit par eux , par moi je dois cire vengé. Par leurs jaloux complots ma grandeur poursuivie Excila leur révolte, enflamma leur envie; Je sais quel inlérèt les aigrit contre moi : Celui qui règne au ciel, qui m'a nommé leur roi , A qui seul appartient la gloire et la puissance. En honorant son fils irrita leur vengeance. Nous verrons qui de nous sait combattre et punir. Leurs bras contre moi seul ont dû se réunir, Seul je m'arme contre eux. Pour leur race parjure La force du pouvoir est la seule mesure, Et tout antre mérite est étranger pour eux. Enfin ils l'ont voulu , je vais remplir leurs vœux : Que le sort des combats à nos destins préside ; La force fait leur loi, que la force décide. »

« Son visage à ces mots s'allume de fureur ; Les éclairs de ses yeux répandent la terreur. Soudain, cachant les cieux de l'ombre de leurs ailes. Partent avec son char ses chérubins fidèles ; Ils volent; et des venis le souffle impétueux,

'Stand still in bright array, ye saints; here stand, Ye angels arm'd; this day from battle rest; Faithful hath been your warfare, and cf God Accepted, fearless in his righteous cause; And as ye have receiv'd, so have ye done, Invincibly : but of this cursed crew The punishment to other hand belongs ; Vengeance is his, or whose he sole appoints: Number to this day's work is not ordain'd,

790 Nor multitude; stand only, and behold God's indignation on these godless pour'd By me; not you, but me, they have dcspis'd , Yet envied; against me is all their rage, Because the Father, to whom in heaven suijremc Kingdom, and power, and glory appertains, Hatii honour'd me, according to his will. Therefore to me their doom he hath assign'd; That they may have their wish, to try with me In battle which the stronger proves : they all,

80" Or I alone against them ; since by strength They measure all, of other excellence Not emulous, nor care who them excels; Not other strife with them do I vouchsafe. '

« So spake the Son , and into terror chang'd His countenance too severe to be beheld. And full of wrath bent on his enemies.

PARADIS PERDU

D'une armée en fureur le choc tumultueux , Les torrents en courroux précipilanl leur onde , Cèdent au bruit du char, qui court, s'enflamme et gi'onde.

« Lui , pareil à la nuit dans sa plus sombre horreur, Part, sur ses ennemis s'élance avec fureur; Comme un feu dévorant sa colère s'irrite ; Aux rangs les plus épais son char se précipite : Sous la rapide roue et le brûlant essieu Tout tremble, tout frémit, hors le trône de Dieu. A peine il s'est moniré, pour sigual de la guerre, Mille dards, dont chacun est lui-même un tonnerre, Sont partis de sa main, et vont au fond des coeurs Porter en trails de feu l'aiguillon des douleurs : Avec eux dans leurs rangs ont volé les alarmes ; Leurs défaillantes mains laissent tomber leurs armes. Trônes, principautés, boucliers, étendards, Les casques panaches, les coursiers et les chars. Sa roue écrase tout. « Cessez, brûlant orage! O monis, tombez sur nous ; sauvez-nous de sa rage ! » Crioienl-ils en fuyant. Avec non moins d'ardeur, Les anges qui Irainoient le char triomphateur, Leurs innombrables jeux, leurs ailes flamboyantes , Et du char animé les clartés foudroyantes , Par-tout faisoient pleuvoir un déluge de feu ; Chacun semble lancer le tonnerre de Dieu : Tous, avec l'Elernel marchant d'intelligence, Partagent sa colère et servent sa vengeance. L'ennemi se consume en efforts impuissants; Les cœurs sont abattus, et les bras languissants.

" Toul-à-coup du Très-Haut la victoire s'arrête. Et son foudre est re^lé suspendu sur leur tête : Il ne veut point les perdre; il veut que pour jamais Ces ingrats soient bannis de l'éternelle paix ,

At once the four spread ont thcir starry wings With dreadful shade contiguous, and the orbs Of his fierce chariot roll'd, as with the sound

'"> Of torrent floods, or of a numerous host. He on his impious foes rigiit onward drove. Gloomy as night; under his burning wheels The stedfast empyrean shook throughout.

All but the throne itself of God. FhH soon Among them he arrived; in his riglit hand Grasping ten thousand tliunders, wliich he sent Before him , such as in their souls infix'd Plagues: they, astonish'd, all resistance lost. All courage; down their idle weapons dropt :

820 O'er shields, and helms, and helmed heads he rode Of thrones and mighty seraphim prostrate. That wish'd the mountains now might be again Thrown on them as a shelter from his ire. ISor less on either side tempestuous fell His arrows, from the fourlold-visag'd four Distinct with eyes, and from the living wheels Distinct alike with multitude of eyes; One spirit in them rul'd; and every eye Glar'd lightning , and shot forth pernicious fire

"30 Among the' accurs'd, that wither'd all their strength And of their wonted vigour left them drain'd. Exhausted, spiritless, afflicted, fall'n.

« Yet half his strength he put not forth, but cheek'd Mis thunder in raid volley; for he meant

Epargnés par son bras. Devant son char rapide Tout fuit, lout est chassé comme un troupeau timide, Jusqu'aux extrémités de l'empire des cieux ; L'effroi hâte leurs pas. Toul-à-coup à leurs yeux S'ouvre un gouffre profond, immense, épouvantable. D'où se voit des enfers le séjour lamentable. La foule , à cet aspect , a reculé d'horreur ; L'abîme est devant eux, derrière eux la terreur; Poursuivis et tremblants sous la main souveraine. Vers le bord redouté la foudre les ramène. Là, plongeant dans la nuit leurs yeux épouvantés, Tous des hautcins des cieux tombent précipités : Ils tomlwnl; mais de Dieu la foudre inexorable !N'e laisse point de trêve à ce peuple exécrable. Et les poursuit encor de ses flèches de feux.

" Cependant lenfer tremble à ce tumulte affreux : Cet iiniombrable amas d'armes et de victimes Jusqu'en ses profondeurs ébranle ses abimes ; Il croit voir tout le ciel fondre en éclats sur lui : La nuit s'en épouvante, et lui-même auroit fui. Si la main du Destin sur sa base profonde N'eut assis pour jamais les fondements du monde. Durant neuf longues nuits, durant neuf jours entiers , Les bataillons vaincus roulèrent par milliers ; Du chaos étonné les régions tremblèrent , De leurs vastes débris ses gouffres se comblèreuT. Mais enfin de l'enfer l'abîme ténébreux S'ouvrit, les engloutit, se referma sur eux ; L'enfer, leur digne asile, où mugit sur leur tête D'un océan de feu l'éternelle tempête.

Lieux où régnent la nuit , la douleur et le deuil. Tel n'étoit point le ciel, d'où tomba leur orgueil : Paisible, délivré de ses sujets rebelles,

Not to destroy, but root them out of heaven; The overthrown he rais'd, and as a herd Of goats or timorous flock together throng'd. Drove them before him thunder-struck, jjursucd With terrors, and with furies, to the bounds

840 And crystal wall of heaven; which, opening wide, Roll'd inward, and a spacious gap disclos'd Into the wasteful deep; the monstrous sight Struck them with horror backward, but far worse I'rg'd them behind; headlong themselves they threw Down from the verge of heaven ; eternal wrath Burnt after them to the bottomless pit.

« Hell heard the' unsufferable noise, hell saw Heaven ruining from heaven, and would have fled Affrighted ; but strict fate had cast too deep

85o Her dark foundations, and too fast had bound. Nine days they fell : confounded chaos roar'd. And felt tenfold confusion in their fall Through his wild anarchy, so huge a rout Incumher'd him with ruin : hell at last Yawning receiv'd them whole, and on them clos'd; Hell their fit habitation, fraught with fire Unquenchable, the house of woe and pain. Disburden'd heaven rejoic'd, and scon repair'd Her mural breach , returning whence it roll'd.

8G0 Sole victor, from the' expulsion of his foes, Messiah his triumpha' chariot turn'd; To meet him all hiy saints, who silent stood

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